Catégorie : Littérature belge

Feel good, Thomas Gunzig

Autant le dire d’emblée, ça fait un petit moment (trop long) que j’ai plus ressenti un tel plaisir de lecture !

Thomas Gunzig, figure emblématique des lettres belges (et de l’humour noir, et de la chronique radio), m’a complètement emportée dans son histoire à tiroirs.

“Feel good” raconte l’histoire de deux personnages que la vie n’a pas épargnés . D’un côté, Alice, la cinquantaine, mère célibataire, qui du jour au lendemain perd son job, et s’enfonce dans la pauvreté, vertigineusement vite. Sa descente aux enfers la conduit à commettre un acte dont elle ne se serait jamais crue capable : kidnapper un bébé “de riches”, pour demander une rançon. Mais rien ne va se passer comme prévu … Alice est incroyablement touchante, et proche de toutes les femmes.

Elle se disait : “Qu’ils aillent se faire foutre avec leurs articles”.

Elle se demandait parfois s’il n’y avait pas une sorte de complot pour empêcher les gens de faire des choses simples sans se sentir immédiatement coupable : prendre un bébé dans son lit, donner un troisième biscuit au chocolat à son fils, laisser son enfant regarder les écrans pendant que sa maman, épuisée par ses quarante heures passées à vendre des chaussures fermait les yeux, juste un petit moment.

De l’autre côté, Tom (Thomas ?), un écrivain moyen, à moyen succès, à moyenne notoriété, obligé de courir les salons littéraires et d’écrire n’importe quoi à la commande pour survivre. A bientôt 50 ans, il rêve de gloire, de Goncourt, de reconnaissance. Et il est prêt à tout pour cela. Même à écrire un roman “feel good”, ce genre qui se vend par millions, calibré pour le succès, avec l’aide d’Alice.

-Aaaaah, il faut parler de résilience, et de conneries comme ça ?

-Oui, par exemple, il y a pas mal de psychologie. Mais de la psychologie à trois sous, des notions pas du tout approfondies, des choses très basiques que le lecteur doit saisir en un instant, il y a souvent un petit côté “développement personnel”, et puis faut pas hésiter à avoir la main lourde sur la spiritualité.

Quel roman réjouissant ! D’abord, une bonne histoire. ça devient rare …. Personnellement, je n’en peux plus de l’autofiction, des déballages sur la famille de l’auteur, ses petites névroses vaguement romancées.

Qu’on nous donne une bonne histoire ! Je suis comme une gamine, je veux être emportée par un récit, ne plus pouvoir poser mon livre, et vivre avec les personnages.

Ici, bingo. j’ai adoré Alice et Tom, l’écriture acerbe, la satire sociale, les thèmes de l’argent dans la société, la vitesse à laquelle on peut tomber dans la vraie misère (effarant !), et surtout les réflexions sur le monde du livre, les galères des auteurs “moyens”, le monde (impitoyable) de l’édition, ….

Thomas Gunzig m’a beaucoup fait sourire en croquant Bookstagram, ses travers et ses codes, avec une justesse irrésistible.

Un roman intelligent et bien mené, avec une intrigue qui se dévore, des personnages attachants, et une vraie réflexion.

Vive Thomas Gunzig, un auteur belge à faire connaître, en cette rentrée littéraire !

“Feel good”, Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 2019, 398 p.

La vraie vie, Adeline Dieudonné

dav

Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça, on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie.

Pour faire original, j’ai lu LE bouquin dont tout le monde parle. D’habitude, je fais un rejet des livres vus et revus sur Instagram, mais là, j’étais intriguée par la couverture, le sujet, les éloges, et la Belgitude de l’auteur. Et comme j’ai bien fait ! Car ce livre est une grosse claque, de celles qui marquent l’arrivée d’un écrivain, un vrai. Pour comparer avec un autre premier roman, j’ai pensé à “Hygiène de l’assassin”, de notre Amélie nationale, qui reste son chef-d’œuvre. Même violence, même urgence dans l’écriture.

La narratrice est une petite fille de 10 ans, jamais nommée. Elle vit avec ses parents (bien glauques : père violent, collectionneur de trophées de chasse, mère éteinte, une “amibe”) et son petit frère Gilles, son seul rayon de soleil. Une maison triste et grise, une pièce entière remplie d’animaux empaillées, chassés par le père. Un endroit de terreur pour les enfants.

La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l ‘odeur sucrée de mon petit frère.

(suite…)

La vie sauvage, Thomas Gunzig

Un crash d’avion au-dessus de l’Afrique ne fait – à priori – aucun survivant. Mais grâce à (ou plutôt à cause de) Google Earth, 16 ans plus tard, une photo satellite capte la présence d’un enfant blanc, au milieu du peuple africain, bébé lors du crash, et qui a été recueilli et élevé dans la jungle. Ramené à ce qui lui reste de famille sans qu’on lui demande son avis, Charles va découvrir la vie en Europe, avant de tout faire pour rentrer chez lui retrouver la fille qu’il aime.

Premier livre de Thomas Gunzig que je lis, j’ai commencé par aimer l’écriture et le point de départ du roman. Charles qui débarque de la jungle, trouve finalement la vie en Europe aussi sauvage que chez lui. Nous voyons tout avec son regard, et ce n’est pas follement réjouissant : ados désœuvrés voûtés sur leurs Smartphone ou jouant aux jeux vidéos. Adultes au bord du burn out ou pétris d’ennui (la psy et la tante) …

J’ai d’abord compatis avec Charles, puis je l’ai progressivement pris en grippe. Extrêmement manipulateur, il brûle de rentrer en Afrique rejoindre Septembre, son amour laissé là-bas, et n’y va pas par quatre chemins pour y arriver. Il n’hésitera pas à chambouler les vies de ceux qui seront sur son chemin (chambouler est un bien gentil mot, il va plutôt complètement les anéantir, pour certains), avec une froideur et un calcul qui glace le sang.

Le roman passe donc d’une critique de la société européenne d’aujourd’hui et de ses travers (les réseaux sociaux, l’école, les psys, l’argent, les ados) à une histoire machiavélique qui part complètement en cacahuètes.

Un élément m’a dérangée : le fait que Charles, élevé dans la jungle, soit si féru de littérature et si savant qu’il cite des passages entiers de Baudelaire ou Rimbaud, soit incollable sur la psychologie et son histoire, entre autres, ou s’y connaisse si bien sur les moeurs de l’Europe. Il est censé ne pas savoir se servir d’Internet mais reconnaît une musique de lady Gaga et connaît quantité de choses de la vie occidentale, je n’ai absolument pas compris comment. Et  même s’il est initié à la lecture par celui qui l’a recueilli bébé, son savoir littéraire paraît totalement improbable.

J’ai lu le livre avec intérêt, mais je l’ai refermé sans pouvoir dire si j’ai aimé ou pas, tellement je l’ai trouvé sombre et pessimiste.

En tout cas, il ne m’a pas laissée indifférente, ce qui est déjà pas mal …

“La vie sauvage”, Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 2017

“Le bonheur est une valise légère”, de Frank Andriat : chronique et interview ;-)

La quatrième :

Souvent, il suffirait d’un signe pour que nous trouvions notre chemin : un regard, une main tendue, un sourire. Selma a réussi dans la vie mais elle n’est pas heureuse. Placer le faire avant l’être l’a perdue.

Un jour, elle rencontre un homme paisible dans un train, quelqu’un qui lit Christian Bobin et qui, comme elle, adore Jean-Jacques Goldman. Au fil du temps, il lui apprend que le bonheur est une valise légère et que la vie qu’on accueille apporte plus de joie que celle qu’on maîtrise.

Après avoir eu un énorme coup de cœur, il y a quelques mois, pour “Jolie libraire dans la lumière”, je suis tombée, le jour de sa sortie, sur le nouveau roman de Frank Andriat. Curieuse, j’ai lu la quatrième de couverture et j’ai été charmée, même si je dois avouer pour être honnête que la mention de Jean-Jacques Goldman a eu son importance dans mon achat (je l’aime depuis que j’ai … 8 ans ?).

Rentrée chez moi, j’ai entamé ma lecture … et je l’ai lu d’une traite (ou quasi. En vrai, il y a eu une interruption obligée de gestion d’enfants). Au départ, j’ai eu un peu peur d’être tombée sur un énième roman de développement personnel (le livre est édité chez Marabout, mais se trouve bien dans la rentrée littéraire en librairie !), et je n’avais pas du tout accroché avec “Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une”, le best-seller du genre.

A la deuxième partie du livre (après Pression vient Dépression – mais ne fuyez pas !), j’étais ferrée.
J’ai suivi Selma dans sa chute, bougonné contre son imbécile de patron, eu envie d’avoir Lauranne comme copine, et craqué sur le documentaliste aux boucles folles (ben oui).

Grégoire, l’homme paisible qui aidera Selma à sortir la tête de l’eau m’a troublée. J’étais partagé entre la sympathie et le réconfort que dégageait le personnage, et l’idée qu’il était trop sage pour être vrai (oui, je me suis même posé des questions sur sa réalité). Appréciant les conseils justes et doux qu’il prodigue à Selma, je l’ai trouvé tout de même un poil trop lisse …

Si j’ai tant apprécié ce roman, c’est que je m’y suis un peu retrouvée. J’ai été entourée de quelques personnes qui ont su m’écouter réellement quand j’en ai eu besoin, et me donner une foule de conseils qui m’ont beaucoup aidé, qui, à la manière de Grégoire m’ont “montré le chemin, et donné un bâton de marche”.

Selma s’aide des chansons de Jean-Jacques Goldman et Frank Andriat parsème son roman de quelques paroles de chansons, qui ont plus été pour moi un joli clin d’oeil qu’un réel apport à l’histoire. Mais, qui n’a pas déjà pleuré sur “Puisque tu pars” ? … J’étais forcément touchée.

Ce roman se lit vite, se dévore, que dis-je, et la plume de Frank Andriat nous amène tout en douceur à réfléchir à la vie de fous que l’on mène, au boulot qui nous presse comme des citrons, au peu de temps que nous consacrons à juste rêver, regarder en l’air et apprécier la beauté du monde. Combien de personnes, la nuque baissée sur leur smartphone, loupent un vol d’oiseaux ou un coucher de soleil par la vitre du train ? A traiter leurs mails jusque 22 H au lieu de déconnecter, et de savourer l’instant présent ? C’est de cela dont il est question dans ce roman : du burn out qui nous guette, à vouloir en faire plus, toujours plus, et même trop … De la beauté de la vie, des plaisirs simples et de l’importance d’être en accord avec soi-même, de se respecter, pour vivre heureux et apaisé …

Une très très jolie lecture, merveilleusement écrite, que je vous recommande chaleureusement !

 

 

En bonus, Frank Andriat m’a fait l’honneur de bien vouloir répondre 
à une mini interview, à lire ci-dessous ! 



* Quel a été le point de départ pour l’écriture de ce roman ?

C’est une belle histoire de collaboration et de confiance entre auteur et éditeur. Agnès,
l’éditrice de “Jolie libraire dans la lumière” en 2012, a continué de suivre mon travail quand elle est passée chez Marabout. Cela a donné naissance à “Clés pour la paix intérieure” en 2014 et à ce nouveau roman, réalisé cette fois avec une de ses collègues, Aline, qui désirait que j’écrive un texte psychologique.

* Il paraît chez Marabout, en collection “Essai psychologie”… Était-ce une volonté d’écrire un
roman à tendance “développement personnel”, un genre qui se répand aujourd’hui ?

— Oui, c’était le projet de mon éditrice, Aline. Et j’ai trouvé beaucoup de plaisir à écrire un roman centré sur le développement intérieur de mon héroïne. Ceci dit, si Marabout s’est adressé à moi pour écrire ce livre, c’est parce qu’il n’est en rien éloigné de mes autres textes : “La forêt plénitude” raconte l’histoire d’une ado qui s’ouvre à sa vie intérieure, “Pont désert”, celle d’un homme qui dresse le bilan d’une existence perdue à chercher à l’extérieur le bonheur qu’il a au fond de lui, “Jolie libraire dans la lumière”, celle d’une jeune femme qui se reconstruit grâce à son amour pour les livres. J’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à inventer le parcours de Selma et sa
rencontre avec Grégoire.


* Ne trouvez-vous pas Grégoire TROP sage pour être crédible ? 😉 

— Grégoire est devenu sage. Il le dit dans le livre, il a connu des difficultés dont, effectivement, je ne parle pas. C’est l’histoire de Selma, pas la sienne. Alors, promis, pour qu’il devienne réellement crédible, pas trop parfait, j’écrirai un roman où je décris son parcours, sa galère. J’aime bien ce personnage qui donne de l’espoir et qui apporte de l’apaisement à Selma complètement déboussolée.


* Pourquoi Jean-Jacques Goldman ? Lui avez-vous envoyé votre livre ?

— Jean-Jacques Goldman est un chanteur que j’apprécie énormément. Son ouverture à l’autre, à la différence et son sens du partage me touchent beaucoup. Mes élèves de l’athénée Fernand Blum de Schaerbeek et moi avons écrit un livre à son propos en 1992. J’ai eu quelques échanges épistolaires avec lui. Je ne possède pas sa nouvelle adresse, il vit à Londres désormais, mais si je trouve un moyen de lui faire parvenir le roman, je le ferai.

* Quel est votre secret personnel pour rendre votre valise plus légère, au quotidien ?

— Les clés de Grégoire pour ouvrir la porte du bonheur sont un peu les miennes, mais je vous avoue que, parfois, la porte reste coincée. Vivre dans la pleine conscience du moment présent, être ici et maintenant, donner plutôt que de vouloir prendre, accueillir la vie comme elle vient et rendre grâce pour toutes les petites joies. Comme votre intérêt pour mon livre, par exemple.

Retrouvez Frank Andriat sur son site !

– “Le bonheur est une valise légère”, Frank Andriat, Marabout, 2017

“Jolie libraire dans la lumière” : l’amour, les livres, et un énorme coup de coeur !

Le roman de ce lundi est un petit bijou, découvert complètement par hasard, et que j’ai savouré de la première à la dernière page !

Attirée par le titre, je l’ai emporté avec un coup d’oeil au résumé, certaine que ce petit roman était pour moi …. et je ne me suis pas trompée !

La quatrième :

« Elle a lu la quatrième de couverture, a frissonné d’étonnement. Ce récit ressemblait à s’y méprendre à un épisode de son existence. Elle a déposé l’ouvrage sur le comptoir et est allée ouvrir la porte de la librairie. À neuf heures, les clients sont encore rares et, dans la lumière du matin qui glissait sur la vitre, elle a commencé à lire ce texte inattendu. »

Les événements de notre vie, même les plus obscurs, sont posés dans la main des anges. Quand les hasards se rencontrent, c’est la lumière qui les rassemble. Une jolie libraire retrouve un fait marquant de son passé dans un livre qui la conduit à tisser des liens et à s’interroger sur son présent. Ce roman délicat, qui rend hommage aux libraires et qui chante l’univers des livres, est une ode à la lumière, à la tendresse et à l’amour.

De Frank Andriat, je ne connaissais que les titres régulièrement demandés à la bibliothèque comme lecture scolaire par les ados, sans savoir qu’il écrivait également pour les adultes.

Je me suis installée dans la lecture de ce roman comme dans une couverture douce, et je l’ai entièrement lu dans un train, détail qui a son importance au vu de l’intrigue 😉

Comment vous en parler ? Je tourne autour des mots …. C’est un roman qu’on pourrait ranger dans la catégorie fort à la mode des “feel good books”, mais surtout des livres qui parlent de libraires, de libraires, de bibliothèques, dans la veine de ces romans qu’on voit fleurir un peu partout, de “La bibliothèque des coeurs cabossés”, à “Les gens heureux lisent et boivent du café”, pour ne citer que deux exemples.

Sauf que. Sauf que nous avons ici un petit joyau de poésie, de douceur, bien mieux écrit que les best sellers cités plus haut, et qui, en quelques phrases, m’a conquise au point de placer ce petit roman parmi mes livres de chevet.

Frank Andriat nous conte une histoire à tiroirs, où les coïncidences et les liens se multiplient, pour parler d’une histoire d’amour, amour familial, amour romantique, amour des livres.

En 145 pages, que j’ai tenté de faire durer pour mieux les savourer, il nous transporte dans une petite librairie de rêve, et dans un train, aux côtés de personnages hyper attachants, le tout servi par une écriture délicate, aérienne, nimbée de tendresse, de poésie et de douceur, dont on voudrait relire les passages plusieurs fois, pour mieux les déguster.

Moi qui avais envie d’un joli roman, de bons sentiments sans être cuculs, de poésie et d’une belle histoire réconfortante, ce roman est arrivé pile au bon moment.

La lumière joue un rôle à part entière dans ce récit, ainsi que les livres, et l’on se prend à rêver de ce cocon de librairie douillette, baignée de soleil, où l’amour des livres, et l’amour tout court filent droit juqu’au coeur du lecteur, pour mieux le lui ravir, en une poignées de phrases délicates.

Vous l’aurez compris, c’est un énorme coup de coeur, que je vous conseille de lire au plus vite …



“Jolie libraire dans la lumière”, Frank Andriat, Desclée de Brouwer poche, 2015

“Le bonheur dans le crime”, Jacqueline Harpman

 

Dans le cadre du “mois belge d’Anne et Mina”, j’ai envie de vous parler d’un de mes romans préférés, un de ceux qui m’ont marquée. J’ai presque tout lu de Jacqueline Harpman, et, avec son chef d’oeuvre qu’est ‘”La plage d’Ostende”, ce roman est celui que je trouve le plus fascinant.

Un conducteur est coincé dans un embouteillage lors d’un soir de tempête à Bruxelles.
Arrêté devant une mystérieuse maison de l’avenue Franklin Roosevelt, il se met à raconter à la personne qui l’accompagne l’étrange histoire de ses occupants, depuis les années 1900.
Et quelle famille que les Dutilleul ! Il y a Emma, l’arrière grand-mère, qui n’aime rien de moins que choquer, les parents Simone et Philippe, un peu dépassés, et les enfants, Delphine, Hippolyte,mais surtout Clément et Emma. La maison recèle des passages secrets, portes cachées, pièces mystérieuses, où il se passe parfois des choses que l’on préférerait cacher.  Cette famille a des secrets … Le narrateur, prêtre et médecin, viole ses deux serments de confidentialité en racontant l’histoire de cette famille, histoire qui le fascine depuis des années, où la folie, le suicide, l’inceste côtoient le “bonheur dans le crime”.
Ce roman est exquis à plusieurs points de vues : d’abord l’histoire, qui est palpitante de bout en bout, ensuite les personnages, profonds et enlevés,  qui fascinent. La maison-mystère joue un rôle important dans le récit. Elle existe, d’ailleurs, dans cette même avenue de Bruxelles . Jacqueline Harpman s’en est inspirée pour ce roman.

La maison Delune, au 86 avenue Franklin Roosevelt, à Bruxelles

Le mystère rôde autour de cette famille, de même que la folie. Harpman est psychanalyste et ça se sent. Le style de l’écriture est à tomber à la renverse pour qui aime la langue française. On écrit plus comme ça. Les envolées, les monologues, les descriptions, les dialogues savoureux, les expressions si bien choisies, tout le roman est magistralement écrit.
Il est, en plus, impossible de s’ennuyer lors de cette lecture. Les personnages hantent le lecteur, même une fois le livre refermé.

Une lecture foisonnante donc, pour un roman riche et inoubliable, doté d’une écriture sublime, par une très grande romancière belge … Que demander de plus ?

A découvrir sans hésiter !

Le bonheur dans le crime, Jacqueline Harpman, Espace Nord, 1999


“Les disparus du Clairdelune”, second tome d’une saga à couper le souffle

Après avoir découvert le premier tome de la Passe-Miroir, “Les fiancés de l’hiver” , j’ai attendu patiemment mon anniversaire pour qu’une bonne âme m’offre la suite (coucou frérot ! et merci !).
Cette suite, en voici le pitch :
Cette chronique ne dira rien à ceux qui n’ont pas encore lu le premier tome de la saga (au fait, qu’attendez-vous ?), quant aux autres, j’imagine qu’on est tous d’accord pour dire que ce second volet des aventures d’Ophélie (et de Thorn) est juste MAGIQUE !
Le premier tome était déjà un coup de coeur, mais souffrait de quelques longueurs dans son intrigue, or ici, tout est passionnant, de la première à la dernière ligne (si je vous révèle que je l’ai terminé à minuit, je pense que ça veut tout dire).
Ophélie est donc nommée Vice-conteuse de Farouk, et est ainsi beaucoup plus exposée à la Cour et à ses intrigues qu’avant, cachée sous son déguisement. De mystérieuses disparitions inquiètent le Pôle et Ophélie se retrouve à enquêter, avec un timing très serré (notre ami Archibald – que je visualise bien sous les traits de Brad Pitt blondinet- est un des disparus).
Parallèlement aux enlèvements, le personnage de Farouk prend de l’importance (et du mystère), ainsi que celui de Thorn. Arrêtons-nous deux minutes sur Thorn, personnage donc du fiancé-froid-et-hautain, imbuvable dans le premier tome. Sans pour autant faire de la romance l’intrigue de premier plan, Christelle Dabos fait tout de même avancer doucement le bazar. Thorn nous apparaît avec des failles et des fêlures, et même des sentiments … Si je vous dis que je l’imagine sous les traits d’un genre de Darcy froid, vous comprenez que boum, ça y est, j’ai un petit faible pour lui. On est tout de même très loin de la romance bateau, et il faudra encore bien les deux tomes suivants pour que ça bouge plus, mais il y a de l’espoir…
Le rythme soutenu de l’intrigue ne faiblit jamais, on enchaîne les chapitres l’oeil rivé sur le réveil en se promettant que celui-là c’est le dernier parce que quand même il est vachement tard, puis on se laisse avoir par le suivant.
Ophélie est entraînée dans des intrigues où les ennemis sont invisibles, et reçoit de mystérieuses lettres la menaçant de mort si elle ne renonce pas à son prochain mariage avec Thorn…. La pression des ces menaces et de l’enquête pour retrouver les disparus, tout cela à quelques jours du mariage plonge Ophélie dans une tornade de péripéties.
La réapparition du grand oncle archiviste et de la maman d’Ophélie est propice à quelques nouveaux petits belgicismes qui m’ont bien fait sourire …
Le parallèle avec Harry Potter se fait à nouveau sentir ici, puissance dix, tant l’imagination de l’auteur foisonne : elle nous invente des mots, des pouvoirs, des personnages, des lieux incroyables, elle a réellement réussi à tisser tout un monde à elle, riche et passionnant. Le regret que j’évoquais dans ma chronique du premier tome (qu’Ophélie ne fasse pas plus usage de ses dons de liseuse et de passemiroir) ne vaut plus du tout dans ce second volet, où ces deux idées sont bien exploitées !
Qu’es-ce que le cinéma attend pour acheter les droits des bouquins??? première question qui me vient.
Quand sort le troisième tome ???????? deuxième question, et je soupire déjà en pensant à l’attente…
Bref, un énorme coup de coeur pour une saga qui vaut largement le détour, ado, adulte, fan du sorcier à lunettes, fan des personnages maladroits et un tantinet rétros, foncez, c’est un bonheur de lecture !
“La passe-Miroir”, tome 2, Les disparus du Clairdelune, Christelle Dabos, Gallimard jeunesse

 

On traverse les miroirs dans “Les fiancés de l’hiver” …

“Les fiancés de l’hiver”, premier tome de la série “La Passe-Miroir”, est un roman jeunesse. Comme l’était, à la base, Harry Potter … ce qui na pas empêché des millions d’adultes de dévorer les romans … Cette série fantastique est à rapprocher de cette saga, ainsi que l’impression d’entrer dans un univers tout à fait particulier, presque aussi passionnant que celui de Poudlard …

Ophélie est une jeune fille effacée, cachée derrière ses lunettes et son écharpe élimée, mal fagotée, qui ne s’intéresse qu’à son Musée, là-bas, sur Anima. Elle a un don, c’est une liseuse : elle peut lire le passé des objets qu’elle touche. Un autre de ses dons : passer à travers les miroirs (très pratique pour échapper à la séance de shopping forcé, de passer par le miroir de la cabine d’essayage ;-).

Ophélie est, du jour au lendemain, fiancée à Thorn, un énigmatique et distant membre du clan des Dragons, et contrainte de le suivre à la Citacielle, où l’hiver règne, où les illusions trompent le monde, où les clans s’affrontent, un royaume d’intrigues et de complots.

Ophélie se cache sous l’identité de Mime, le valet de Berenilde, la tante de Thorn, chez qui elle reste calfeutrée, par peur de la réaction des autres clans face à l’arrivée d’une fiancée d’Anima. Mais dans quel but est-elle fiancée à Thorn ? Pourquoi doit-elle cacher sa véritable identité ?

Énorme pavé de 500 pages, ce premier tome d’une saga qui en comportera quatre (le deuxième est déjà sorti), se déguste et se savoure, on plonge dans ce monde comme dans un rêve.

L’univers de la Citacielle, d’Anima, du Pôle, est très bien maîtrisé et plein d’inventivité : les fameux dons de chaque personnage sont originaux et je me suis évadée dans cette lecture, presqu’autant qu’avec Harry Potter, qui est la saga qui se rapproche le plus de ce genre littéraire, dans mes lectures personnelles.

L’intrigue connaît cependant quelques longueurs et j’ai regretté que les dons de liseuse et de passe-miroir d’Ophélie ne soient pas plus exploités : elle les utilise finalement très peu et ça m’a déçue, car c’était ce qui m’avait attiré dans la quatrième de couverture. De même, son écharpe, qui s’enroule autour d’elle, qui dort, qui râle parfois, aurait pu être beaucoup plus approfondie et avait l’étoffe d’un personnage à part entière.

Le premier chapitre m’a un peu induite en erreur dans ce même sens : j’adorais l’idée du bâtiment des Archives de mauvaise humeur, et l’écriture de cette partie m’a vraiment rappelé Harry Potter, mais ensuite l’auteur abandonne cela, ce que j’ai trouvé dommage.

 

Le personnage de Thorn est assez détestable et le reste dans ce premier tome. J’avais peur que l’intrigue ne fasse “Harlequin” avec un fiancé- froid -et- distant- qui -cacherait- un -homme -tendre mais- blessé- dont -l’héroïne -parvient- à- briser- la glace, enfin ce genre de grosses ficelles sentimentales.
Mais non, Thorn reste de glace. A voir ensuite comme cela va évoluer …
J’ai l’air de râler comme ça, mais j’ai tout de même dévoré les 500 pages en une grosse semaine, et j’attends avec impatience la suite … Ophélie est une héroïne extrêmement attachante et l’univers construit est truffé de trouvailles et d’inventivité. L’histoire devient réellement palpitante à la deuxième moitié du roman, et j’espère que le second tome (“Les disparus du Clairdelune”) m’enchantera tout autant …
Un mot, pour finir, sur la couverture, superbe, qui fait du livre un bel objet …
Et un petit clin d’oeil : en tant que Belge, j’ai repéré dans la bouche de l’archiviste (au premier chapitre) deux ou trois formules qui paraissent sans doute bizarre, mais qui sont … du wallon 😉
Christelle Dabos est française mais vit en Belgique … ceci explique cela 😉

“Tout ce silence”, Véronique Gallo

Depuis cet été, il y a quelqu’un qui me fait hurler de rire tous les mercredis, quelqu’un que je ne connais pas mais qui me donne l’impression d’être une bonne copine, celle avec qui on a envie de boire un verre pour se raconter mille anecdotes … Ce quelqu’un, c’est Véronique Gallo, comédienne, humoriste, auteur, belge (yessss !) qui, depuis quelques mois, propose chaque mercredi une nouvelle “capsule” comme on dit, intitulée “Vie de mère”, et c’est une bouffée de bonheur. Véronique Gallo campe une mère de famille au bord de la crise de nerfs, qui parle à sa psy online 😉

C’est drôle, c’est tendre, c’est ironique, c’est VRAI, ça parle à tout le monde, c’est juste incroyable (oui, oui, je m’emballe). Il se passe quelque chose de joli, avec ce “Vie de mère”, ça prend de l’ampleur … En tous cas, je partage, je conseille, je rigole, je regarde à nouveau, j’attends avec impatience le prochain, bref, le giga coup de coeur. A découvrir par ici sans tarder !

Mais Véronique Gallo a aussi écrit un roman, et je l’ai chipé au boulot (à la bibliothèque, oui, j’ai tous les droits, j’ai un super job), lu en une soirée, et ça vaut le détour aussi, même si on est dans un registre dramatique, cette fois …

Elle prend la plume ici pour nous conter l’histoire de sa grand-mère, Nonna, immigrée italienne, atteinte d’un cancer des os, et de l’année passée à ses côtés, jusqu’à la fin.

Ce texte court d’une centaine de pages, fait défiler la vie de Nonna  par époque : la jeunesse dans la campagne italienne, l’arrivée en Belgique et le mariage avec Mario, la naissance de ses fils, de ses petits-enfants, les morts tragiques de ses proches, la maladie.

Les chapitres sur la vie de Nonna alternent avec le présent, où la narratrice, sa petite-fille, raconte la lente descente aux enfers de Nonna, la maladie qui la ronge et la dégradation du quotidien, l’entêtement de cette grand-mère à rester et à mourir chez elle.

Les personnages masculins sont imposants, souvent rongés par l’alcoolisme “des pauvres”, et représentent finalement presque un frein à l’épanouissement de Nonna : son mari refuse qu’elle profite des nouveautés en électroménager et ne cache pas sa jalousie, la maintenant à la maison, son fils aîné est un enfant-roi, même adulte, et Nonna se plie à ses quatre volontés. La tragédie n’épargnera pas Nonna, et les morts violentes de ses proches se succéderont.

La narratrice est finalement le soleil de cette femme qui a tant désiré une fille sans jamais être exaucée et Véronique Gallo écrit de très belle pages sur leur relation, sur l’amour que lui porte Nonna, depuis son enfance. Elle raconte les soins quotidiens, les visites à l’hôpital, la progression de la maladie, qui ronge Nonna longtemps, alors même qu’elle voudrait mourir et ne plus souffrir.

Au final, Véronique Gallo, nous touche par un portrait de femme forte, entêtée, une femme d’une autre époque, une vie parsemée de drames passés sous silence, qui a aimé à la folie sa petite-fille.

Un très beau texte sur le deuil, la maladie et l’accompagnement en fin de vie.

A découvrir !

“Tout ce silence”, Véronique Gallo, éd. Desclée de Brouwer

Et pour finir cet article sur une note plus enjouée, je ne résiste pas à vous partager deux vidéos de “Vie de mère” 😉

 

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