Je n’avais jamais lu Nuala O’Faolain, bien que j’aie déjà entendu parler d’elle, surtout pour son roman sur Chicago May (prix Fémina étranger 2006). Je ne sais pas ce qui m’a poussée à acheter son tout dernier roman, “Best love Rosie”, si ce n’est la jolie couverture, et la promesse d’une lecture “feel good” pour ce confinement …

Passées les premières pages et la mise en place du récit, j’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre, plein de lumière, d’espoir, et de personnages chaleureux.

Rosie aborde la cinquantaine, ce qui l’effraie au plus haut point. Dans son petit village près de Dublin, c’est la routine entre sa vie auprès de sa tante qui l’a élevée, ses amis et le temps qui s’écoule trop lentement. Mais un voyage à New-York va tout chambouler : sa tante, si morose à Dublin, y retrouvera une deuxième jeunesse, au point de ne plus vouloir rentrer. Quant à Rosie, elle a pour projet d’écrire un manuel de développement personnel sur la cinquantaine, pour ces Américains … En rentrant en Irlande, Rosie tombe amoureuse d’une vieille bicoque sur la Pointe, la presqu’île, la maison de sa mère et de sa tante. Tout y est à refaire : pas d’eau courante, pas d’électricité, … mais une vue sur la mer à couper le souffle, la solitude, et une chienne qui semble l’avoir adoptée …

Le roman est parsemé ici et là de la correspondance par mail entre Rosie et un ami qui va l’aider à se faire publier, et bien sûr, des Pensées – savoureuses – qui constitueront ce fameux manuel du savoir-vieillir pour les cinquantenaires.

“Interdiction d’évoquer la mort. Même à demi-mot.L’Amérique s’efforce tant qu’elle peut d’être optimiste et bien élevée.

Pardon si je suis un peu lente, répond Rosie, mais est-ce que les Américains ne vieillissent pas de la même manière que nous ? Ils meurent, si je ne m’abuse ?”

Certes, mais ils ne veulent pas le savoir. Rester mince, voilà ce qui compte, insiste Markey. Tu ne peux pas conseiller de dessert.”

Bien qu’elle le prenne à la rigolade, Rosie a bien du mal à passer ce cap : que faire du désir ? du sexe ? de la solitude ? de son corps qui s’affaisse ? Elle qui se sent encore tellement jeune dans sa tête ….

Il n’y avait pas eu de tournant majeur, pourtant. Mais une série de petites choses qui, mises bout à bout, traçaient comme une voie vers la sortie des ténèbres.

Ne cherchez pas de grands rebondissement dans ce roman doux-amer sur la vieillesse, la solitude, et les liens amicaux ou maternels : c’est la chronique d’une vie de femme, et de son tournant. C’est l’amour de la nature et d’un pays – l’Irlande – majestueuse et battue par les vents comme on se l’imagine. Un lien familial distendu, mais que la distance va raviver. C’est un très beau personnage féminin, avec ses doutes et ses interrogations. Un roman qui m’a d’autant plus touchée qu’il a été écrit un an seulement avant le décès de son auteur -emportée en deux mois par un cancer foudroyant.

Pour une fois (et ça n’arrive pas souvent), le bandeau qui entourait le livre disait la pure vérité : “Des personnages si attachants qu’ils en deviennent des amis irremplaçables” , dixit Isabelle Carré (que j’aime beaucoup).

“Best love Rosie” est rare : c’est une sorte de feel good bien écrit, mais pas tout à fait, un roman intelligent, drôle, mélancolique et lumineux, bref pile ce dont j’avais besoin. Lisez-le !

“Best love Rosie”, Nuala O’Faolain, Le Livre de Poche, 528 pages de bonheur

2 thoughts on “Best love Rosie, Nuala O’Faolain

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