Tous foutus ?

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Cette lecture me faisait peur : je craignais un pavé moralisateur, difficile à lire. Quelle bonne surprise ! Ce fut une de mes lectures de ce Prix Elle les plus fluides, les plus intéressantes, les plus marquantes. Au lieu d’écrire un bouquin indigeste – son thème n’étant pas très joyeux – Jonathan Safran Foer prend le pari d’écrire de courts chapitres comme autant d’anecdotes personnelles, familiales ou sur de grands personnages de l’histoire, toutes passionnantes, dont on ne voit pas bien le rapport avec son sujet, jusqu’à ce qu’il nous éclaire et nous fasse partager sa théorie.

J’ai lu ce livre avec un intérêt grandissant à chaque page, épatée par la manière dont Foer construit son bouquin : il sait pertinemment que son sujet est déprimant au possible (on va tous mourir, la planète va très mal, nos descendants sont foutus), et ose prendre le pari de l’humour pour nous amener tout en douceur à la réflexion, indispensable, sur l’avenir de notre planète. Je tempère un chouïa mon enthousiasme littéraire en avouant que, tout de même, la déprime m’a gagnée à la lecture de cette vision très pessimiste de notre futur. J’ai pris peur, à sa lecture, pour mes enfants. Mais ce livre est important, mérite vraiment sa sélection dans le Prix, et permet une réflexion nécessaire sur notre manière de consommer, qui nous mène tout droit à la catastrophe.

La solution proposée par l’auteur, de diminuer la viande, suffira-t-elle à changer la donne ? Quel sera l’impact réel de ce livre ? Il a en tout cas le mérite de réussir le pari d’être facile à lire – malgré un sujet difficile – , mêlant anecdotes historiques, humour et science, de proposer des solutions, et d’amener chaque lecteur à la réflexion.

Un grand document !

“L’avenir de la planète commence dans notre assiette”, Jonathan Safran Foer, Editions de l’Olivier, 2019

Notre part de cruauté, d’Araminta Hall : passez votre chemin

j’ai trouvé ça tellement raté que j’ai eu la flemme de faire une jolie photo.

Voilà bien le type-même du roman « aussitôt lu, aussitôt oublié ». De la vulgaire consommation d’histoire pour passer le temps (et encore, je pense qu’un téléfilm de l’après-midi fait mieux son boulot).

Étiqueté « thriller psychologique », le genre très à la mode et qui se vend bien, ce roman m’a semblé tout simplement affligeant. Quelle déception, après les promesses de la quatrième de couverture, et les commentaires plus qu’élogieux de Gillian Flynn (qui, elle, SAIT nous écrire un excellent thriller psychologique). D’ailleurs, c’est décidé, plus JAMAIS je ne fais confiance à un bandeau ou une critique élogieuse, me promettant monts et merveilles. En fait, plus l’éloge est grande, plus je risque d’être déçue. Pas sûre que cette stratégie de marketing paye, une fois le pauvre lecteur roulé dans la farine … On ne l’y reprendra plus deux fois.

Ici donc, c’est l’histoire d’un couple, celui de Mike et de Verity (oui, oui c’est un prénom), passionnel, fusionnel, qui ont la particularité d’avoir un Jeu, pour pimenter leurs ébats : Verity flirte dans un quelconque bar obscur, jusqu’à ce que ça aille trop loin et, sur un signe, Mike intervient en mode « mais comment osez-vous parler à ma fiancée ? », jeu suivi d’ébats passionnés. Soit, ce n’est, finalement, qu’un détail. Car le couple a explosé, et nous suivons uniquement le point de vue de Mike, complètement timbré, disons-le tout de suite, qui se comporte comme si Verity – sur le point tout de même d’en épouser un autre- ne faisait que continuer à Jouer. Persuadé que V. (oui, elle a son petit nom) n’attend qu’un geste de son sauveur, Mike la suit, l’épie, s’incruste à son mariage, et finit (évidement) par commettre l’irréparable (alors ça, mais quelle SURPRISE). Deuxième partie : le procès. On pense en apprendre plus, s’être peut-être fait manipuler (on est dans un thriller psycho oui ou non, quoi?!), on attend le twist, le frisson, bref, la raison d’être du roman. Mais non. Mike est vraiment taré, et voilà.

Dans une postface hilarante de sérieux, l’auteure nous explique la Dimension de son Ouvrage : c’est un roman féministe, voyons ! C’est contre Trump ! Elle a voulu dénoncer le harcèlement (ah ? Elle n’a rien dénoncé, elle a juste décrit l’attitude d’un psychopathe pour finir par punir aussi sa pauvre héroïne).

Je crois l’avoir refermé et tapé sur la table en disant « Non mais, je rêve ! Tout ça pour ça ! ». Bref, j’avoue que parfois, je ne comprends pas les choix des autres jurées.

“Notre part de cruauté, Our kind of cruelty, Araminta Hall, Préludes, 2019, 443 pages

La position, Meg Wolitzer


Loin de moi l’idée de râler sur ma position privilégiée de jury pour le Grand Prix des lectrices Elle, mais ces lectures imposées me frustrent dans mes envies personnelles, et j’ai profité d’un peu de temps avant l’arrivée de la prochaine fournée pour piocher dans ma Pal un livre – même pas récent, même pas de rattrapage de la rentrée littéraire, non.

Plutôt un titre déniché chez mon bien-aimé Pêle-Mêle, dont je savais dans un coin embrumé de mon cerveau que c’était bien, ou du moins que j’en avais entendu des éloges (Céline ? C’était toi ? je ne sais plus).

“La position” est un roman réjouissant ! On y suit la famille Mellow, dont les deux parents ont écrit une sorte de manuel des relations sexuelles, un Kama Sutra perso, et illustré de dessins des parents, en plein action s’il-vous-plaît. Livre qui, devenu un best-seller, tombe entre les mains des quatre enfants du couple, qui en seront -bien sûr- traumatisés chacun à leur manière.

Après la scène d’ouverture où les enfants, profitant d’une absence parentale, compulsent le fameux bouquin, le roman fait un bond en avant pour les retrouver, à l’âge adulte. Aucun n’est vraiment épanoui : entre dépression, mariage qui bat de l’aile , impuissance, ou addictions, chacun cherche à s’en sortir, tandis que le couple des parents s’est défait.

Ils étaient là. Eux. Les parents. Allongés sur les draps froissés du lit, ce grand lit blanc déjà représenté sur la couverture, lui au-dessus, elle en-dessous, souriants et détendus, leurs corps soudés l’un à l’autre.

– Putain de merde, lâcha Holly.

J’ai énormément apprécié la lecture de cette saga familiale attachante, passant d’un point de vue à l’autre sans ennui, jusqu’aux parents qui, peu à peu, racontent comment leur couple – si parfait – a explosé. Une interrogation intéressante sur ce que l’on transmet à la génération suivante, et l’impact que les actes peuvent avoir, dans une famille.

Le style de Meg Wolitzer est ironique, drôle et cruel. Elle ne ménage pas ses personnages, et son livre se dévore comme un bonbon. La preuve, je me suis jetée sur “Les intéressants”, un autre de ses romans … vite, vite, la sélection Elle va arriver, on m’a prêté un livre et je viens d’en acheter encore un 😉

La position, Meg Wolitzer, 10/18, 2014 , 403 pages

Le Ghetto intérieur, Santiago H. Amigorena

Vicente Roseberg a fui la Pologne pour Buenos Aires, où il vit heureux avec sa femme Rosita et leurs deux enfants. Nous sommes au début de la guerre de 40-45 et Vicente s’inquiète pour sa mère, restée à Varsovie. Au fil des lettres de cette dernière, impossible pour lui de fermer les yeux sur l’horreur de ce qu’il se passe en Europe. Il s’interroge alors sur son identité juive, et laisse la culpabilité d’avoir échoué à sauver sa famille l’envahir, jusqu’au point de non-retour. 

“A partir de ce triste mois de mars 1941, Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu’il s’était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu’il avait voulu être allemand.”. 

Rosita, désespérée, voit son mari s’enfermer dans un silence pesant et délaisser ses enfants. L’enveloppe corporelle de son mari est là, mais son esprit et son coeur sont ailleurs, dans ce ghetto de Varsovie où sa mère tente de survivre. Commence alors une longue descente aux enfers pour Vicente, qui, envahi de silence et de tristesse, va s’emmurer dans son propre ghetto, intérieur. 

Sans le Prix Elle, jamais je ne me serais penchée sur ce roman, dont le thème ne m’attirait à priori pas et dont l’auteur m’était inconnu. J’aurais alors manqué une très belle lecture … S’il m’a fallu un peu de temps pour entrer tout à fait dans l’histoire, je me suis ensuite laissée totalement emporter. Les personnages de Vicente et de Rosita sont superbes, et l’écriture de Santiago H. Amogorena poétique et sensible.

“Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n’était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient. Et à partir de ce moment-là, il a préféré vivre comme un fantôme, silencieux et solitaire”.

Se réfugier dans le mutisme pour faire face à l’horreur de la Shoah et à la culpabilité ; voilà la solution de Vicente, au risque de se détruire lui-même … 

Dans une postface émouvante, l’auteur dévoile ses liens avec l’histoire de son roman, et ce qui lui a été légué de son passé familial, dans son écriture et dans sa vie.

Un très beau roman, à découvrir sans tarder !

“Le Ghetto intérieur”, Santiago H. Amigorena, P.O.L., 190 p., 2019

Feel good, Thomas Gunzig

Autant le dire d’emblée, ça fait un petit moment (trop long) que j’ai plus ressenti un tel plaisir de lecture !

Thomas Gunzig, figure emblématique des lettres belges (et de l’humour noir, et de la chronique radio), m’a complètement emportée dans son histoire à tiroirs.

“Feel good” raconte l’histoire de deux personnages que la vie n’a pas épargnés . D’un côté, Alice, la cinquantaine, mère célibataire, qui du jour au lendemain perd son job, et s’enfonce dans la pauvreté, vertigineusement vite. Sa descente aux enfers la conduit à commettre un acte dont elle ne se serait jamais crue capable : kidnapper un bébé “de riches”, pour demander une rançon. Mais rien ne va se passer comme prévu … Alice est incroyablement touchante, et proche de toutes les femmes.

Elle se disait : “Qu’ils aillent se faire foutre avec leurs articles”.

Elle se demandait parfois s’il n’y avait pas une sorte de complot pour empêcher les gens de faire des choses simples sans se sentir immédiatement coupable : prendre un bébé dans son lit, donner un troisième biscuit au chocolat à son fils, laisser son enfant regarder les écrans pendant que sa maman, épuisée par ses quarante heures passées à vendre des chaussures fermait les yeux, juste un petit moment.

De l’autre côté, Tom (Thomas ?), un écrivain moyen, à moyen succès, à moyenne notoriété, obligé de courir les salons littéraires et d’écrire n’importe quoi à la commande pour survivre. A bientôt 50 ans, il rêve de gloire, de Goncourt, de reconnaissance. Et il est prêt à tout pour cela. Même à écrire un roman “feel good”, ce genre qui se vend par millions, calibré pour le succès, avec l’aide d’Alice.

-Aaaaah, il faut parler de résilience, et de conneries comme ça ?

-Oui, par exemple, il y a pas mal de psychologie. Mais de la psychologie à trois sous, des notions pas du tout approfondies, des choses très basiques que le lecteur doit saisir en un instant, il y a souvent un petit côté “développement personnel”, et puis faut pas hésiter à avoir la main lourde sur la spiritualité.

Quel roman réjouissant ! D’abord, une bonne histoire. ça devient rare …. Personnellement, je n’en peux plus de l’autofiction, des déballages sur la famille de l’auteur, ses petites névroses vaguement romancées.

Qu’on nous donne une bonne histoire ! Je suis comme une gamine, je veux être emportée par un récit, ne plus pouvoir poser mon livre, et vivre avec les personnages.

Ici, bingo. j’ai adoré Alice et Tom, l’écriture acerbe, la satire sociale, les thèmes de l’argent dans la société, la vitesse à laquelle on peut tomber dans la vraie misère (effarant !), et surtout les réflexions sur le monde du livre, les galères des auteurs “moyens”, le monde (impitoyable) de l’édition, ….

Thomas Gunzig m’a beaucoup fait sourire en croquant Bookstagram, ses travers et ses codes, avec une justesse irrésistible.

Un roman intelligent et bien mené, avec une intrigue qui se dévore, des personnages attachants, et une vraie réflexion.

Vive Thomas Gunzig, un auteur belge à faire connaître, en cette rentrée littéraire !

“Feel good”, Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 2019, 398 p.

Un mariage américain, Tayari Jones

“Un mariage américain”, ou le roman choral d’une tragédie qui frappe un homme, Roy : celle d’être injustement condamné pour un viol qu’il n’a pas commis. Une histoire d’injustice, de racisme (la promptitude d’un Etat à juger un homme noir), de vie gâchée, mais, surtout, l’histoire d’un mariage, celui de Roy et Celestial. Ils avaient la vie devant eux, mariés depuis à peine un an, quand Roy est emprisonné pour 12 ans.

Le roman alterne les chapitres épistolaires entre Roy et Clestial, mais donne aussi la parole à Andre, l’ami de toujours du couple, amoureux de Celestial en silence. Plutôt que d’approndir la question essentielle de l’erreur judiciaire, Tayari Jones choisit de se centrer sur le mariage et la relation entre Roy et Celestial. Elle montre comment l’absence, la prison, peuvent détruire un jeune couple à l’avenir radieux.

Un roman agréable à lire mais qui ne m’a pas marquée : je n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie avec les personnages, et j’ai regretté le manque de profondeur concernant l’erreur judiciaire dont est victime Roy. Le viol dont il est accusé et son procès sont expédiés, et il m’a manqué un petit quelque chose pour être réellement emballée par ce roman, qui promettait pourtant beaucoup (trop ? ).

“Un roman américain”, An american marriage, Tayari Jones, éditions Plon (Feux croisés), 423 pages, 2019

Mon année de repos et de détente, Ottessa Moshfegh

Rien que la couverture, avec cette jeune femme alanguie à l’air lasse, m’attirait beaucoup, et j’ai eu la chance de recevoir ce drôle de roman dans le cadre de la sélection du Grand Prix des Lectrices Elle. Roman assez étrange, avec un personnage central pas forcément sympathique, qui m’a d’abord profondément énervée, puis qui s’est révélé plus profond qu’il n’y paraissait.

L’héroïne, une jolie jeune femme récemment diplômée, décide “d’hiberner” pour un an dans son appartement de New-York. Abrutie de médicaments, de somnifères, se nourrissant à peine entre deux réveils, ne mettant plus le nez dehors et ne recevant que la visite occasionnelle d’une amie qui l’insupporte, la jeune femme sombre dans une torpeur de “repos”, une douce routine faite de vidéos à la chaîne, se détachant peu à peu de la société.

Quel étrange roman ! J’avoue avoir détesté cette jeune femme, au début du livre. Je ne la comprenais pas, et l’envie de la secouer me titillait. Au fil de ma lecture, mon empathie a grandi, devant le passé familial et les déconvenues sentimentales sordides de l’héroïne.

En plaçant son intrigue au début de l’année 2000, l’auteur profile devant nous l’ombre du 11/09/2001, que l’on voit arriver inéluctablement. A travers le regard désabusé de cette jeune américaine, c’est toute une société qui est passée au crible : travail monotone, amitiés superficielles, relations amoureuses décevantes, famille toxique et solitude immense. 

“C’est ainsi que j’ai compris que le sommeil avait un effet : je devenais de moins en moins attachée à la vie. Si je continuais comme ça, me disais-je, je finirais par disparaître complètement, puis je réapparaîtrais sous une forme nouvelle. C’était mon espoir. C’était mon rêve.”. 

Un roman qui pose question, qui interroge sur toute une génération, à travers une intrigue quasiment existentialiste, et une héroïne désabusée.

Une réussite, et ma lecture préférée (jusqu’à présent) dans la catégorie Roman du Prix Elle !

“Mon année de repos et de détente”, My year of rest and relaxation, Ottessa Moshfegh, Fayard, 2019, 299 pages

Jurée du Grand Prix des Lectrices Elle 2020 !

Ce blog tourne au ralenti, la faute (un peu) aux enfants en vacances, mais aussi (beaucoup) à une nouvelle aventure dans laquelle je me suis lancée …

Donc, pour ceux qui ne le savent pas (j’ai crié ma joie sur Facebook et Instagram), je suis sélectionnée pour faire partie du jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2020 ! (ici, je repousse un cri de joie intérieurement). Concrètement, ça veut dire que je vais lire environ trois livres par mois et 7 livres pour le mois qui m’a été attribué plus spécifiquement …

Qui, que, quoi ?

Reprenons. Le jury se compose de 120 lectrices, et chaque mois comporte un groupe de 15 jurées. Je suis du jury de septembre, ce qui signifie qu’avant ce mois, j’aurai à lire 7 livres : deux polars, deux essais, trois romans. Sur ces 7 livres, moi-même et mes co-jurées de septembre en retiendront 3, qui seront envoyés en relecture, au mois de septembre donc (aaaah) aux jurées des autres mois. Et ainsi de suite … Chaque jurée doit rendre une fiche de lecture et attribuer une note sur 20, pour chaque livre. A la fin, les avis sont comptabilisés, et il restera trois livres, un roman, un polar et un essai, qui recevront ce fameux Grand Prix des Lectrices Elle !

Je ne suis que joie, bonheur et excitation, mais autant vous dire que ma PAL fait la gueule. Déjà débordante, elle est boudée et reléguée dans un coin, prise que je suis par la lecture de ces 7 romans, à lire ET à chroniquer avant début août.

D’où la relative désertion de ce blog (qui fait un peu la gueule aussi, y a pas de raison). Je dois donc rendre tout ça pour bientôt et ensuite … je pars en vacances 😉 Là, j’emporte (une partie de) ma PAL ! Je reviendrai donc mi-août avec de nouvelles chroniques !

Je vous souhaite un bel été, avec du soleil, plein de lectures, et de la douceur de vivre …

Le coeur cousu, Carole Martinez

Ceux qui me connaissent un minimum se douteront que j’ai acheté cette (magnifique) édition collector pour sa couleur, son titre poétique, son papier tout fin, son dessin de couverture, mais aussi pour un lointain écho dans ma mémoire de “coup de coeur” sur les blogs.

Entrer dans ce roman, c’est accepter de se laisser emporter loin, en Espagne, dans de touts petits villages des montagnes, et de loucher du côté d’un certain réalisme magique. L’histoire de Frasquita, qui reçoit de sa mère une boîte mystérieuse. La boîte se transmet de fille en fille depuis des générations, et contient le destin de chacune. Pour Frasquita, ce sera la couture.

Maman n’a jamais su écrire qu’à l’aiguille. Chaque ouvrage de sa main portait un mot d’amour inscrit dans l’épaisseur du tissu.

La jeune fille se révèle une prodige de l’aiguille, capable de transformer un morceau de chiffon en une robe féerique. mais ce destin est aussi une malédiction, comme Frasquita le découvrira , tout au long de sa vie mouvementée. C’est par la voix de Soledad, la dernière de ses filles, que son histoire nous est contée. Une histoire de soleil brûlant, d’amour, de mariage, de maternité, une histoire où l’on croise un ogre, une petite fille qui luit, un meunier fantôme, des combats de coqs, des révolutionnaires.

C’est un roman foisonnant, éminemment poétique, aux personnages dignes d’un conte de fées. Empreint de merveilleux, le livre fait partie de ceux qui nous absorbent totalement, que l’on est pressé de retrouver à nos moments de libre. Ces personnages, surtout les féminins, sont dignes d’une grande saga, et, surtout, le style est sublime. Carole Martinez, dont c’était le premier roman, possède une voix, une écriture, superbes et qui m’ont totalement emportée.

Un coup de coeur.

“Le coeur cousu”, Carole Martinez, Folio, 448 pages, 2007

Je ne ferai une bonne épouse pour personne, Nadia Busato

“L’histoire du plus beau suicide”, imaginé à partir de la photographie réelle qui orne la couverture du roman. La mort spectaculaire d’Evelyn McHale, une jeune femme qui s’est jetée du haut de l’Empire State Building, le 01 mai 1947 pour atterrir sur le toit d’une limousine. Un jeune photographe passant par là a immortalisé son corps brisé, ce qui est devenu l’une des photos les plus célèbres du monde, objet de chansons, de poèmes, et de nombreux détournements commerciaux (j’ai même vu un coussin …).

Nadia Busato, sous la forme d’un roman choral qui donne la parole tantôt à la mère d’Evelyn, tantôt à son fiancé, sa soeur, le policier, le journaliste, ou le photographe, tente de percer le mystère entourant la mort de cette jeune femme, dont on ne sait rien, si ce n’est son suicide, et une lettre laissée juste avant de sauter dans le vide :

Je veux que personne ne voie mon corps, pas même ma famille. Faites-le incinérer, détruisez-le. Je vous en supplie : pas de cérémonie, pas de tombe.

Mon fiancé m’a demander de l’épouser en juin prochain. Je pense que je ne ferai une bonne épouse pour personne. Il se portera bien mieux sans moi. Dites à mon père que je ressemble trop à ma mère.

Ecrit avec beaucoup de sensibilité, ce roman tente de percer le mystère d’une mort inexpliquée : une belle jeune femme de 23 ans, fiancée, qui avait la vie devant elle, se jette dans le vide sans aucun signe avant-coureur. Le seul indice réside peut-être dans la dernière phrase de sa lettre : dites à mon père que je ressemble trop à ma mère. Une mère dépressive, qui a quitté sa famille quand Evelyn était encore enfant. Nadia Busato nous dresse le portrait d’une jeune femme très fragile psychologiquement, sujette aux crises d’hystérie, dont le comportement m’a parfois semblé à la limite de la bipolarité. A travers le récit (imaginaire) de ses proches, l’auteure nous fait découvrir les possibles raisons derrière le “plus beau suicide du monde”, dans un texte empathique et sensible.

Si j’ai commencé le livre avec bonheur, je me suis un peu lassée vers la fin du livre, en ayant la sensation de ne pas en apprendre assez sur Evelyn. Certains chapitres m’ont paru trop longs et pas assez centrés sur l’histoire de cette jeune femme, et j’ai refermé le livre avec une certaine frustration : il y a finalement beaucoup de non-dits dans l’histoire et Nadia Busato ne nous livre pas d’explications sur un plateau. C’est au lecteur de se faire sa propre idée sur les raisons du suicide d’Evelyn. L’auteure, au-delà de l’histoire personnelle de la jeune femme, nous dresse un vibrant portrait de l’Amérique, de la crise économique et de la place des femmes dans la société de l’époque.

Je suis restée fascinée par la superbe photo de la couverture, le point de départ du roman, si belle et si tragique que l’on oublie qu’elle représente un cadavre … La jeune femme, les pieds croisés, la main sur son collier de perles, semble endormie et – enfin – apaisée.

Un très bon roman donc, qui n’est pas passé loin du coup de coeur pour moi, mais il m’a manqué un petit je-ne-sais-quoi …

“Je ne ferai une bonne épouse pour personne”, Non saro mai la brava moglie di nessuno, Nadia Busato, Editions de la Table Ronde (Quai Voltaire), 2019, 263 pages