Catégorie : Littérature anglaise

Te laisser partir, Clare Mackintosh

Un soir de pluie à Bristol, un petit garçon est renversé par un chauffard qui prend la fuite. 
L’enquête démarre, mais atteint rapidement son point mort. Le capitaine Ray Stevens et son équipe n’ont aucune piste. Rien. 
Après cette nuit tragique, Jenna a tout quitté et trouvé refuge au pays de Galles, dans un cottage battu par les vents. Mais plus d’un an après les faits, Kate, une inspectrice de la criminelle, rouvre le dossier du délit de fuite. Et si l’instant qui a détruit tant de vies n’était pas le fait du hasard  ?’

Commencé avec un peu d’appréhension (moi et les histoires sordides liées aux enfants, ça le fait pas trop), puis dévoré avec enthousiasme, j’étais dans le train, à peu près à la moitié du livre, quand soudain j’ai poussé un hoquet de surprise.

Oh. 

Oh comme je me suis fait balader. Je suis revenue en arrière, j’ai relu le début, sous un autre angle, bref, un bon gros retournement de situation, qui venait à pic, quand l’histoire commençait à se faire longuette, à piétiner. A partir de là, je me suis plongée avec une double ration de bonheur dans mon petit thriller plus si banal, et extrêmement bien ficelé. Alternant les points de vue des personnages, le roman se lit avec avidité et mérite son petit succès (un million de lecteur conquis, ma bonne dame, rien que ça !).

Clare Mackintosh a officié dans la police, et ça se sent. Son intrigue est passionnante, son twist renversant, son bouquin de ceux qui vous font passer un excellent moment de lecture. Foncez !

“Te laisser partir”, Clare Mackintosh, Le livre de poche, 2017, 512 pages

Les yeux de Sophie, Jojo Moyes

Je n’avais jamais lu Jojo Moyes, malgré son succès, et pour être honnête j’avais un à priori sur ses livres, que j’avais classés dans la rubrique “sentimental/mièvre”. Jamais je n’aurais lu “Les yeux de Sophie” (déjà le titre, pfff), sans avoir lu la critique quatre étoiles du magazine Lire, que j’épluche religieusement pour le boulot. Bien que classée effectivement dans la rubrique “sentimental”, la critique faisait l’éloge du roman de façon si convaincante que, l’ayant repéré chez Pêle-Mêle, je lui ai laissé sa chance.

Bien m’en a pris ! J’ai passé un très agréable moment de lecture avec ce pavé de presque 600 pages, qui, alternant les époques de la Première guerre mondiale et d’aujourd’hui, s’est révélé passionnant.

Le pitch : 1916 en France. Sophie Lefèvre attend son mari Edouard, peintre, parti au front, et tient l’auberge familiale avec sa soeur, quand les Allemands la réquisitionnent. Le Kommandant allemand, fasciné par le portrait de Sophie peint par Edouard, “Les yeux de Sophie”, développe envers elle une certaine obsession. Sophie, prête à tout pour retrouver son mari, prendra une dangereuse décision.

Un siècle plus tard à Londres, le tableau se trouve chez Liv, qui vient de perdre son mari. Elle rencontre alors Paul, mais leur idylle est menacée par le job de Paul, à qui on a justement confié la mission de retrouver “Les yeux de Sophie”, et de le rendre à la famille Lefèvre …

La première partie du roman est écrit à la première personne, du point de vue de Sophie, en 1916, et j’ai tout de suite été prise dans son histoire, jusqu’à la décision qui fait basculer sa vie. Et nous sommes déjà à presque 200 pages … Et puis boum, nous voilà en 2006 avec Liv, et si j’avoue avoir pesté qu’on m’enlève Sophie à un moment crucial, j’ai rapidement adoré la partie de Liv, que j’ai trouvé touchante. Les deux époques s’alternent ensuite jusqu’à la fin, et mon intérêt n’a fait que s’amplifier, je me suis totalement plongée dans ce roman sentimental, oui, mais surtout extrêmement romanesque, ce qui est pour moi une grande qualité pour un roman (après tout moi ce que je veux c’est être emportée par le souffle d’une grande histoire …). Malgré quelques clichés et ficelles un peu grosses par moments, j’ai adoré ce roman, et je regrette les choix du titre et la couverture, que je trouve un peu gnan-gnan, pour un roman qui fut une jolie découverte.

Bon, je ne pense pas lire toute la biblio de Jojo Moyes pour autant (j’ai jeté un oeil aux résumés de ses autres livres : les héroïnes ont toutes perdu leur mari ou quoi ?), mais je ne regrette pas ma curiosité (merci le Lire !).

“Les yeux de Sophie”, Jojo Moyes, Milady, 2017, 563 p.

Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman

Ce roman fort réjouissant se trouvait au rayon “Chick litt” de la librairie, ce qui aurait pu me refroidir un tantinet. Je n’ai pas compris pourquoi il trônait entre Françoise Bourdin et Sophie Kinsella, mais mon instinct me disait qu’il valait mieux que cela (même si j’aime beaucoup L’accro du shopping, hein, quand j’ai besoin de me vider la tête, c’est parfait).
J’ai un truc quand j’hésite sur un bouquin : je lis les premières lignes. En général, je sais tout de suite si l’écriture me parle, ou si ça va faire flop. Si j’ai envie de tourner la première page et que j’aime “la voix” de l’auteur, c’est banco.
Ici, Eleanor Oliphant a passé le test avec brio, j’ai donc acheté le livre, et je l’ai lu avec délectation en quelques jours.

C’est donc l’histoire d’Eleanor Oliphant, jeune femme un peu spéciale, très solitaire et renfermée, qui ne sait y faire avec aucun des codes de la société. Elle dit ce qu’elle pense cash (c’est d’ailleurs très drôle !), est “auto-suffisante” (comprenez qu’elle n’a pas d’amis mais qu’elle s’en fout), et passe sa vie entre son boulot de comptable, les coups de fil hebdomadaires à “maman” (les guillemets sont importants, sans vouloir spoiler), et sa vodka pour faire passer les week-ends.

Mais la rencontre avec Raymond, l’informaticien de sa boîte, et un vieil homme attendrissant qui fait en malaise juste devant elle, vont bouleverser sa petite routine, l’obliger à s’ouvrir aux autres, et à affronter son sombre passé

Disons-le tout net, c’est un coup de coeur ! J’ai vraiment adoré le personnage d’Eleanor, que j’ai trouvé très drôle et attendrissant. Sa solitude, sa misanthropie, son amour du Tesco et de son énorme cabas, ses réparties cinglantes, tout m’a plu. On la découvre petit à petit, et le voile sur son passé se lève lentement … on comprend qu’elle a vécu un horrible drame qui explique en partie le personnage, et je me suis laissée complètement embarquer. Les personnages secondaires comme Raymond, Sammy ou même “maman” sont savoureux, et l’écriture pleine d’humour et d’ironie. Voir évoluer Eleanor, de sa séance catastrophique chez l’esthéticienne, à son shopping relookage, en passant par les soirées en société où elle doit faire l’effort de se sociabiliser un minimum, est un grand bonheur de lecture.

Qui plus est, le roman est bien écrit, que demander de plus ?

J’ai juste trouvé l’histoire avec le chanteur un peu longuette … en effet, Eleanor s’amourache d’un pur fantasme, et passe un temps fou à essayer de s’approcher du chanteur qui, clairement, est un gros nase. Mais ça n’enlève rien au rythme du roman, qui est pétillant, drôle et se savoure comme un bonbon légèrement acidulé.

A découvrir donc !

 

“Eleanor Oliphant va très bien”,  (Eleanor Oliphant is completly fine), Gail Honeyman, Fleuve éditions, 2017, 430 pages

“L’improbabilité de l’amour”, une enquête historique autour d’un chef-d’oeuvre perdu

Jamais je n’aurais jeté ne serait-ce qu’un coup d’oeil à ce livre s’il n’y avait pas eu ce billet d’Abracadabooks, merci à elle !
Comme elle le dit bien, le titre, le nom prout-prout de l’auteur et surtout le rose et le kitsch de la couverture auraient suffi à me faire passer mon chemin. Comme quoi, les apparences importent, finalement …
Et pourtant, j’aurais manqué un bon gros pavé (700 pages, ma bonne dame), mi enquête historique, mi satire du monde de l’art, qu’on déguste avec plaisir !
La quatrième : 


Ce jour-là à Londres, les flashs crépitent devant la maison de vente aux enchères Monachorum & Sons. Des collectionneurs de tous bords aux puissants marchands d’art, des oligarques russes aux magnats du pétrole, du rappeur esthète à la star du sport, tous défilent pour une des plus grosses ventes de l’histoire : celle de L’Improbabilité de l’amour, un tableau d’Antoine Watteau, disparu au milieu du XXe siècle et miraculeusement retrouvé. 


Celle qui, par un incroyable hasard, a remis la main sur le trésor dans une petite brocante poussiéreuse se nomme Annie McDee. Fascinée par la poésie et le raffinement du tableau, cette jeune chef cuisinière au coeur tendre va entreprendre d’en percer les secrets. Un périple à travers l’Histoire qui verra l’inestimable toile voyager de l’atelier parisien d’un peintre du XVIIIeà cette petite échoppe londonienne d’aujourd’hui, en passant par les salons cossus de la grande aristocratie européenne…
 
 
Gros gros pavé donc, qui met un peu de temps à démarrer, et qui donne la parole à tous les protagonistes de l’histoire, même au tableau. J’ai eu un petit coup de coeur pour le personnage d’Annie, un peu naïve, même si l’envie de la secouer m’est venue plusieurs fois tout au long du récit (mais qu’est-ce qu’elle attend pour aller faire authentifier le tableau, au lieu de le trimbaler au milieu de ses légumes comme un sac à patates ?!).
Une fois installée dans l’intrigue, j’ai retrouvé ce roman avec plaisir plusieurs soirées d’affilées (vous savez, c’est le genre de bouquin tellement gros et mou qu’il tient ouvert tout seul, et auquel vous pensez dans la journée “ah, vivement ce soir, mon canapé et mon pavé” – en mode cocooning).
L’intrigue tient bien le lecteur en haleine, et j’ai regretté que ce fameux tableau n’existe pas, car je mourrais d’envie de le voir. Le procédé narratif qu’utilise l’auteur, en donnant la parole au tableau lui-même, permet de faire une pause dans l’intrigue au présent, et de faire un bond dans l’Histoire, à travers le périple de cette oeuvre vieille de 300 ans, et qui a connu rois, reines, empereurs et nazis …
La Seconde guerre mondiale et les oeuvres d’art volées aux juifs par les nazis sont également en toile de fond du roman.
Mêlant le suspense, une histoire d’amour et une critique du monde de l’art (ça ne parle que d’argent !), l’auteur réussit à nous passionner tout le long de ce périple. J’ai juste regretté quelques longueurs en rapports avec des personnages secondaires (Barty, Vlad, …) et que j’ai lues parfois à la va-vite, pressée de retrouver Annie, Rebecca ou le tableau. Le roman aurait été plus condensé et peut-être encore plus passionnant s’il était restreint à ces trois protagonistes …
J’ai passé un très bon moment de lecture avec gros roman, paru en poche assez récemment (je vous met la couverture ci-dessous). Passez outre vos à priori sur le titre et foncez si vous aimez les intrigues historiques !
 
“L’improbabilité de l’amour”, Hannah Rothschild, Belfond, 2016 (ou 10/18 en poche !)

La salle de bal, Anna Hope

Voilà un roman de la rentrée littéraire qui m’attirait depuis sa sortie (que dis-je ! depuis l’été), pour son titre et sa sublime couverture (oui, je suis un peu superficielle parfois).

J’ai dans ma PAL le premier livre d’Anna Hope, “Le chagrin des vivants”, toujours pas commencé, car ma PAL n’obéit à rien du tout si ce n’est mon humeur du moment et l’épaisseur du livre qui n’alourdira pas trop mon sac à main (en voilà des critères !).

Bref, c’est pour l’instant le seul roman de la rentée que j’ai acheté, quasi à l’aveugle.

Ce que la quatrième nous en dit : 

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution.

Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un «mélancolique irlandais». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.

À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

J’ai lu ce roman il y a déjà quelques semaines, et je ne sais pas pourquoi j’ai tant traîné à vous en parler (la faute à la rentrée – scolaire cette fois ?). Lu en quelques jours, avec plaisir, je n’ai pas pu m’empêcher d’être un chouia déçue. Peut-être que j’attendais trop de romanesque, peut-être que j’espérais être un peu plus prise dans l’histoire. Le personnage de Fuller est ambigu et intéressant : un coup je le traitais de sale type, un coup il me faisait pitié. Ella et Jonh mettent du temps à débuter une quelconque relation, et celle-ci m’a laissé un goût d’inachevé, de trop peu.

Anna Hope nous explique à la fin du livre qu’elle s’est inspirée d’un véritable asile pour aliénés, et elle parvient à nous en faire une reconstitution glaçante. Le thème de l’eugénisme abordé est également intéressant, même si les textes y faisant référence m’ont paru plus lourds à lire.

Au final, un bon roman historique, mais sans plus, une petite déception que je n’arrive pas bien à exprimer … J’espérais vraiment être emportée dans une grande histoire romanesque (le bal, tou ça tou ça), mais les personnages m’ont paru un peu fades et l’histoire d’amour un peu courte. Peut-être vais-je préférer “Le chagrin des vivants”, le jour où il sortira enfin de ma pal ?

Malgré la rentrée littéraire et ses nombreux titres, je ne me sus pas enthousiasmée pour grand-chose jusqu’à présent, j’ai même une mini panne de lecture, faite de commencements et d’abandons, un peu tristounets …

Mais j’ai presque fini le troisième tome de “La Passe Miroir”, de Christelle Dabos, que j’adore (mais bien trop gros pour mon sac, donc ça prend du temps). Je vous en parlerai tout bientôt, avec une grande nouvelle concernant Christelle Dabos …. (suspense insoutenable !)

“La salle de bal”, Anna Hope, Gallimard, 2017

Les Reflets d’Argent, Susan Fletcher

 

Découverte par hasard, en farfouillant dans ma chère librairie d’occasion, Susan Fletcher est un de ces auteurs dont j’ai envie, une fois lu, de courir m’acheter tous les titres.
J’ai lu celui-ci, son quatrième roman, sous le soleil d’Italie, et je l’ai adoré, savouré, bref ce fut un joli coup de coeur !
La quatrième :

“Les caprices de la mer ont toujours rythmé la vie des habitants de l’île de Parla. C’est ainsi depuis la nuit des temps et cela ne changera pas.

Pour les familles Bundy et Lovegrove qui résident sur cette île depuis des générations, il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter la routine et la perte des êtres chers qui s’en vont un à un.
Un jour pourtant, un homme mystérieux s’échoue sur la plage de Sye, un homme qui ressemble étrangement à l’homme-poisson porteur d’espoir dont parle le livre qui rassemble les mythes de l’île. Cette découverte, que tous voient comme un signe de renouveau, va réveiller l’âme de cette communauté pour mieux la faire renaître.”

Ce roman est enchanteur à plus d’un titre : l’onirisme et la poésie de l’écriture, d’une part, le côté “légendes et mythes”, de l’autre, mais c’est tout simplement une très bonne histoire. Un bon gros pavé de plus de 500 pages qui vous emporte loin, sur l’île de Parla, avec ses marées, ses criques et ses grottes, et les reflet d’argents mystérieux des vagues …
Les personnages sont tous touchants, surtout Maggie, dont on entend la voix, qui nous parle de Tom, son mari disparu en mer, de son deuil difficile, de sa culpabilité face aux sentiments troubles qu’elle ressent, peu à peu, pour cet homme, ce mystérieux “homme-poisson”. Et les insulaires qui les observent, qui cancanent …
Le roman parle de la magie des histoires qu’on se raconte au coin du feu, de l’envie qu’on a d’y croire juste un peu, mais aussi de la perte d’un être aimé, de la reconstruction de soi, en tant qu’épouse, mère, frère ou ami … de la culpabilité du survivant, qui refait sa vie, peu à peu, dans la douleur.
Finalement, qui est l’homme-poisson ? une créature de légende ? Un amnésique ? un fou ? un menteur ? La légende nous dit que l’homme-poisson débarque sur l’île pour redonner “espoir et enchantement” aux habitants, et s’en ira, à la prochaine grande marée … Malgré les doutes sur son identité, nul ne peut nier que tout a changé depuis qu’il est là : Maggie sourit à nouveau, le soleil brille sur l’île, les gens se parlent plus. Alors ?
C’est un livre qui nous transporte, très cinématographique, qui prend son temps, qui nous distille en plein dans le coeur des petites phrases poétiques, et que j’ai refermé à regret …
Susan Fletcher décrit à  merveille les sentiments humains et les paysages tourmentés. Ses “Reflets d’argent” sont pour moi un joli coup de coeur, que j’ai déjà offert à une amie (coucou Mélanie !) et que je brûle de conseiller aux lecteurs de la bibliothèque …. En attendant, je me suis procurée “Avis de tempête” et “Un bûcher sous la neige”, parce que quand on aime, on ne compte pas …

Qu’est-ce qui fait une bonne histoire…il faut qu’il y ait du bonheur- des gens qui le trouvent. Il faut un paysage qui nourrisse l’esprit, et soit si parlant qu’on ait l’impression d’y être. Il faut de l’amour. Peut-être un peu de tristesse.

Et il faut voyage, d’une façon ou d’une autre.


“Les reflets d’argent”, Susan Fletcher, Plon (ou J’ai lu, en poche), 2012

Le gardien des choses perdues, Ruth Hogan

La quatrième :

Londres, mai 1974. Anthony Peardew attend sa fiancée, Thérèse. Celle-ci est étonnamment en retard. Il est loin de se douter qu’elle n’arrivera jamais, gisant au centre de l’attroupement qui s’est formé quelques centaines de mètres plus bas sur la chaussée.

De retour chez lui ce même jour, Anthony réalise qu’il a égaré le médaillon que Thérèse lui avait confié, rompant ainsi la seule promesse qu’elle lui ait jamais demandé de tenir. Le coeur brisé, il passera le restant de son existence à collecter des objets trouvés au hasard de ses promenades, dans l’espoir de pouvoir un jour les restituer à leurs propriétaires.
Désormais âgé de soixante-dix-neuf ans, le vieil homme décide de léguer sa demeure victorienne et les “trésors” qu’elle recèle à sa fidèle assistante Laura, qu’il pense être la seule à même d’accomplir la mission qu’il s’est donnée. En exprimant ses dernières volontés, il est loin de se douter de leurs répercussions et de l’heureuse suite de rencontres qu’elles vont provoquer…

Recommandé très chaudement par mon amie Ana (vous pouvez lire son avis sur son joli blog ici), j’ai dévoré ce roman en deux jours !

L’histoire est originale et prenante, on ne s’ennuie pas une minute, et le roman est très bien écrit, avec ce petit quelque chose qui me fait me dire “j’entends la petite voix de l’auteur, sa petite musique qui coule toute seule”, mais, par-dessus tout (et comme Ana), j’ai eu un coup de foudre pour les personnages.

Anthony, vieil homme blessé par son amour perdu, plein à craquer de regrets et de souvenirs tristes, Laura, son amie dévouée, qui trouve chez lui une nouvelle raison de vivre, mais surtout Sunshine et son irrésistible obsession à “faire la bonne petite tasse de thé”, sans oublier Eunice et Bomber, et cette peste de Portia.

Le roman se découpe en plusieurs époques et voix, que les chapitres alternent, jusqu’au dénouement où le lecteur découvre le lien entre toutes ces histoires …

Le livre dégage dans son ensemble un charme fou, de poésie, d’inventivité et de ce petit quelque chose de purement british, dont je raffole .

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est les histoires dans l’histoire : les petites nouvelles écrites par Anthony sur base des choses perdues qu’il récolte et à partir desquelles il invente tout de son propriétaire, petites merveilles poétiques et toujours passionnantes, qui donne véritablement un petit plus au roman.

Une très belle découverte, que je conseille à mon tour vivement !

“Le gardien des choses perdues”, Ruth Hogan, Actes Sud, 2017

 

Les filles au lion, Jessie Burton

 

La quatrième :

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie.

Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire. Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.

La jeune femme décide de déchiffrer l’énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au coeur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage.

Après avoir littéralement dévoré “Miniaturiste“, son premier roman, j’ai sans hésiter acheté ce nouvel opus, sans même regarder quoi il parlait. Et, à nouveau, j’ai été emportée par ma lecture, même si le coup de coeur ressenti pour “Miniaturiste” ne s’est pas reproduit.

Plusieurs thèmes importants sont abordés dans ce roman :  l’ambition, le féminisme, la condition de l’artiste, la guerre d’Espagne, mais aussi l’amour, l’amitié, la famille et, bien sûr, l’Art.

Mais au-delà de ces thématiques, j’ai été tout simplement emballée par une bonne histoire bien contée. Les personnages d’Olive et de Teresa sont fascinants, de même que la figure mystérieuse de Marjorie Quick, et le lien trouble entre tous les protagonistes de l’histoire est un de ses grands attraits.

Comme la maison de poupées dans “Miniaturiste”, la figure centrale du roman est toutefois un objet du passé, et ici il s’agit du tableau, inventé par l’auteur, mais si bien décrit, avec minutie et passion, qu’il a littéralement enflammé mon imaginaire et que j’aurais aimé qu’il existe vraiment, pour pouvoir l’admirer.

Jessie Burton fait monter la tension dramatique dans la deuxième partie du roman, nous enchaînant à sa lecture, sans pouvoir le lâcher. Fresque familiale, roman historique, réflexion sur la place de l’art ou la peinture au féminin, c’est tout cela à la fois, c’est foisonnant, passionnant, troublant, mystérieux et addictif.

Le mot qui me vient pour parler de ce livre est “romanesque”, il est de ceux qui nous emporte loin, ailleurs, qui mélangent mystère, aventure, art, amour, tous les thèmes qui, mélangés à une belle écriture, donnent un excellent moment de lecture.

A recommander !

 

On ne connaît pas forcément le sort qu’on mérite. Les moments qui changent une vie -une conversation avec un inconnu à bord d’un bateau, par exemple- doivent tout au hasard.

Et pourtant, personne ne vous écrit une lettre, ou ne vous choisit comme ami, sans une bonne raison. C’est ça qu’elle m’a appris : vous devez être prêt à avoir de la chance. Vous devez avancer vos pions.

“Les filles au lion”, Jessie Burton, Gallimard, 2017

Pour info, le merveilleux “Miniaturiste” est disponible en poche :

 

L’homme est un dieu en ruine, Kate Atkinson


La quatrième :

“Teddy a vingt ans lorsqu’il s’enrôle en 1940 comme pilote de bombardier. Vite promu commandant d’Halifax, lui et son équipage vont connaître quatre années d’horreur et d’héroïsme où chaque mission risque d’être la dernière.

Il va pourtant vivre jusqu’à plus de quatre-vingt-dix ans sans jamais complètement accepter l’idée d’avoir survécu et avec une obsession : ne plus faire de mal à personne. Le formidable pilote va donc épouser celle qui l’attendait, devenir père puis grand-père tout en se frayant un chemin au milieu des périls et des progrès du xxe siècle. “

Deuxième volet de son diptyque sur la seconde guerre mondiale, (le premier, “Une vie après l’autre”, explorait les 1001 vies d’Ursula, la soeur de Teddy), ce roman mélange habilement les genres entre roman de guerre et chronique familiale. Kate Atkinson nous balade entre plusieurs époques, on passe de 1925 à 2012 puis retour en 1947, sans jamais nous perdre.
C’était pour moi un plaisir de retrouver les personnages de “Une vie après l’autre”, hauts en couleurs, et  j’ai adoré Viola, la fille de Teddy, qui est pour moi “le ” personnage type des romans de Kate Atkinson, un peu paumé, un peu aigri, plein d’humour sarcastique. Par ce personnage, l’auteur nous conte les relations familiales difficiles, les liens parents-enfants, ce qui est un aspect qui m’a bien plus intéressée que celui de la guerre. J’ai lu tous ses romans, et à chaque nouveauté, j’ai envie de me replonger dans les précédents, on peut les relire à l’infini sans se lasser …
Je me suis donc plongée dans “L’homme est un dieu en ruines” comme dans un cocon, retrouvant des personnages aimés, riant de l’humour “so british” d’Atkinson, et m’émerveillant de sa capacité à me tenir émerveillée, plongée dans son intrigue. Par contre, j’avoue avoir sauté plusieurs pages des chapitres sur les missions de Teddy, la partie “roman de guerre”, qui n’e m’a guère passionnée.
Difficile d’écrire une chronique claire et concise sur ce livre, qui peut paraître un peu confus, mélangeant les genres, les époques, et si foisonnant. Cest juste un régal de lecture, et il faut lire Kate Atkinson, c’est décidément l’un des plus grands auteurs de notre époque …
 
“L’homme est un dieu en ruine”, Kate Atkinson, JC Lattès, 2017

“Ne pars pas sans moi”, Gilly Macmillan

Bon, chers lecteurs, je vous présente aujourd’hui un bouquin dangereux pour votre sommeil, un roman qui va vous rendre complètement asocial, bref, une excellente lecture !
 
La quatrième :

 

Par un joyeux dimanche, Rachel et son petit garçon de 8 ans se promènent en forêt. Désirant plus que tout être une bonne mère, et soucieuse de l’indépendance et de l’autonomie de son enfant, Rachel l’autorise à partir quelques mètres devant elle pour aller jouer. Arrivée au bout du chemin, l’angoisse la saisit : Ben a disparu.

Après une conférence de presse catastrophique, médias et réseaux sociaux se déchaînent. Pour eux, Rachel est responsable de la disparition de son enfant. Pourquoi n’a-t-elle pas veillé sur lui ? Comment se fait-il qu’elle ait du sang sur les mains ? Pendant que la police se lance dans une véritable course contre la montre pour retrouver Ben, Rachel se débat entre la culpabilité, le désespoir et la peur.

Rongée par le doute, assaillie par la violence de ceux qui la croient coupable et tandis que la moindre de ses certitudes s’écroule, elle ne sait plus quoi faire. Attendre patiemment que les forces de l’ordre lui ramènent son fils ou suivre son instinct et partir elle-même à sa recherche ?

Voilà, le décor est planté. En général, je recule devant les histoires concernant les enfants (oui, je suis trop sensible), mais là, une force m’a poussée à commencer ce livre, et je ne l’ai lâché que deux jours plus tard. J’ai lu sur le quai de la gare, dans le train, à ma pause déjeuner, assise à côté de la baignoire de mes minis lecteurs, en cuisinant, bref, quasi en marchant.

Je l’ai terminé tard dans la nuit, et je n’ai pas été déçue …;Sans rien spoiler, le suspense est incroyable, c’est bien écrit (souvent, les polars sont moins littéraires), le personnage de Rachel est très fort, et on se met à suspecter tout et tout le monde avec elle.

Comme de plus en plus souvent dans ce genre de romans, on trouve aussi de faux articles de journaux, fausses pages de blog, faux commentaires Facebook, l’occasion de s’interroger sur les réseaux sociaux, leur pouvoir et surtout l’horreur de tous ces commentaires assassins, traitant Rachel de mauvaise mère, l’accusant de tous les maux, sans aucune pitié ni retenue, sans rien connaître de l’affaire, un torrent de haine qui se déverse sur Internet, et qu’une mère dévastée par la perte de son enfant doit se prendre en pleine figure …

Malgré cela, mon hypersensibilité n’a pas trop souffert, car pour un polar, il n’est pas trop trash (“Chanson douce” de Leila Slimani, l’est beaucoup plus).

Je n’ai plus été happée comme cela par une histoire depuis très longtemps….

Bref, lisez-le !

 

“Ne pars pas sans moi”, Gilly Macmillan, Les Escales, 2016