Catégorie : Littérature américaine

La position, Meg Wolitzer


Loin de moi l’idée de râler sur ma position privilégiée de jury pour le Grand Prix des lectrices Elle, mais ces lectures imposées me frustrent dans mes envies personnelles, et j’ai profité d’un peu de temps avant l’arrivée de la prochaine fournée pour piocher dans ma Pal un livre – même pas récent, même pas de rattrapage de la rentrée littéraire, non.

Plutôt un titre déniché chez mon bien-aimé Pêle-Mêle, dont je savais dans un coin embrumé de mon cerveau que c’était bien, ou du moins que j’en avais entendu des éloges (Céline ? C’était toi ? je ne sais plus).

“La position” est un roman réjouissant ! On y suit la famille Mellow, dont les deux parents ont écrit une sorte de manuel des relations sexuelles, un Kama Sutra perso, et illustré de dessins des parents, en plein action s’il-vous-plaît. Livre qui, devenu un best-seller, tombe entre les mains des quatre enfants du couple, qui en seront -bien sûr- traumatisés chacun à leur manière.

Après la scène d’ouverture où les enfants, profitant d’une absence parentale, compulsent le fameux bouquin, le roman fait un bond en avant pour les retrouver, à l’âge adulte. Aucun n’est vraiment épanoui : entre dépression, mariage qui bat de l’aile , impuissance, ou addictions, chacun cherche à s’en sortir, tandis que le couple des parents s’est défait.

Ils étaient là. Eux. Les parents. Allongés sur les draps froissés du lit, ce grand lit blanc déjà représenté sur la couverture, lui au-dessus, elle en-dessous, souriants et détendus, leurs corps soudés l’un à l’autre.

– Putain de merde, lâcha Holly.

J’ai énormément apprécié la lecture de cette saga familiale attachante, passant d’un point de vue à l’autre sans ennui, jusqu’aux parents qui, peu à peu, racontent comment leur couple – si parfait – a explosé. Une interrogation intéressante sur ce que l’on transmet à la génération suivante, et l’impact que les actes peuvent avoir, dans une famille.

Le style de Meg Wolitzer est ironique, drôle et cruel. Elle ne ménage pas ses personnages, et son livre se dévore comme un bonbon. La preuve, je me suis jetée sur “Les intéressants”, un autre de ses romans … vite, vite, la sélection Elle va arriver, on m’a prêté un livre et je viens d’en acheter encore un 😉

La position, Meg Wolitzer, 10/18, 2014 , 403 pages

Un mariage américain, Tayari Jones

“Un mariage américain”, ou le roman choral d’une tragédie qui frappe un homme, Roy : celle d’être injustement condamné pour un viol qu’il n’a pas commis. Une histoire d’injustice, de racisme (la promptitude d’un Etat à juger un homme noir), de vie gâchée, mais, surtout, l’histoire d’un mariage, celui de Roy et Celestial. Ils avaient la vie devant eux, mariés depuis à peine un an, quand Roy est emprisonné pour 12 ans.

Le roman alterne les chapitres épistolaires entre Roy et Clestial, mais donne aussi la parole à Andre, l’ami de toujours du couple, amoureux de Celestial en silence. Plutôt que d’approndir la question essentielle de l’erreur judiciaire, Tayari Jones choisit de se centrer sur le mariage et la relation entre Roy et Celestial. Elle montre comment l’absence, la prison, peuvent détruire un jeune couple à l’avenir radieux.

Un roman agréable à lire mais qui ne m’a pas marquée : je n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie avec les personnages, et j’ai regretté le manque de profondeur concernant l’erreur judiciaire dont est victime Roy. Le viol dont il est accusé et son procès sont expédiés, et il m’a manqué un petit quelque chose pour être réellement emballée par ce roman, qui promettait pourtant beaucoup (trop ? ).

“Un roman américain”, An american marriage, Tayari Jones, éditions Plon (Feux croisés), 423 pages, 2019

Mon année de repos et de détente, Ottessa Moshfegh

Rien que la couverture, avec cette jeune femme alanguie à l’air lasse, m’attirait beaucoup, et j’ai eu la chance de recevoir ce drôle de roman dans le cadre de la sélection du Grand Prix des Lectrices Elle. Roman assez étrange, avec un personnage central pas forcément sympathique, qui m’a d’abord profondément énervée, puis qui s’est révélé plus profond qu’il n’y paraissait.

L’héroïne, une jolie jeune femme récemment diplômée, décide “d’hiberner” pour un an dans son appartement de New-York. Abrutie de médicaments, de somnifères, se nourrissant à peine entre deux réveils, ne mettant plus le nez dehors et ne recevant que la visite occasionnelle d’une amie qui l’insupporte, la jeune femme sombre dans une torpeur de “repos”, une douce routine faite de vidéos à la chaîne, se détachant peu à peu de la société.

Quel étrange roman ! J’avoue avoir détesté cette jeune femme, au début du livre. Je ne la comprenais pas, et l’envie de la secouer me titillait. Au fil de ma lecture, mon empathie a grandi, devant le passé familial et les déconvenues sentimentales sordides de l’héroïne.

En plaçant son intrigue au début de l’année 2000, l’auteur profile devant nous l’ombre du 11/09/2001, que l’on voit arriver inéluctablement. A travers le regard désabusé de cette jeune américaine, c’est toute une société qui est passée au crible : travail monotone, amitiés superficielles, relations amoureuses décevantes, famille toxique et solitude immense. 

“C’est ainsi que j’ai compris que le sommeil avait un effet : je devenais de moins en moins attachée à la vie. Si je continuais comme ça, me disais-je, je finirais par disparaître complètement, puis je réapparaîtrais sous une forme nouvelle. C’était mon espoir. C’était mon rêve.”. 

Un roman qui pose question, qui interroge sur toute une génération, à travers une intrigue quasiment existentialiste, et une héroïne désabusée.

Une réussite, et ma lecture préférée (jusqu’à présent) dans la catégorie Roman du Prix Elle !

“Mon année de repos et de détente”, My year of rest and relaxation, Ottessa Moshfegh, Fayard, 2019, 299 pages

Mudwoman, Joyce Carol Oates

Quel livre étrange et fascinant ! “Meilleur roman étranger 2013”, selon le magazine Lire, on m’a conseillé ce titre parmi l’énorme bibliographie de Oates, pour la découvrir. J’avais déjà lu et aimé “Blonde”, son roman sur la vie de Marilyn Monroe, ainsi que “Les chutes”, et j’ai à nouveau aimé celui-ci.

Abandonnée toute petite par sa mère à moitié folle dans les marais, Mudgirl est sauvée et adoptée par un couple de quakers. Devenue Meredith Neukirchen, M. R. , elle grandit en occultant son sombre passé et devient une femme brillante, première présidente d’université, à la carrière irréprochable. Mais, à l’occasion d’une conférence dans sa région natale, M.R. s’égare en voiture près des marais et est victime d’un mystérieux accident. A partir de là, elle n’est plus elle-même et sa vie se délite, jusqu’à en perdre presque la raison … son passé remonte à la surface et entraîne la chute de sa carrière.

Le Roi des corbeaux avait observé la conduite cruelle de la femme mi-portant mi-traînant une enfant en larmes à travers les marais pour la jeter dans une boue molle et mouvante comme des sables et l’abandonner à la mort dans ce terrible endroit.

Tout est dans l’écriture, chez Joyce Carol Oates. Au-delà du climat assez glauque de ses romans (et celui-ci ne fait pas exception, avec les marais, la mère foldingue, la petite fille effrayée, le tout enrobé des cris du roi des corbeaux qui tournoie autour des marais), au-delà de ça donc, il y a une vraie voix, dans son écriture. C’est confus, plein de phrases en italique, qui sont les pensées de son héroïne, ou d’un narrateur omniscient, on ne sait pas trop. C’est magistral, c’est prenant, c’est sombre et angoissant, et onirique aussi. Poétique, onirique, on ne sait pas trop si on est dans un rêve ou dans la réalité, ni ce qui est vrai ou fantasmé. Le lecteur pourrait être perdu, mais Oates le tient bien en haleine, et, si toutes les questions ne sont pas résolues, elle laisse planer un doute qui nous permet d’inventer notre propre explication. D’habitude, je déteste ça : je veux des réponses, de la rationalité, surtout pas qu’on me laisse dans le brouillard. A la fin de Mudwoman, je n’ai pas tout compris, mais ça m’est égal. J’ai été transportée dans cette atmosphère étouffante des marais, dans la vie de cette petite Mudgirl, une enfant qui n’existe pas, sans acte de naissance, sans prénom certain, abandonnée puis, devenue Mudwoman, qui se laisse gagner par la folie.

Il fallut qu’elle fut retrouvée pour qu’on se rende compte qu’elle avait disparu. 

Le récit est parsemé de références à la boue, dans laquelle M.R. s’enlise, que ce soit physiquement ou pas. Un récit féministe, qui décrit le parcours d’une combattante, une femme incroyablement résiliente, qui revient de loin : des marécages où l’a laissée pour morte, elle parviendra, à force de courage et d’obstination, à devenir la première femme présidente de l’université. C’est aussi un roman sur l’identité : la petite fille inconnue prend plusieurs noms (Jedina, Jewell, Meredith – Merry-, M.R.), et tente de se trouver elle-même.

En parallèle, Oates réussit un portrait de l’Amérique et de ses démons : la guerre en Irak, le terrorisme, le désenchantement politique.

Car ce garçon de vingt ans comprenait – ce que M.R. ne pouvait pas même se permettre d’envisager – qu’à l’ère de l’Internet, à une époque où l’emploi de la force brutale contre un quasi- « ennemi » était présenté à un public crédule comme un événement médiatique, baptisé Choc et Stupeur tel un blockbuster hollywoodien – l’important n’était pas ce qui s’était réellement passé, mais ce qu’on pouvait faire croire s’être passé à un nombre assez considérable de personnes. (…).
Dans les sondages, il semblait établi que les États-Unis combattaient les forces terroristes – les individus mêmes – impliqués dans la catastrophe du 11-Septembre.

Que ce fût ou non un fait historique importait peu, pourvu que la majorité des citoyens américains le croie.

Une dernière citation, qui m’a énormément plu :

Quand tu lis, tu es à l’intérieur du livre- et là, tu es en sécurité.

Un bon pavé américain, foisonnant, fascinant, pas facile à lire mais ô combien intéressant …

“Mudwoman”, Joyce Carol Oates, Points, 2014

Une étincelle de vie, Jodi Picoult

Les lois sont en noir et blanc.

Les vies des femmes se parent de mille nuances de gris.

Je poursuis ma découverte des romans de Jodi Picoult, auteur américaine que j’avais à tort cataloguée “sentimentale” (ne me demandez pas pourquoi). Après “La tristesse des éléphants” et “Mille petits riens”, voici son nouveau livre, qui traite d’un sujet brûlant d’actualité (surtout aux USA), le droit à l’avortement.

Un homme force l’entrée d’une clinique pratiquant l’avortement, et prend les patientes et le personnel en otage. Hugh McElroy, négociateur, est appelé pour parlementer … arrivé sur place il découvre que sa propre fille de 15 ans est l’une des otages, accompagnée au centre par sa tante, la soeur de Hugh. Que font-elles là ? En parallèle, une jeune fille se réveille à l’hôpital après avoir tenté d’avorter, la police à son chevet : dans cet Etat, l’avortement est considéré comme un meurtre et la jeune fille de 17 ans risque donc la prison …

Jodi Picoult signe un roman haletant aux multiples personnages qui font entendre leur voix : le père inquiet, le forcené en colère, l’ado qui n’a pas eu d’autre choix que d’avorter, l’infirmière enceinte, le gynéco harcelé, la militante …

C’est quoi, son crime, au juste ? Elle n’est qu’une ado de dix-sept ans qui ne veut pas devenir mère et, à cause de ça, elle risque de perdre ce qui lui reste d’enfance. (…). Peut-être que s’il y avait moins de lois, pense Beth, elle n’aurait pas été forcée de les enfreindre. Ça a été le parcours du combattant, pour elle, d’essayer de se faire avorter légalement, alors pourquoi est-ce qu’on la punirait d’avoir avorté illégalement ?

Tous ont leur point de vue sur cette question de l’avortement, et il n’est jamais tout à fait noir ou blanc … La prise d’otages est un moyen narratif parfait pour tenir tous ces personnages à huis-clos et faire monter le suspense, comme pour un thriller, tandis qu’ils débattent entre pro-life et pro-choice … Le résultat est passionnant ! Ballotté entre une militante qui déballe ses arguments et une jeune fille qui n’a reçu aucune aide et en est venue à avorter, le lecteur est au milieu des débats et peut se faire sa propre idée.

La particularité du roman est sa construction narrative : l’action est racontée à rebours … Le début du roman est à 17h, et remonte le temps jusqu’au tout début de la journée. S’il est original, ce procédé m’a quelque peu déroutée dans ma lecture : je m’y suis un peu perdue, mais rien de grave, rien qui ne m’empêche de poursuivre avidement ma lecture, fascinée par cette histoire. Jodi Picoult a écrit un roman intelligent, palpitant, mêlant suspense et réflexion, sur ce thème du droit à l’avortement qui est au coeur de notre actualité, et le recul de ce droit, notamment aux Etats Unis, fait peur. La littérature commence à s’emparer de ce sujet, et j’espère que cela pourra faire réfléchir …

N’est-ce pas un monde de dingue, ce monde où le délai d’attente pour se faire avorter est plus long que le délai d’obtention d’une arme ?

“Une étincelle de vie”, Jodi Picoult, A Spark of Light, Actes sud, 2019

“Né d’aucune femme” / “Refaire le monde”

Me voici de retour, après ces belles vacances de Pâques ! Mes petits lecteurs sont à l’école, la maison est à moi (youpie !) et j’ai enfin le temps d’écrire mes billets … Deux minis chroniques pour le prix d’une, en cette rentrée …

On commence avec “Né d’aucune femme”, de Franck Bouysse. Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit partout sur la blogo ? Je ne l’aurais jamais lu sans Bookstagram. A force de le voir partout, et encensé, j’ai fini par craquer pour l’histoire de Rose. Et quelle histoire que celle de cette jeune fille vendue par son père à un quasi psychopathe … J’avais lu que c’était insoutenable, et par moments, ça l’est. Mais, à ma grande surprise, j’ai été moins choquée que prévu. Pourquoi ? parce que c’est trop. c’est too much. Trop de violence, de noirceur, de désespoir pour la pauvre Rose. C’est un conte cruel, avec tous ses archétypes : l’ogre (le psychopathe), la sorcière (sa mère), la pauvre victime (Rose), l’éventuel chevalier sauveur, le château, la chambre interdite, le père miséreux qui vend sa fille, la forêt … C’est tellement un conte plutôt qu’un roman crédible, que j’y ai trouvé une distance qui m’a permis de le lire sans (trop) être heurtée.

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Au moins, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-monstres et tous les autres .

Rose est un magnifique personnage, et sa terrible histoire est digne d’un film d’épouvante. L’écriture de Franck Bouysse est poignante, sensible et poétique. J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman noir, sombre et cruel, et je comprends l’engouement que ce roman a suscité, mais, si je l’ai dévoré, je n’en ferai pas un coup de coeur.

Deuxième mini chronique : “Refaire le monde”, de Julia Glass. Un énorme pavé de 800 pages qui m’a pris toutes les vacances 😉 Après ma lecture en demi-teinte de “Une maison parmi les arbres”, j’avais envie de découvrir un autre titre de l’auteure. Celui-ci est un roman choral foisonnant de personnages, et qui suit leurs vies plus ou moins entremêlées sur plusieurs années, de New-York au Nouveau Mexique, où Greenie, chef pâtissière est engagée. Elle laisse à N-Y son mari Alan, un psy limite dépressif, emmenant leur fils de 4 ans, George. A côté, nous suivons Walter, chef restaurateur gay, dans ses interrogations de couple, et Saga, une jeune femme qui a partiellement perdu la mémoire après un accident. Une histoire où la cuisine tient une grande place (et c’est alléchant), de même que les interrogations de plusieurs couples de longue durée, en crise.

Un couple qui survivait à une liaison était comme une tasse de porcelaine dont l’anse avait été cassée. On pouvait la recoller, mais on verrait toujours la trace de la cassure, et quand on la tiendrait entre ses mains, on ne pourrait jamais avoir la certitude qu’elle ne se recasserait pas exactement au même endroit.

Si j’ai lu ce roman jusqu’au bout avec un certain plaisir, j’y ai néanmoins trouvé beaucoup de longueurs et j’ai allègrement sauté quelques pages. Les personnages sont tous attachants, mais le roman aurait gagné à être raccourci de scènes inutiles. Une lecture à nouveau mitigée donc … Il me reste “Louisa et Clem” dans ma pal, mais ce ne sera pas pour tout de suite …

  • “Né d’aucune femme”, Franck Bouysse, La manufacture de livres, 2019, 333 pages
  • “Refaire le monde”, Julia Glass, j’ai lu, 2009, 830 pages

Orange amère, Ann Patchett

Alerte au gros coup de coeur, en ce début de semaine !

Je ne connaissais pas du tout Ann Patchett, et quelle découverte, quelle claque littéraire ! Autant vous dire que je compte bien me jeter sur tout autre roman que je pourrai trouver d’elle vendredi, à la Foire du livre de Bruxelles (oui, quand je m’enflamme pour un auteur, c’est à fond).

Comment vous résumer ce roman foisonnant ? Tout commence en 1964 lors du baptême de Franny Keating, en Californie. Bert Cousins s’incruste à la fête pour échapper à ses trois enfants bruyants et à sa femme enceinte du quatrième. Il fait chaud, et le jus d’orange pressé du jardin coule à flots. Bert arrive avec du gin sous le bras : est-ce la canicule, l’alcool amer mélangé au jus d’orange ? Il tombe dans les bras de Beverly, la maîtresse de maison. Le roman explore ensuite les conséquences de ce coup de foudre sur les deux familles : Bert quitte Teresa pour Beverly, et c’est au total six enfants qui formeront cette fratrie recomposée : Franny, Caroline, Holly, Jeanette, Albie et Cal. Ils grandissent à la va comme je te pousse, librement, jusqu’à l’été du drame : l’un d’entre eux meurt. Les familles explosent à nouveau. Des années plus tard, Franny est la maîtresse du célèbre romancier Leon Posen, et lui raconte leur histoire, qui en tirera un best-seller intitulé “Orange amère”, faisant resurgir la tragédie familiale.

L’intrigue n’est pas racontée de manière linéaire, ce qui fait l’originalité de ce roman : une fois le point de départ posé (le baptême de Franny), les personnages des parents ne sont plus les principaux, nous suivrons tour à tour chaque enfant, à travers les décennies, avec des allers et retours dans le temps, sans que l’auteur ne nous perde en chemin. Tous les personnages sont extrêmement attachants et le lecteur passe de l’un à l’autre sans jamais se lasser.

Voilà ce qu’il y avait de plus remarquable chez les petits Keating et les petits Cousins : ils ne se haïssaient pas, ni ne possédaient la moindre parcelle de loyauté tribale. (…). Les six enfants partageaient un principe fondamental, qui renvoyait leurs potentielles antipathies réciproques en ligues mineures : ils détestaient les parents. Ils les haïssaient.

Ce qui m’a franchement épatée, c’est le talent d’écriture d’Ann Patchett, qui réussit à tisser sa toile et nous prendre dans ses filets, avec une histoire de famille qu’elle rend absolument passionnante. C’est une véritable conteuse, et je me suis installée dans “Orange amère” avec l’envie de ne plus jamais en sortir. Ann Patchett excelle à nous décrire les scènes de la vie familiale, et à nous mettre dans l’ambiance de cette famille éclatée, où les enfants vivent libres, loin du regard des adultes, tout en nous baladant dans le temps : un chapitre les enfants ont 15 ans, et celui d’après 50, mais tout coule de source.

Les gens de trompent de peurs, dit Fix, les yeux fermés. On se balade en pensant que ce qui aura notre peau nous attend derrière la porte : c’est dehors, c’est dans le placard, alors que ça ne se passe pas comme ça. Pour l’immense majorité des habitants de cette planète, la chose qui aura leur peau se trouve déjà à l’intérieur.

La traduction d’Hélène Frappat, elle-même romancière, est magnifique et la couverture, superbe, illustre parfaitement le livre.

Je crois que je tiens mon plus gros coup de coeur de ce début d’année !

Un grand merci à Actes Sud pour l’envoi de ce roman !

“Orange amère”, Ann Patchett, Commonwealth, Actes sud, 2019, 301 pages

La librairie de l’île, Gabrielle Zevin

“La librairie de l’île” est typiquement le livre feel-good qui réconforte, en ce mois de décembre où la fatigue commence à se faire sentir. Je l’ai acheté d’occasion sur un coup de tête, n’en attendant pas grand-chose, et n’étant pas sûre qu’il soit bon. “Encore une énième histoire qui se déroule dans une librairie, bon, tentons le coup”.

Et bingo, bonne pioche, j’ai a-d-o-r-é.

A.J. Fikry est libraire sur la petite île d’Alice, Massachussetts. Veuf, il est un peu au fond du trou, quand il trouve une petite fille de deux ans abandonnée dans sa boutique, Maya, avec une lettre de sa mère : “Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour qui la lecture compte”. Allons bon, se dit A.J., je ne vais tout de même pas la garder. Et pourtant … (suite…)

La mère parfaite, Aimee Molloy

 

Voici un roman qui me faisait vraiment de l’oeil depuis sa sortie !

L’histoire d’un groupe de mères qui ont accouché le même mois, et dont le bébé de l’une d’entre elles disparaît le premier soir où elle s’autorise une sortie, sans que la baby-sitter ne remarque rien  … La réunion entre filles tourne alors au drame. L’enquête piétine et les autres mères décident de fouiner de leur côté … Tandis que Winnie, la mère célibataire du bébé disparu, passe bientôt de victime à suspecte …

Etiquetté “thriller”, ce n’en est pas vraiment un, à mon sens … je parlerais plus de suspense psychologique. Pour moi, un thriller c’est du sang, du glauque, des tueurs en série, des enquêteurs, … On est beaucoup plus ici dans l’histoire façon “Desperate Housewives” (j’allais écrire “qui tourne mal”, quand je me suis rappelée toutes les péripéties rocambolesques de cette série), ou dans la veine d’un Liane Moriarty (“Le secret du mari” etc). (suite…)