Catégorie : Littérature américaine

Arrive un vagabond, Robert Goolrick

 

“Quand Charlie Beale arriva à Brownsburg, il tomba deux fois amoureux …”
Quel beau roman ! Attirée par la poésie du titre et la beauté de l’édition collector, j’ai emporté ce livre sans trop me poser de questions … Et je l’ai savouré …
Charlie Beale arrive dans une petite ville de Virginie et se fait embaucher comme boucher. Peu à peu, il s’installe, se fait quelques amis, dont le petit Sam, 5 ans, le fils de Will, qui lui a offert un toit. Venu de nulle part, on ne sait pas grand-chose de Charlie, ce vagabond … Un jour entre dans la boucherie, une jeune femme belle comme une de ces stars de cinéma à qui elle veut à tout prix ressembler. C’est le coup de foudre entre Sylvan et Charlie, mais elle est mariée à l’homme le plus riche de la ville, et une liaison interdite débute, sous le regard innocent du petit Sam … jusqu’au drame …
Voilà un tout grand roman, avec un souffle romanesque comme on en lit trop peu. Les personnages sont grandioses, l’histoire est dramatique et sublime, et on sent la tension monter tout au long de l’histoire, jusqu’à la fin déchirante. Premier livre de Robert Goolrick que je lis, ce ne sera pas mon dernier … Ce roman est magnifique et je verrais bien une adaptation au cinéma !
L’édition collector que j’ai trouvé comporte une préface inédite de l’auteur qui explique la genèse du roman, et que c’est une histoire vraie …. que lui a raconté celui qui lui inspirera le personnage (magnifique) du petit Sam. Si vous pouvez mettre la main sur cette édition, cette préface apporte vraiment un éclairage très intéressant sur cette grande histoire d’amour. C’est vraiment une belle histoire romantique, sans aucune mièvrerie, et le couple de Charlie et Sylvan me hantera longtemps.
Ce roman a reçu le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2013.
 
“Arrive un vagabond”, Robert Goolrick, Pocket, 2014, 349 p.

L’endroit le plus dangereux du monde – Lindsey Lee Johnson

Voici une lecture-surprise, piochée au hasard, et qui m’a littéralement scotchée.

Un roman choral passionnant, où l’on suit huit adolescents américains et leur prof d’anglais, de la quatrième à la terminale. Tout commence avec la lettre d’amour que Tristan, l’élève un peu à part, envoie à Cally, qui fera le tour de la classe, puis de Facebook, et qui entraînera le harcèlement et finalement le suicide de Tristan. Cally ne sera plus jamais la même. Elle lâche ses deux meilleures amies et change totalement de personnalité. Cette tragédie hantera tous les autres, d’une manière ou d’une autre : Emma la danseuse, Ryan le beau gosse, Damon le petit délinquant, Dave le bon élève sous pression, Abigail qui aura une liaison avec son professeur … Au milieu, Molly, jeune prof à peine plus âgée, dont c’est la première année d’enseignement. Voulant bien faire, elle s’investit trop, et peine à trouver la juste distance avec ces jeunes, entre deux pages de “Gatsby le magnifique”.

Chaque ado a son chapitre et sa propre histoire, souvent difficile, son rapport conflictuel aux parents, son addiction : réseaux sociaux, drogue, alcool, sexe, tout y passe.

J’ai été complètement prise dans cette histoire, j’ai eu un mal fou à lâcher le livre, que j’ai trouvé très bien écrit, bien construit, et fascinant de bout en bout. C’est un roman terrifiant par son constat de la jeunesse américaine d’aujourd’hui, désabusée, cruelle et hyper-connectée, mais aussi souvent livrée à elle-même car si les comportements des jeunes sont loin d’être exemplaires, le livre nous montre aussi des parents dépassés, absents, accros à leurs boulots, ou au contraire, intrusifs, qui mettent la pression du “toujours plus” à leur enfant. Le point de vue du professeur, au milieu de ce chaos, est très intéressant.

Le roman est de ceux qu’on ne lâche plus, et les différents points de vue des ados, souvent sur les mêmes événements, forme une histoire très construite, très complète, et palpitante, comme dans le cas du harcèlement où l’on a à la fois la voix du harcelé, du harceleur mais aussi du témoin impuissant.

Ce fut une excellente surprise que ce roman, un merveilleux moment de lecture, qui paraîtra au Livre de Poche le 13 juin prochain !

“L’endroit le plus dangereux du monde”, Lindsey Lee Johnson, JC Lattès, 376 p., 2017

La première fois qu’on m’a embrassée je suis morte, Colleen Oakley

Depuis toute petite, Jubilee Jenkins souffre d’allergie au contact humain. Rien que la toucher peut l’envoyer à l’hôpital. D’ailleurs, le premier garçon qui l’a embrassée a failli la tuer … Jubilee passe donc neuf ans (neuf ans !) enfermée chez elle, à tout commander en ligne. Mais à la mort de sa mère, elle se voit obligée de trouver un travail, et ce sera à la bibliothèque, où elle rencontre Eric, divorcé, accompagné de son fils adoptif, Aja, un petit génie perturbé par la mort de ses parents.

On dirait bien que je prends goût aux romances ! Après “Les yeux de Sophie”, de Jojo Moyes, et “Avant toi”, que je suis en train de dévorer, j’ai craqué pour ce livre et j’ai bien fait, car c’est un coup de coeur !

Les chapitres sont découpés entre le point de vue de Jubilee (que je l’aime !), Eric et des extraits d’article sur Jubilee et “son cas”, depuis son enfance. Jubilee est extrêmement attachante, comme l’était une Eléonor Oliphant. Pleine d’humour malgré elle, les situations où elle sort de sa maison et se confronte au monde sont souvent hilarantes. Son travail de bibliothécaire la met face à des gamins pour une heure du conte (j’ai ri ! mais j’ai ri !), elle retrouve une copine d’adolescence qui la prend sous son aile (mais pourquoi donc, ah ah), ses collègues sont attachants, …

La description de la maladie de Jubilee et de ses conséquences est fascinante : la petite fille privée du contact réconfortant de sa mère, qui la laissera tomber pour filer à l’autre bout du pays juste après l’incident du baiser … sa peur du moindre frôlement et le handicap que cette maladie représente dans sa vie quotidienne, …

Eric et Aja sont très attachants aussi : divorcé, Eric a une ado qui ne lui adresse plus la parole, et a adopté le fils de ses meilleurs amis, décédés dans un crash d’avion. Perturbé par ce deuil, Aja se rapproche de Jubilee, qui le fascine.

Nous avons donc un drôle de trio, des situations cocasses, une histoire d’amour (forcément) contrariée par une maladie extrêmement bizarre, le tout servi avec humour dans une bibliothèque (certaines situations m’ont bien fait rire, en tant que bibliothécaire), bref, un roman ouvertement feel-good qui remplit très bien son job, je me suis régalée avec cette lecture. J’ai eu un coup de coeur pour l’histoire, pour Jubilee, et pour l’écriture de Colleen Oakley.

Si vous avez envie d’une lecture réconfortante, foncez sur ce roman (et la couverture est magnifique, ce qui ne gâche rien).

“La première fois qu’on m’a embrassée, je suis morte”, Colleen Oakley, Milady, 503 p., 2018

Mille petits riens, Jodi Picoult

 

Après avoir adoré “La tristesse des éléphants”, le roman précédent de Jodi Picoult, j’ai sauté de joie lorsque j’ai eu l’occasion, grâce à une édition privilégiée de Masse Critique de Babelio, de lire en avant-première son nouveau livre !

J’ai donc reçu les épreuves non corrigées (une première pour moi, je me suis sentie bêtement importante) de ce pavé de près de 600 pages, déjà un grand succès en Amérique, et dont l’adaptation ciné avec Julia Roberts est annoncée.

Le résumé de l’éditeur :

Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une employée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d’un adolescent qu’elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer. Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui. Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d’avoir tué le bébé d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ?

Dès les premières pages, j’ai adoré cette histoire. L’écriture de Jodi Picoult, que j’avais déjà appréciée précédemment, est toujours là. Les chapitres alternent les voix de Ruth, son avocate Kennedy et le jeune père Turk. Ce dernier, imbuvable une bonne partie du roman, ne nous épargne aucun cliché sur les Noirs, les Juifs, les homosexuels, bref, une ordure. Sa femme ne vaut guère mieux, ce qui rend assez difficile l’empathie pour la perte de leur bébé …

Ruth et Kennedy sont deux touts grands personnages, qui vont devoir s’apprivoiser pour gagner, l’une sa liberté, l’autre son tout premier procès pour meurtre.

Le sujet du roman est passionnant et nous fait réfléchir sur le racisme, bien sûr, qu’il soit conscient et affiché, ou beaucoup plus sournois et à peine visible. Sur notre société, sur la justice américaine, les erreurs médicales, la difficulté du métier d’infirmière, la maternité, les combats que Ruth choisit de mener, au prix peut-être de sa liberté : toute cette colère emmagasinée en elle, elle veut pouvoir l’exprimer à la barre, malgré les conseils de son avocate, en risquant d’être condamnée pour cela.

Les personnages évoluent tous, même celui du suprémaciste Blanc, même si j’ai eu du mal à y croire totalement … Malgré quelques longueurs dans la partie du procès, où beaucoup de témoins disent et redisent la même chose, infligeant au lecteur tout ce qu’il sait déjà et qui a été dit à peine quelques pages en arrière, j’ai beaucoup aimé ce roman, qui aborde des thèmes importants, très actuels (il suffit de penser aux Noirs abattus par la police américaine, notamment), et une belle réflexion sur le racisme et les “mille petits riens” de tous les jours qui peuvent en venir à bout, le tout avec une histoire passionnante et de très beaux personnages de femmes.

Je remercie de tout coeur Babelio et les éditions Actes Sud pour leur confiance !

“Mille petits riens”, Jodi Picoult, Actes Sud, 2018

Mille petits riens par Picoult

Emma dans la nuit, Wendy Walker

Quand on m’a proposé de recevoir le nouveau roman de Wendy Walker grâce à une édition de Masse Critique privilégiée sur Babelio, j’étais enthousiaste. J’avais aimé son premier roman, “Tout n’est pas perdu”, du moins en avais-je gardé le souvenir d’une bonne intrigue psychologique. Je remercie d’ailleurs les éditions Sonatine et Babelio pour cet envoi 😉

Le pitch : les soeurs Tanner, Emma et Cass, ont mystérieusement disparu, sans laisser de traces, un soir, après une dispute. Enlèvement ? Fugue ? Accident ? Nul ne le sait. Trois ans plus tard, Cass réapparaît. Le FBI, accompagné de la psy Abigail Winter, passionnée par l’affaire, interroge alors Cass, qui clame avoir été victime d’un enlèvement et emmenée sur une île mystérieuse, où sa soeur Emma serait toujours captive. Mais rien n’est simple dans l’histoire de Cass, et surtout dans cette famille dysfonctionnelle, où les secrets et les coups bas sont rois.

Après avoir lu ce roman, je me suis penchée sur ma critique de “Tout n’est pas perdu”, et, bingo, je pourrais vous réécrire la même.

A savoir que, selon moi, voici un excellent page turner psychologique, dont l’intrigue ne souffre d’aucun temps mort, plein de fausses pistes, où le lecteur se passionnera à démêler le vrai du faux, et tournera les pages avidement, peut-être y passera une nuit blanche.

C’est effectivement une bonne histoire. Mais c’est tout. On pourrait en faire un téléfilm du dimanche soir, où l’on se plongerait dans l’intrigue comme dans un bon bain chaud.

Mais côté écriture, côté émotions, zéro, nada. L’écriture est froide et si j’ai apprécié les explications psychologiques assez poussées sur certains troubles de la personnalité, que j’ai trouvées très intéressantes, je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Aucun empathie pour Cass ni Emma, et la sensation d’un grand n’importe quoi, d’une intrigue bien ficelée mais complètement tirée par les cheveux, et surtout un grand regret : l’absence d’écriture, de musicalité, d’émotions.

C’est pour trouver tout cela que je lis : une bonne histoire ne suffit pas. Sinon je regarde Netflix.

Au final, un roman aussitôt lu, aussitôt oublié, mais qui devrait rencontrer son public …

“Emma dans la nuit”, Wendy Walker, Sonatine, 2018

Poppy et les métamorphoses, Laurie Frankel

Déniché complètement au pif dans les rayons de ma librairie d’occasion favorite, “Poppy et les métamorphoses” s’est révélé être un énorme coup de coeur, un de ceux qui nous font craindre le goût forcément fade de la lecture suivante …

Tout commence avec la rencontre de Rosie et de Penn, qui donnera lieu à un mariage heureux et à la naissance de quatre garçons (quatre !). Pour sa dernière grossesse, Rosie croise les doigts très fort et espère bien évidement une fille … et c’est le petit Claude qui naît. Pourtant, celui-ci se distingue dès son plus jeune âge : il demande à porter des robes et ne souhaite rien de plus fort que d’être une princesse … Voilà Claude qui, dans son corps de garçon, se sent fille. La famille se met à l’appeler Poppy (du nom de la jeune soeur de Rosie, décédée enfant, gloups), et accepte joyeusement l’état des choses. Mais rien ne sera facile pour Poppy-Claude, à commencer par l’école, les amis, l’entourage, bref le regard des autres … Poppy rejetée, la famille décide de déménager à l’autre bout du pays, et de ne pas révéler “ce que Poppy a dans sa culotte, qui ne regarde personne”. Mais comment grandir, et que faire, arrivée à l’âge des métamorphoses adolescentes ?

Le thème de l’enfant transgenre ne m’attirait pas plus que ça, mais quelque chose dans les premières lignes du bouquin me soufflait que j’allais adorer. Et ce fut le cas, j’ai eu un gros coup de coeur pour cette famille un peu barge, pour Poppy et ses robes, mais surtout pour Rosie et Penn. L’écriture de Laurie Frankel est absolument délicieuse et pleine d’humour, malgré le sujet finalement grave des perturbations d’identité chez un enfant, elle réussit, surtout grâce à son couple de parents extraordinaires, à donner une énergie et une vitalité dingue à son récit. Un régal de lecture.

Bourré de passages drôles sur la parentalité (voir mon extrait ci-dessous), qui m’ont beaucoup touchée, le roman est une formidable réflexion sur l’acceptation de soi et des autres, à travers l’histoire de Poppy, que sa famille accepte comme il/elle est, et en est presque “trop positive”, comme on le leur reprochera. “Cet enfant na pas assez souffert”, dira l’inénarrable Mr Tongo, un excentrique chez qui Penn et Rosie iront chercher conseil :


“- Que peut-on faire pour aider Poppy ?
– Vous? Rien du tout. Vous en avez déjà trop fait. C’est à son tour de passer à l’action. Et elle a déjà commencé en faisant son coming out. C’est la première étape.
– D’accord, ça, c’est fait, concéda-t-elle. Mais bien malgré elle. C’est quoi la deuxième étape?
– La deuxième étape, c’est de se faire rejeter par un bon nombre de personnes et le vivre très mal.
– Ça aussi, c’est fait. Et la troisième étape?
– La troisième étape est plus amusante. La troisième étape, c’est de continuer à avancer.
– Et ça prend combien de temps? demanda Rosie de mauvaise grâce.
– Ça prend toute la vie, répondit M. Tongo, de son air jovial habituel. C’est une bonne chose qu’elle s’y mette tôt.”

Les presque 600 pages du roman défilent vite, et je n’avais aucune envie de le terminer. Ce fut mon premier coup de coeur de l’année, et j’ai hâte de commencer l’autre roman de Laurie Frankel, “Adieu ! ou presque”, que je me suis offert dans la foulée !

 

Un régal

“Poppy et les métamorphoses”, Laurie Frankel, Fleuves éditions, 569 p., 2017

Sauver sa peau, Lisa Gardner

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu (et adoré !) un polar.
Et donc, au lieu d’un bilan de mes lectures de 2017, comme j’en vois partout fleurir sur les blogs, je vous présente un très très bon thriller, comme dernière chronique de l’année.

Annabelle Granger a, depuis toute petite, l’habitude de changer de nom et de déménager avec ses parents, sans explications, environ tous les deux ans.
25 ans plus tard, la découverte des cadavres momifiés de six fillettes dans la cavité souterraine d’un ancien hôpital psychiatrique fait la une des journaux. L’une des victimes porte autour du cou un médaillon au nom … d’Annabelle Granger. Le tueur est-il celui qui épiait Annabelle petite fille, et qui a causé la fuite de sa famille ?

Deuxième roman de Lisa Gardner que je lis, après “La maison d’à côté” (que j’avais dévoré avec plaisir sans le chroniquer, oui, bon), “Sauver sa peau” est un grand suspense, complètement addictif, qui m’a tenue en haleine pendant deux jours. Le genre de bouquin qu’on ne sait plus lâcher, mais qu’on a pourtant envie de faire traîner pour le savourer … sans y arriver. J’ai vraiment été complètement prise dans l’histoire, comme rarement avec un polar : je n’en lis pas beaucoup.

Le duo d’enquêteur apporte beaucoup de charme au roman : l’enquêtrice D.D. Warren est un personnage on ne peut plus savoureux ! Je me suis laissée porter par l’intrigue, menée par le bout du nez, et l’atmosphère glauque de la cavité souterraine, les histoires fascinantes des patients de l’asile psychiatrique, la petite romance à deux sous, l’atmosphère inquiétante de mystère, de menace grandissante, j’ai TOUT adoré.

Je me suis précipitée pour aller chercher d’autres polars de la dame, c’est pour vous dire.

Un excellent suspense donc, pour finir l’année en beauté !

A l’année prochaine, avec comme première chronique, un roman bouleversant, qui me remue les tripes, “Les attachants”, de Rachel Corenblit.

“Sauver sa peau”, Lisa Gardner, Le livre de poche, 500 p.

Amy et Isabelle, Elizabeth Strout

Sur la table de la librairie, c’est d’abord la très jolie couverture qui m’a attirée. Puis le bandeau me rappelant qu’Elizabeth Strout est l’auteur d'”Olive Kitteridge”, bouquin que j’ai lu avec délectation il y a quelques années (et dont je n’ai pas beaucoup de souvenirs excepté une écriture et un humour qui m’ont ravie). Donc, boum, couverture + bandeau, le marketing a fait son job, me voilà avec le livre en main.

Et ce fut une très très bonne pioche, que dis-je, un coup de coeur !

C’est l’histoire d’un été dans la vie d’Amy, 16 ans, et d’Isabelle, sa mère. Un été d’une chaleur torride et insupportable, qui changera toute leur vie, un été où un “fil noir” sera tendu entre l’adolescente meurtrie par une première désillusion amoureuse, et la mère pétrie d’envies inassouvies, de regrets et de frustrations. Amy travaille à la fabrique d’Isabelle pour les vacances, et les voilà forcées de passer leurs journées ensemble, puis de rentrer à la maison, pleines de tension, de non-dits et de reproches. Amy a vécu une relation interdite, et Isabelle est du coup renvoyée à sa propre adolescence, et à une relation secrète qui a influencé toute sa vie.

Je suis entrée dans ce roman comme dans un bon bain chaud : les personnages d’Amy et d’Isabelle m’ont beaucoup touchée, mais également la galerie en arrière-plan, notamment les collègues d’Isabelle, la petite vie de cancans à la fabrique, et les amitiés naissantes qui peu à peu, lors de cet été étouffant, vont chasser la solitude d’Isabelle.

Le vrai point fort de ce livre, c’est son écriture. Je ne sais pas comment l’exprimer au juste, mais c’est comme une petite musique qui, dès les premières lignes, me fait sentir que je vais passer un très bon moment de lecture, m’accroche et m’emporte, au point que ce livre m’a suivie partout : de mon lit, à la salle de bains pendant que je surveillais le bain des kids, en passant par mon sac, où il a éjecté ma lecture en cours. Dès que j’avais une minute, je m’y replongeais avec hâte. Hâte de retrouver les personnages, de connaître la fin de l’histoire, mais surtout hâte de lire Elizabeth Strout, son humour, sa sensibilité, sa délicatesse. C’est un gros coup de coeur, qui me donne envie de relire “Olive Kitteridge”, avec lequel elle a reçu le prix Pulitzer en 2010.

 

“Amy et Isabelle”, Elizabeth Strout, Archi poche, 2012

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling, Lynda Rutledge

 

Le 31 décembre 1999, Dieu a parlé à Faith Bass Darling, et lui a intimé l’ordre d’organiser un vide-grenier sur sa pelouse. Et voilà la vieille dame fantasque qui étale à la vue de tous antiquités rares, meubles anciens et trésors familiaux, les vendant pour quelques pièces à ses voisins ébahis. Persuadée de sa mort prochaine (genre avant les douze coups de minuit et le nouveau millénaire), Faith se débarrasse joyeusement de tout, pour une bouchée de pain. Et tandis que ses objets du passé disparaissent, ce sont ses souvenirs qui reviennent, ainsi que sa fille Claudia, appelée en urgence pour stopper cette folie, et qui n’a plus vu sa mère depuis des années.  Les drames du passé, les rancœurs et même les crimes vont resurgir à la faveur de ce vide-grenier pour le moins particulier …

Trouvé par hasard dans un vide-grenier (si, si !), voilà un roman plein de charme, dont la lecture m’a ravie de bout en bout, principalement grâce à l’écriture vive de l’auteur, à son humour et à la personnalité de Faith, vieille dame excentrique qu’on prend tout de suite en affection.

Entre les chapitres au présent se glissent des “certificats d’origine”, présentant les objets les plus fameux du vide-grenier, leur valeur et leur histoire, ce qui donne au roman un petit plus, une mise en abîme intéressante (moi qui adore les brocantes et imaginer le passé des objets, j’ai savouré ces intermèdes !).

Un roman qui se dévore donc, une histoire de secrets de famille, de malentendus qui influencent les destins, de retrouvailles familiales, et surtout, une histoire sur notre rapport aux objets, à leur passé et leur transmission.

Une très bonne lecture.

“Le dernier vidde-grenier de Faith Bass Darling”, Lynda Rutledge, Babel, 350 p.

Les filles de Roanoke, Amy Engel

La quatrième :

“Tout le monde admire les filles Roanoke. Elles sont belles, jeunes, riches et vivent avec leurs grands-parents au milieu du Kansas, dans un immense domaine noyé de soleil. Leur vie semble si douce…

Pourtant Camilla, Penelope, Eleanor, toutes les filles de la lignée ont connu des fins tragiques. Il y a quelque chose de pourri au royaume des Roanoke.
Plongée étouffante au coeur des relations troubles d’une famille d’aujourd’hui, Les Filles de Roanoke est un véritable page turner atmosphérique et haletant. Amy Engel distille avec talent le poison des non-dits, dans la lignée des grands romans de Joyce Carol Oates.”

Lu en deux jours à peine, au bord de la piscine de Toscane (oui, ça fait rêver), ce roman se révèle absolument fascinant, et se lit d’une traite. Lane, l’héroïne, revient à Roanoke après le suicide de sa mère, qui ajoute sa mort à la longue liste des décès ou disparitions des filles de la maison, qui ont toutes connus des fins tragiques.

Elle y retrouve ses grands-parents, inquiets de la disparition de sa cousine Allegra. Lane entreprend alors de rechercher ce qui a bien pu lui arriver, et remonte l’histoire de la famille et des relations troubles entre ses membres.

Peu à peu, on découvre que le grand-père est un horrible manipulateur, une figure aussi séduisante que destructrice, et qu’il s’est tapé toutes les femmes de sa famille, de ses soeurs à ses filles et petites-filles, et avec leur consentement …

Amy Engel installe une atmosphère très étouffante, le climat du Kansas est moite et enferme Lane dans une torpeur qui la trouble. Le roman est extrêmement prenant, glauque mais jamais trash, et on pense effectivement beaucoup à Oates ou Laura Kasischke, pour l’ambiance “secrets de famille”, ce qui est un beau compliment.

Chose rare, mon mari me l’a piqué ensuite et l’a dévoré ET adoré !

Un très bon suspense psychologique, à découvrir cet été !

“Les filles de Roanoke”, Amy Engel, Autrement, 2017