Catégorie : Coup de cœur

Feel good, Thomas Gunzig

Autant le dire d’emblée, ça fait un petit moment (trop long) que j’ai plus ressenti un tel plaisir de lecture !

Thomas Gunzig, figure emblématique des lettres belges (et de l’humour noir, et de la chronique radio), m’a complètement emportée dans son histoire à tiroirs.

“Feel good” raconte l’histoire de deux personnages que la vie n’a pas épargnés . D’un côté, Alice, la cinquantaine, mère célibataire, qui du jour au lendemain perd son job, et s’enfonce dans la pauvreté, vertigineusement vite. Sa descente aux enfers la conduit à commettre un acte dont elle ne se serait jamais crue capable : kidnapper un bébé “de riches”, pour demander une rançon. Mais rien ne va se passer comme prévu … Alice est incroyablement touchante, et proche de toutes les femmes.

Elle se disait : “Qu’ils aillent se faire foutre avec leurs articles”.

Elle se demandait parfois s’il n’y avait pas une sorte de complot pour empêcher les gens de faire des choses simples sans se sentir immédiatement coupable : prendre un bébé dans son lit, donner un troisième biscuit au chocolat à son fils, laisser son enfant regarder les écrans pendant que sa maman, épuisée par ses quarante heures passées à vendre des chaussures fermait les yeux, juste un petit moment.

De l’autre côté, Tom (Thomas ?), un écrivain moyen, à moyen succès, à moyenne notoriété, obligé de courir les salons littéraires et d’écrire n’importe quoi à la commande pour survivre. A bientôt 50 ans, il rêve de gloire, de Goncourt, de reconnaissance. Et il est prêt à tout pour cela. Même à écrire un roman “feel good”, ce genre qui se vend par millions, calibré pour le succès, avec l’aide d’Alice.

-Aaaaah, il faut parler de résilience, et de conneries comme ça ?

-Oui, par exemple, il y a pas mal de psychologie. Mais de la psychologie à trois sous, des notions pas du tout approfondies, des choses très basiques que le lecteur doit saisir en un instant, il y a souvent un petit côté “développement personnel”, et puis faut pas hésiter à avoir la main lourde sur la spiritualité.

Quel roman réjouissant ! D’abord, une bonne histoire. ça devient rare …. Personnellement, je n’en peux plus de l’autofiction, des déballages sur la famille de l’auteur, ses petites névroses vaguement romancées.

Qu’on nous donne une bonne histoire ! Je suis comme une gamine, je veux être emportée par un récit, ne plus pouvoir poser mon livre, et vivre avec les personnages.

Ici, bingo. j’ai adoré Alice et Tom, l’écriture acerbe, la satire sociale, les thèmes de l’argent dans la société, la vitesse à laquelle on peut tomber dans la vraie misère (effarant !), et surtout les réflexions sur le monde du livre, les galères des auteurs “moyens”, le monde (impitoyable) de l’édition, ….

Thomas Gunzig m’a beaucoup fait sourire en croquant Bookstagram, ses travers et ses codes, avec une justesse irrésistible.

Un roman intelligent et bien mené, avec une intrigue qui se dévore, des personnages attachants, et une vraie réflexion.

Vive Thomas Gunzig, un auteur belge à faire connaître, en cette rentrée littéraire !

“Feel good”, Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 2019, 398 p.

La bulle des petits : Roland Léléfan bouquine

Oh la la, le coup de coeur, les amis ! Déjà, la couverture de ce petit album est mauve (ma couleur préférée). Hop, mon oeil est attiré. Je vois un petit éléphant tout choupi et le mot BOUQUINE. Comment passer à côté ?

Je l’ouvre, je fonds, je l’achète.

Pourtant il ne se passe pas grand-chose dans ce livre : c’est simplement Roland Léléfan (je vous ai dit combien il était choupi ?), qui bouquine. Tout le temps. Partout. Il a des livres jusqu’au plafond. Il se plonge dans son livre jusqu’à y disparaître. Il a beaucoup, beaucoup d’imagination, et se rêve capitaine de navire, ou chasseur de dragons.

C’est tout. Mais qu’est-ce que c’est chouette !

Déjà, Roland, je suis fan de sa bouille. On dirait un mini Pomelo (de Benjamin Chaud, un petit éléphant de jardin – quoi, j’ai un problème avec les éléphants ? pas du tout). Il se balade avec son livre (MAUVE), il apprend l’alphabet au petit lecteur, il donne envie de lire (et de l’avoir en peluche – tiens, c’est une idée, un appel à l’éditeur).

Ce petit album est entré par surprise dans mon coeur de maman bibliothécaire-amoureuse des livres-et du mauve-et des éléphants. Mini Louloute l’aime aussi beaucoup (surtout l’alphabet, elle va bientôt apprendre à lire, quel bonheur !).

Je vous laisse avec les images, vous serez conquis.

Oui, Lisette est amoureuse (gros crush commun)



J’aime bien écrire un petit mot dans les livres, petit souvenir …

Roland Léléfan bouquine, Louise Mézel, La Joie de Lire, 2019

La bulle des petits : Le grand voyage (attention, coup de coeur !)

Il était une fois une petite fille, dans un petit village de Grèce, et une jolie robe, que lui avait cousu sa maman.

La petite fille et la robe s’adoraient et ne se quittaient plus : pour jouer, sauter à la corde, aller à l’école, faire du bateau, toujours ensemble. La petite fille rêvait de vivre quelque chose d’extraordinaire, mais la vie au village suivait son cours, rythmée par son quotidien, bien qu’enchantée par sa robe.

Jusqu’au jour du grand voyage : la petite fille et sa famille traversèrent l’océan, la robe précieusement emballée dans une malle. Mais à l’arrivée, la malle fut perdue, et la robe dut continuer son voyage sans la petite fille … Elle fit le tour du monde et vécu bien des aventures … Jusqu’à ce que la petite fille, qui entre-temps était devenue à son tour une maman, ne la retrouve, au hasard d’une vitrine d’un magasins de trésors, et ne la transmette à sa fille …

Quelle beauté que cet album !!! Je l’ai acheté pour ma Mini Louloute, mais c’est moi qui m’en régale le plus : les illustrations sont splendides, à couper le souffle. Les paysages fleuris et lumineux, pleins de petits détails, les personnages adorables et la robe, mon dieu, la robe ! Une merveille, dont le tissu se retrouve dans les deux premières pages entières, comme une toile de fond.

Une histoire belle comme un conte, sur ces objets d’enfance qui nous sont chers, sur la vie, les départs, l’immigration, et la transmission mère-fille. Une petite pépite, autant pour les illustrations que pour l’histoire, que ma fille et moi chérissons depuis son achat !

“Le grand voyage”, The Dress and the Girl , Camille Andros et Julie Morstad, Gallimard jeunesse, 2019

La bulle des petits : La grande fabrique de mots

Un album de chez Alice cette semaine, une maison d’édition belge qui propose toujours des albums et romans jeunesse de qualité, et avec qui j’ai le bonheur de collaborer depuis un petit temps maintenant !

Pour les dix ans d’un de leur album phare, “La grande fabrique de mots”, une réédition est sortie tout récemment, dans un petit format cartonné carré.

C’est une histoire très poétique, qui se déroule dans un pays imaginaire, où les gens ne parlent presque pas … La raison : il leur faut acheter leurs mots, sortis de La Grande Fabrique, et cela coûte très cher … Il faut aussi les avaler, pour pouvoir les prononcer. A moins d’être très riche, pas moyen de parler beaucoup donc …

Ceux qui n’ont pas d’argent fouillent parfois dans les poubelles.

Mais les mots jetés ne sont pas très intéressants : il y a beaucoup de crottes de biques et de fesses de lapins.

Parfois certains mots flottent dans l’air : il faut alors vite les attraper avec son filet ! Le petit Philéas en a recueilli quelques-uns, mais pas assez pour dire tout son amour à la belle Cybelle. Sera-t-elle sensible à ces quelques mots qu’il a gardé au chaud, “cerise”, “chaise”, “poussière” ? Cela suffira-t-il pour lui exprimer ce qu’il ressent ?

Un magnifique conte, qui en dit beaucoup sur l’importance du choix des mots, tout en finesse et délicatesse. Une métaphore poétique, qui peut ouvrir le débat avec les enfants sur les mots importants, les mots “poubelle”, la façon de communiquer les émotions, le tout servi par de superbes illustrations.

Un classique, dont le petit format est bien joli et agréable pour les petites mains !

“La grande fabrique de mots”, Agnès de Lestrade et Valeria Docampo, Alice Jeunesse, 2009 (réédition en petit format 2019)

I am, I am, I am, Maggie O’Farrell

Comment écrire une chronique à peu près intelligente après un coup de coeur pareil ? Après cette claque littéraire, ce choc, cette Grande Lecture, ce livre important, qui fera date dans mon parcours de lectrice ? Les mots me manquent.

Ce livre n’est pas un roman. Maggie O’Farrell nos y raconte, en chapitres plus ou moins longs, ses dix-sept rencontres avec la mort. Chaque début de chapitre est illustré par une planche anatomique de l’organe qui aurait pu la faire basculer de l’autre côté. Dix-sept fois, dans sa vie, Maggie O’Farrell a ressuscité. Cela semble énorme, mais si on y réfléchit, on a tous été frôlés par une voiture, ou failli prendre un chemin/avion/ou autre qui comportait un danger de mort.

Elle a croisé le chemin d’un meurtrier, failli se noyer, contracté une dangereuse bactérie, une encéphalite, a subi une césarienne catastrophique, et bien d’autres choses … Elle nous les raconte sans pathos ni mièvrerie, d’une écriture percutante, et dès le premier chapitre, on est pris, impossible de reposer le livre.

Frôler la mort n’a rien d’unique, rien de particulier. Ce genre d’expérience n’est pas rare; tout le monde, je pense, l’a déjà vécu à un moment ou à un autre, peut-être sans même le savoir. (…). Prendre conscience de ces moments vous abîme. Vous pouvez toujours essayer de les oublier, leur tourner le dos, les ignorer : que vous le vouliez ou non, ils vous ont infiltré et se logeront en vous pour faire partie de ce que vous êtes, comme une prothèse dans les artères ou des broches qui maintiennent un os cassé.

Je voudrais retranscrire ici tant de passages qui m’ont marquée : impossible. Je n’ai jamais corné tant de pages. Parfois j’aurais voulu marquer aussi le verso de celle que je venais de corner (oui, je corne mes livres, ça les rend vivants, témoins de ce qui m’a touché dans le texte, vraiment “miens”).

Mon exemplaire, bien vivant donc

La maladie, le couple, l’adolescence, l’enfance, l’hôpital, les accouchements, tout dans ce livre m’a parlé. J’ai véritablement redécouvert l’auteure avec ce livre, alors que j’avais déjà lu -et adoré- certains de ses romans (“Quand tu es parti”, “Cette main qui a pris la mienne”, où je me rappelle avoir sangloté comme une perdue). Chaque chapitre de ce livre est marquant, touchant, et à partir de ses expériences ultra personnelles si près de la mort, Maggie O’Farrell nous enseigne la vie.

Savoir que j’avais la chance d’être en vie, que cette vie pouvait m’être retirée à tout moment, a biaisé ma vision. Après la maladie, je considérais ma vie comme un bonus, un extra, une prime – qui me donnait le droit d’en faire ce que je voulais. Non seulement j’avais échappé à la mort, mais j’avais également déjoué mon sort d’handicapée à vie. Qu’aurais-je pu faire de mon indépendance, de ma faculté de me mouvoir, à part les exploiter à fond ? (…)

Cette insouciance a pris fin à l’instant où je suis devenue mère (…). Quand vous donnez la vie, vous vous exposez au danger, à la peur. Au moment où j’ai tenu mon enfant contre moi, j’ai pris conscience de ma vulnérabilité : j’ai eu peur de la mort, pour la première fois. je ne savais que trop bien à quel point la membrane qui nous en sépare est fine, à quel point il est facile de la perforer.

Un livre incontournable, indispensable, qui nous tient en haleine comme un polar, tout en nous retournant les tripes et le coeur, et en nous faisant réfléchir sur nos vies. Plus moyen, en le refermant, de râler sur un retard de train, une petite contrariété. Il faut savourer la vie, qui peut s’arrêter à chaque instant. Le titre est emprunté à ces vers de Sylvia Plath : “I took a deep breath and listened to the old brag of my heart. I am, I am, I am.”

Un livre INDISPENSABLE, le plus gros coup de coeur que j’ai eu ces derniers mois, que je me suis empressée d’offrir à ma Best Book Friend Céline (que j’ai hâte de lire son avis !). Mention spéciale à la traduction impeccable de Sarah Tardy, qui a su retranscrire en français la force de ce texte.

“I am, I am, I am”, seventeen brushes with death, Maggie O’Farrell, Belfond, 2019, 251 pages

Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp

Je lis les livres de Sophie Lemp depuis le premier, “Le fil”, qui m’avait émue aux larmes. “Leur séparation”, son deuxième, m’avait bouleversée. Et j’ai eu la chance de recevoir son nouveau livre qui sort aujourd’hui, “Les miroirs de Suzanne”, avec une dédicace adorable. Merci, ma chère Sophie, pour votre confiance !

Contrairement aux deux ouvrages précédents, autobiographiques, ce petit nouveau est un roman. Suzanne, la quarantaine tranquille, est mariée et maman de deux enfants. Elle a rangé son adolescence et ses tourments dans des cahiers bien cachés … jusqu’au jour où sa maison est cambriolée. Ses cahiers disparaissent et avec eux l’histoire de Suzanne avec Antoine, un écrivain plus âgé avec qui elle a vécu une passion. Les cahiers se retrouvent sur le chemin de Martin, un jeune livreur qui fuit sa vie. Et les mots de Suzanne vont le bouleverser, tandis que la perte des cahiers donnera à celle-ci l’élan nécessaire pour écrire, enfin, sur Antoine.

J’avais un peu d’appréhension en ouvrant ce roman : allais-je retrouver cette plume qui m’avait tant émue ? Cette sensibilité qui me parle tant ? Il n’ a fallu que quelques phrases pour me rassurer : j’allais adorer ! Je me suis plongée dans l’histoire avec bonheur, cornant des pages ici ou là, savourant l’écriture douce et si sensible de Sophie Lemp, et, surtout, en étant bouleversée par le personnage de Suzanne. C’est un magnifique portrait de femme, une femme au carrefour de sa vie, qui va se replonger dans son adolescence et ses premiers émois, dans une histoire d’amour secrète qu’elle a vécue avec un homme plus âgé. Sophie Lemp, à travers les extraits des cahiers de Suzanne que lit Martin, m’a replongée dans ma propre adolescence. Les interrogations de Suzanne, ses passions, ses musiques, ses amis, tout me parlait.

Ne jamais oublier ce que j’ai vécu de fort dans ma vie. Mes émotions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Etre sereine. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira.

Martin, dont la vie va changer grâce aux écrits de Suzanne, m’a touchée aussi. Les mots de la jeune fille vont résonner en lui, et il fera tout pour la retrouver. Il n’y a que le personnage de l’écrivain, Antoine, comme une ombre en arrière-plan, qui m’a laissée froide. Mais Suzanne, lumineuse, est magnifique. En se penchant sur cet ancien amour, elle risque de mettre en danger son présent, mais trouve l’écriture.

Dans les miroirs de Suzanne, une crainte toujours assombrissait la joie. La peur de se tromper, de souffrir, de ne pas savoir, de regretter. Ce soir, elle remarque l’absence de voile sur son visage. L’écriture a débusqué la peur.

Le vol des cahiers sera finalement le choc qui donnera à Suzanne l’impulsion d’écrire, de remettre de l’ordre dans cette histoire passée. Elle éprouve soudain une nécessité d’avancer, et d’écrire cette histoire pour pouvoir la regarder de loin. Sophie Lemp réussit un roman lumineux, sensible et un portrait de femme très juste, dans lequel beaucoup se reconnaîtront. On a toutes écrit sur un coin de journal nos quinze ans, nos peurs et nos espoirs. Que faire de tout cela, arrivée à la quarantaine ?

Un roman superbe, qui m’a touchée, une fois de plus, en plein coeur. Merci, chère Sophie, de m’avoir envoyé votre roman, encore une fois. J’espère qu’il trouvera son chemin jusqu’au coeur de vos futurs lecteurs, pour y allumer cette douce petite lumière, que procure votre écriture.

Le roman sort aujourd’hui, dans toutes les bonnes librairies !

“Les miroirs de Suzanne”, Sophie Lemp, Allary éditions, 2019, 182 pages

Le matin est un tigre, Constance Joly

Il y a parfois des romans qui, en à peine un paragraphe, se sont déjà faufilés jusqu’à votre coeur. Où l’on sent venir le coup de foudre à plein nez. Ce premier roman de Constance Joly en fait partie. Bien que vu et revu sur Instagram (critère qui a tendance à me faire fuir), je l’ai emporté un jour de trouvailles chez Pêle-Mêle, ma librairie d’occasion chouchoute. Sans doute mon inconscient avait-il néanmoins retenu quelque chose de toutes chroniques aperçues. Et comme j’ai bien fait !

C’est l’histoire d’Alma, et de sa fille Billie. Elle est malade, personne ne sait ce qu’elle a, un mal étrange qui lui comprime la poitrine, peut-être une tumeur. A l’hôpital depuis plusieurs mois, elle s’étiole lentement. Alma a une intuition, une idée incroyable, et d’ailleurs personne ne la croit : elle le sent, un chardon pousse dans les poumons de Billie, et l’étouffe. “On est pas chez Boris Vian”, lui dit son mari. Alma n’en démord pas … et si c’était à elle de sauver sa fille ?

Une histoire sensible, de transmission entre mère et fille. Un langage immensément poétique, imagé, mais qui coule pourtant de source, et qui m’a enchantée. Des phrases si belles, à noter dans un petit carnet. De quoi souffre Billie ? Et Alma ? Quel est ce mal qui, rongeant la mère, s’est insinué dans la poitrine de la fille ?

Admirer la vie et s’en sentir dépossédée. Est-ce cela la mélancolie ?

Je peine à vous parler de ce roman, je ne sais comment vous en faire ressentir la beauté. C’est une petite bulle de sensibilité, d’amour, de poésie. Alma, avec ses valises invisibles qui l’alourdissent. Billie, si proche de sa mère. Jean, délaissé et malheureux.

C’est un livre sur les liens parents-enfants : c’est bien connu, les enfants sont des éponges, qui absorbent les sentiments de leurs parents … Billie et Alma sont si proches, trop peut-être. Pour que la fille guérisse, il va falloir que la mère change …

Un roman sensible, où le surréalisme un peu magique m’a touchée en plein coeur. Une très belle écriture et un premier roman enchanteur !

“Le matin est un tigre”, Constance Joly, Flammarion, 2019, 153 pages

Orange amère, Ann Patchett

Alerte au gros coup de coeur, en ce début de semaine !

Je ne connaissais pas du tout Ann Patchett, et quelle découverte, quelle claque littéraire ! Autant vous dire que je compte bien me jeter sur tout autre roman que je pourrai trouver d’elle vendredi, à la Foire du livre de Bruxelles (oui, quand je m’enflamme pour un auteur, c’est à fond).

Comment vous résumer ce roman foisonnant ? Tout commence en 1964 lors du baptême de Franny Keating, en Californie. Bert Cousins s’incruste à la fête pour échapper à ses trois enfants bruyants et à sa femme enceinte du quatrième. Il fait chaud, et le jus d’orange pressé du jardin coule à flots. Bert arrive avec du gin sous le bras : est-ce la canicule, l’alcool amer mélangé au jus d’orange ? Il tombe dans les bras de Beverly, la maîtresse de maison. Le roman explore ensuite les conséquences de ce coup de foudre sur les deux familles : Bert quitte Teresa pour Beverly, et c’est au total six enfants qui formeront cette fratrie recomposée : Franny, Caroline, Holly, Jeanette, Albie et Cal. Ils grandissent à la va comme je te pousse, librement, jusqu’à l’été du drame : l’un d’entre eux meurt. Les familles explosent à nouveau. Des années plus tard, Franny est la maîtresse du célèbre romancier Leon Posen, et lui raconte leur histoire, qui en tirera un best-seller intitulé “Orange amère”, faisant resurgir la tragédie familiale.

L’intrigue n’est pas racontée de manière linéaire, ce qui fait l’originalité de ce roman : une fois le point de départ posé (le baptême de Franny), les personnages des parents ne sont plus les principaux, nous suivrons tour à tour chaque enfant, à travers les décennies, avec des allers et retours dans le temps, sans que l’auteur ne nous perde en chemin. Tous les personnages sont extrêmement attachants et le lecteur passe de l’un à l’autre sans jamais se lasser.

Voilà ce qu’il y avait de plus remarquable chez les petits Keating et les petits Cousins : ils ne se haïssaient pas, ni ne possédaient la moindre parcelle de loyauté tribale. (…). Les six enfants partageaient un principe fondamental, qui renvoyait leurs potentielles antipathies réciproques en ligues mineures : ils détestaient les parents. Ils les haïssaient.

Ce qui m’a franchement épatée, c’est le talent d’écriture d’Ann Patchett, qui réussit à tisser sa toile et nous prendre dans ses filets, avec une histoire de famille qu’elle rend absolument passionnante. C’est une véritable conteuse, et je me suis installée dans “Orange amère” avec l’envie de ne plus jamais en sortir. Ann Patchett excelle à nous décrire les scènes de la vie familiale, et à nous mettre dans l’ambiance de cette famille éclatée, où les enfants vivent libres, loin du regard des adultes, tout en nous baladant dans le temps : un chapitre les enfants ont 15 ans, et celui d’après 50, mais tout coule de source.

Les gens de trompent de peurs, dit Fix, les yeux fermés. On se balade en pensant que ce qui aura notre peau nous attend derrière la porte : c’est dehors, c’est dans le placard, alors que ça ne se passe pas comme ça. Pour l’immense majorité des habitants de cette planète, la chose qui aura leur peau se trouve déjà à l’intérieur.

La traduction d’Hélène Frappat, elle-même romancière, est magnifique et la couverture, superbe, illustre parfaitement le livre.

Je crois que je tiens mon plus gros coup de coeur de ce début d’année !

Un grand merci à Actes Sud pour l’envoi de ce roman !

“Orange amère”, Ann Patchett, Commonwealth, Actes sud, 2019, 301 pages

Phalène fantôme, Michèle Forbes

Pas de “blue monday” pour Lisette et moi : un café dans la véranda, le soleil de l’hiver et le ciel dégagé, plein de lumière et de beaux romans à chroniquer …

“Phalène fantôme” est un coup de coeur : un premier roman irlandais à l’écriture sensible et qui m’a touchée en plein coeur avec son beau personnage féminin.

1969 à Belfast : c’est l’émeute dans les rues, tandis que Katherine, épouse de Georges et mère de quatre enfants, perd pied dans sa vie de femme. La rencontre avec un phoque au cours d’une baignade et la presque noyade qui en découlera va la bouleverser, et la confronter à ses sentiments et regrets enfouis. Le livre alterne les époques entre la Katherine de 1969 et celle de 1949 :  bien que déjà fiancée à Georges, elle rencontre Tom, un jeune tailleur, dont elle tombe amoureuse. Chanteuse lyrique, elle joue “Carmen”, et Tom crée son costume. (suite…)