Catégorie : Littérature pour ados

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Sur le stand Gallimard de la Foire du livre de Bruxelles, il y avait cette jeune libraire qui, enthousiaste, parlait avec émerveillement du “Livre de Perle” et qui m’a convaincue de l’acheter. Elle m’a dit que j’allais être éblouie, m’a parlé de ce grand-père qui avait acheté le roman pour sa petite-fille et qui, l’ayant ouvert et lu en une soirée, était revenu le lendemain prendre un exemplaire pour lui.

Je lui ai fait confiance car je fais pareil dans mon boulot de bibliothécaire, je conseille les gens sur les livres qui en valent la peine, et j’ai reconnu dans ses yeux cette petite flamme de passion qui m’a convaincue …

“Tombé dans notre monde une nuit d’orage, un homme emprunte le nom de Joshua Perle et commence une vie d’exilé. Cette nouvelle vie fugitive, déchirée par un chagrin d’amour, est aussi une quête mystérieuse.

Au fil du siècle, Perle rassemble un trésor pour défaire le sort qui l’a conduit loin de chez lui. Mais ceux qui l’ont banni et le traquent le laisseront-ils trouver le chemin du retour?

Perle a-t-il raison de penser que la fille qu’il aime l’attend toujours là-bas?”

Ce roman m’a complètement transportée. J’ai adoré les personnages, surtout celui de Perle bien sûr, et j’ai trouvé l’histoire fascinante et terriblement belle. Le monde qu’a créé Timothée de Fombelle est un monde magique, merveilleux dans son sens littéral, où les fées côtoient les princes, un monde châteaux, de dragons, et de combats. mais l’auteur place aussi son histoire à l’époque de la seconde guerre mondiale, et mêle au merveilleux le décor terrible du Paris occupé, et des camps de prisonniers.

Un peu énigmatique et embrouillée au début, l’intrigue déroule peu à peu ses fils et nous attire, nous envoûte. Je suis tombée sous le charme de ce monde onirique, et surtout de la la plume enchanteresse de Timothée de Fombelle, qui m’a émerveillée. Poésie, douceur, c’est beau comme un conte, comme une légende, et c’est un livre qui, bien que classé en jeunesse, pourra toucher au coeur bon nombre de lecteurs de tous les âges …

Un roman qui s’est fait une douce petite place parmi mes livres préférés, et dont les personnages résonnent encore en moi. Un livre impossible à oublier. Un coup de coeur !

“Le livre de Perle”, Timothée de Fombelle, Gallimard jeunesse (dispo en poche “Pôle fiction”)

Lettre à Line, Amélie Billon

Line et Louise étaient les meilleures amies du monde, jusqu’à l’adolescence, où Louise a pris ses distances avec cette amie peu sûre d’elle, solitaire, sujette aux moqueries des autres élèves.
Louise prend la plume, adulte, et écrit une lettre à Line pour lui demander pardon de n’avoir rien vu, de ne pas l’avoir aidée. Car Line se débattait avec un mal dont on ne dira jamais le nom, un mal qui la rongeait à petit feu, et qui s’ajoutait au harcèlement dont elle était déjà victime …
Ce roman très court, adressé aux adolescents, se lit vite et avec la gorge serrée. A la fois complice de Louise et en empathie avec Line, le lecteur assiste aux regrets et aux remords de la seule survivante de cette amitié.
Avec en filigrane les thèmes très durs du harcèlement et de l’anorexie adolescente, le roman a su me toucher, happée dès la première page de cette lettre à Line. S’adressant aux adolescents, le texte saura les interpeller, et pourrait sans souci faire l’objet d’une lecture en classe, et d’un débat. Un excellent roman sur des thèmes difficiles ….
“Lettre à Line”, Amélie Billon, Alice éd. (collection Tertio), 2015
 
Merci à Alice éditions pour l’envoi 😉

 

“Jours de neige”, de Claire Mazard

 

“Jours de neige” est un petit recueil de nouvelles destiné aux ados.

Publié dans la nouvelle collection “Rester vivant”, qui est constituée de textes sur le monde d’aujourd’hui, du point de vue social, écologique et éthique, ce recueil est constitué de six nouvelles très courtes.

Les héros de ces nouvelles sont ordinaires : une vieille dame participe à un jeu télé, une jeune stagiaire rate son examen en maison de repos, une SDF fait la manche dans le métro, …
Les histoires sont brèves et sans détours, et certaines m’ont touchée droit au coeur : je retiens surtout Lucienne, si naïve face au monde impitoyable de la télé, et Mme Collier, qui trouve enfin un emploi après des années de galère, mais dont l’issue sera tragique …
Ces nouvelles se lisent très rapidement, et sont parfaites pour faire réfléchir des ados qui n’aimeraient pas beaucoup lire, par exemple : le style de Claire Mazard est direct, pas de fioritures, pas de détours, juste l’histoire, dans ce qu’elle a chaque fois de touchant, de percutant, et qui chaque fois pose question, et donne matière à réfléchir …
Une jolie découverte, à conseiller aux profs pour leur classe !
Merci aux éditions du Muscadier pour l’envoi.
“Jours de neige”, Claire Mazard, Le Mscadier (coll. Rester vivant), 2016

“Anastasia”, de Lois Lowry

Or donc, je commence à lire, en plus des albums pour enfants, de la littérature pour ados. Et bien voilà que je mets à lire des romans pour les pré (pré) ados 😉
Je me retrouve ces temps-ci à farfouiller du côté de la collection pour ados de l’Ecole des loisirs, que je trouve très attirante (j’ai même ressorti mes vieux Judy Blume). Et, là, j’ai farfouillé un cran plus loin, dans la collection “Neuf” (ce qui revient à dire que j’ai lu un roman destiné aux 10 ans – hum.).
En déambulant à la foire du livre de Bruxelles, j’ai trouvé une petite pépite : trois volumes de la série Anastasia (l’éponyme + Anastasia, demande à ton psy ! + Une carrière de rêve pour Anastasia), réunis dans un seul recueil. Cela m’a rappelé mon enfance, quand j’empruntais des Judy Blume à la bibliothèque, et Anastasia me disait vaguement quelque chose …

 

La 4ème de couv’ qui m’a convaincue
J’ai donc emporté le livre et, de retour chez moi, je l’ai rangé dans ma PAL débordante en pensant “oh purée, qu’est-ce qui m’a pris d’acheter un bouquin pour les gamins ?”.
Et puis, je l’ai entamé … Et j’ai adoré ! J’ai adoré Anastasia, ses parents, l’humour, les situations à la fois tendres et rocambolesques, ses listes de choses aimées et détestées, l’écriture de l’auteur, bref, j’ai passé un super moment de lecture.
Anastasia est intelligente, drôle, vive, a de la répartie, et elle va être confrontée à l’arrivée d’un petit frère, va consulter un buste de Freud en guise de psy, et faire un stage de mannequinat pour la préparer à la carrière de rêve de libraire (mais si).
500 pages d’une très chouette lecture, une petite pépite tendre, au goût de madeleine de Proust pour moi.
A mettre entre toutes les petites mains (et puis les grandes de 32 ans, ça marche aussi).

 

“Anastasia”, Lois Lowry, L’école des loisirs, 2014 (recueil de 3 volumes) 

“La folle rencontre de Flora et Max”, comme une bouteille à la mer

Deuxième roman de Coline Pierré que je lis, après “Ma fugue chez moi”, deuxième bonne pioche !
Écrit à quatre mains avec Martin Page, ce roman épistolaire met en scène deux ados un peu paumés, Flora et Max. Tous deux sont enfermés : Flora est en prison après avoir violemment agressé une fille de sa classe, et Max n’ose pas sortir de chez lui et a quitté le lycée, victime de crises d’angoisse et de tétanie.

Max, le premier, écrit une lettre à Flora, qui lui répond. Peu à  peu, ils se découvrent et se livrent, et leurs lettres vont être pour eux un petit phare, une source de lumière et de joie, prisonniers qu’ils sont chacun à leur manière.

L’histoire de Flora est celle de la violence du harcèlement scolaire, tandis que Max souffre de sa phobie du monde réel. L’une rêve d’évasion et de sortie, l’autre ose à peine sortir un demi pied et survit pendant des mois sans mettre le nez dehors.

Chacun à sa façon apprivoise la solitude, mais leurs lettres, lancées comme des bouteilles à la mer ou des bouées de sauvetage, vont peu à peu devenir leur point d’ancrage, ce qui leur permet de tenir, de s’accrocher à la vie, et, au bout, de voir la fin du tunnel de sortie(s) .

Un très joli roman, lumineux et positif, lu au soleil en deux petites heures, deux belles plumes à suivre …

“La folle rencontre de Flora et Max”, de Coline Pierré et Martin Page, L’école des loisirs, 2015

“Les disparus du Clairdelune”, second tome d’une saga à couper le souffle

Après avoir découvert le premier tome de la Passe-Miroir, “Les fiancés de l’hiver” , j’ai attendu patiemment mon anniversaire pour qu’une bonne âme m’offre la suite (coucou frérot ! et merci !).
Cette suite, en voici le pitch :
Cette chronique ne dira rien à ceux qui n’ont pas encore lu le premier tome de la saga (au fait, qu’attendez-vous ?), quant aux autres, j’imagine qu’on est tous d’accord pour dire que ce second volet des aventures d’Ophélie (et de Thorn) est juste MAGIQUE !
Le premier tome était déjà un coup de coeur, mais souffrait de quelques longueurs dans son intrigue, or ici, tout est passionnant, de la première à la dernière ligne (si je vous révèle que je l’ai terminé à minuit, je pense que ça veut tout dire).
Ophélie est donc nommée Vice-conteuse de Farouk, et est ainsi beaucoup plus exposée à la Cour et à ses intrigues qu’avant, cachée sous son déguisement. De mystérieuses disparitions inquiètent le Pôle et Ophélie se retrouve à enquêter, avec un timing très serré (notre ami Archibald – que je visualise bien sous les traits de Brad Pitt blondinet- est un des disparus).
Parallèlement aux enlèvements, le personnage de Farouk prend de l’importance (et du mystère), ainsi que celui de Thorn. Arrêtons-nous deux minutes sur Thorn, personnage donc du fiancé-froid-et-hautain, imbuvable dans le premier tome. Sans pour autant faire de la romance l’intrigue de premier plan, Christelle Dabos fait tout de même avancer doucement le bazar. Thorn nous apparaît avec des failles et des fêlures, et même des sentiments … Si je vous dis que je l’imagine sous les traits d’un genre de Darcy froid, vous comprenez que boum, ça y est, j’ai un petit faible pour lui. On est tout de même très loin de la romance bateau, et il faudra encore bien les deux tomes suivants pour que ça bouge plus, mais il y a de l’espoir…
Le rythme soutenu de l’intrigue ne faiblit jamais, on enchaîne les chapitres l’oeil rivé sur le réveil en se promettant que celui-là c’est le dernier parce que quand même il est vachement tard, puis on se laisse avoir par le suivant.
Ophélie est entraînée dans des intrigues où les ennemis sont invisibles, et reçoit de mystérieuses lettres la menaçant de mort si elle ne renonce pas à son prochain mariage avec Thorn…. La pression des ces menaces et de l’enquête pour retrouver les disparus, tout cela à quelques jours du mariage plonge Ophélie dans une tornade de péripéties.
La réapparition du grand oncle archiviste et de la maman d’Ophélie est propice à quelques nouveaux petits belgicismes qui m’ont bien fait sourire …
Le parallèle avec Harry Potter se fait à nouveau sentir ici, puissance dix, tant l’imagination de l’auteur foisonne : elle nous invente des mots, des pouvoirs, des personnages, des lieux incroyables, elle a réellement réussi à tisser tout un monde à elle, riche et passionnant. Le regret que j’évoquais dans ma chronique du premier tome (qu’Ophélie ne fasse pas plus usage de ses dons de liseuse et de passemiroir) ne vaut plus du tout dans ce second volet, où ces deux idées sont bien exploitées !
Qu’es-ce que le cinéma attend pour acheter les droits des bouquins??? première question qui me vient.
Quand sort le troisième tome ???????? deuxième question, et je soupire déjà en pensant à l’attente…
Bref, un énorme coup de coeur pour une saga qui vaut largement le détour, ado, adulte, fan du sorcier à lunettes, fan des personnages maladroits et un tantinet rétros, foncez, c’est un bonheur de lecture !
“La passe-Miroir”, tome 2, Les disparus du Clairdelune, Christelle Dabos, Gallimard jeunesse

 

“Ma fugue chez moi”, de Coline Pierré

En ces jours troublés, je me pose un peu la question de la décence de venir papoter de livres par ici, de la futilité de tout cela. J’ai été extrêmement choquée par les attentats d’hier, à quelques kilomètres à peine de mon lieu de travail, mais je n’arrive pas à trouver les mots pour en parler, encore moins sur ce blog, que j’ai envie de garder loin de toutes ces horreurs.
Je voudrais juste partager ici le texte de Céline, que je trouve superbe (ainsi que son blog), allez le lire de ma part, mais moi je reste retranchée derrière mes petites chroniques de lecture, par pudeur…
Place aux livres !
Un petit roman jeunesse donc, aujourd’hui, assez court, un joli coup de coeur :

 

Anouk souffre de harcèlement scolaire (je ne compte plus les romans sur ce thème en ce moment, et il faut en parler !), et décide de fuguer, pour appeler au secours, pour que l’on fasse attention à elle, pour que tout aille mieux. Mais, confrontée assez vite à la difficulté de sa décision, elle rebrousse chemin et fugue …. dans son grenier. Là, au chaud, au calme, seule, elle fait le point sur sa vie, pique en douce et sans bruit quelques provisions, bricole une cachette de fortune, et, surtout, entend tout.

Toute la détresse de son père, qui la cherche jour et nuit, la tristesse de sa petite soeur, les policiers qui viennent enquêter, ….

 

Un tour sur les réseaux sociaux lui apprend que son école se mobilise, que des élèves inconnus s’inquiètent pour elle. Elle est partagée entre la joie d’être recherchée, et l’effroi devant la violence de certains commentaires anonymes (ah, internet, l’endroit où tous les cons déversent impunément leur mal-être …).
La relation d’Anouk avec ses parents est assez compliquée aussi : sa mère est totalement absente, son père n’est pas très proche, il ne lui reste que sa petite soeur, mais qui est à l’internat …
Pendant sa fugue, Anouk aura l’occasion de découvrir qu’elle n’est finalement pas si seule, et que sa décision est lourde de conséquences pour sa famille.
Sans dévoiler la fin du roman, on peut dire que, pour une fois, l’issue est positive (ben oui, en ce moment je lis des choses déprimantes), et ça fait du bien.
Destiné aux ados, ce roman saura les faire réfléchir, les toucher, les thèmes du harcèlement et des difficultés familiales les intéresseront,  le tout fort bien écrit (avec une très très jolie couverture, même si c’est futile, ça m’importe quand même).
A conseiller sans hésitation 😉
“Ma fugue chez moi”, Coline Pierré, Rouergue (coll. DoAdo), 2016 

“Tous nos jours parfaits”, ma déception

Chers amis lecteurs, une petite révolution est en marche : je me mets à la littérature pour ados.

Attention, pas la YA (Young Adult), genre qui ne m’attire absolument pas (trop sombre, trop cliché, trop fantasy, pardon pour ceux qui aiment !).

Mais tout de même, quelque chose se passe : j’ai aimé “Les fiancés de l’hiver”, j’ai ressorti mes vieux Judy Blume adorés, je traîne dans le rayon ado de ma librairie en me disant, comme une vieille, “purée, de mon temps, j’avais pas un choix de bouquins superbes comme ça”.

Alléchée par les critiques dithyrambiques des autres blogueurs et, je l’avoue, par la couverture toute JOLIE de “Tous nos jours parfaits”, j’ai craqué et je l’ai embarqué …

Et bien, j’aurais dû le commander pour les ados de la bibliothèque où je bosse, et le leur chiper.

Parce que je n’ai pas accroché …

Le pitch : Violet et Finch, deux terminales, l’une populaire et l’autre mauvais élève, se rencontrent sur le toit du lycée, où ils sont tous les deux montés pour, à priori, en sauter. Qui sauve l’autre, finalement ? Pour les autres, c’est Violet l’héroïne, qui a empêché Finch, ce “fêlé” de commettre l’irréparable … Sauf que Violet n’arrive pas à se remettre de la mort accidentelle de sa soeur, et n’a plus goût à la vie. Les deux ados vont devenir amis, et bientôt vivre une histoire d’amour. Mais le désespoir n’a pas quitté Finch …

L’histoire a tout pour accrocher, et le roman utilise ce procédé que j’aime bien, de faire entendre les voix des héros en alternant les chapitres.

C’est une critique un peu floue, je vous préviens. Je n’ai pas vraiment aimé, je n’ai pas réussi à m’intéresser à l’histoire, et les personnages ne m’ont pas touchée. Violet est intéressante, mais Finch est une bonne tête à claque. Impossible de le suivre, il est trop changeant.

L’auteur a voulu alerter sur des thèmes graves – le suicide et la bipolarité- , et c’est louable et important d’en parler, mais je n’ai pas été touchée, et je n’ai pas compris les critiques lues qui parlent de “torrents de larmes et d’émotion” et du “meilleur roman d’amour de ma vie”.

Je suis vraiment restée en surface, regardant de loin ce qui arrivait aux héros. j’ai trouvé ça long et laborieux, je me suis perdue à tenter de comprendre Finch, j’ai levé les yeux au ciel, j’ai expédié la fin.

Bref, une déception !

Je suis peut-être trop vieille, à 32 ans, pour apprécier un roman pour ados, finalement ?

Ou j’ai mal pioché ?

Je demande des avis … je vois pas mal de blogueurs de mon âge qui lisent de la littérature pour ados : est-ce que ça vous plaît autant qu’un roman pour adultes ?

Je vais tout de même récidiver bientôt : je vais recevoir le deuxième tome des “Fiancés de l’hiver” et j’ai craqué pour ce roman, qui m’a l’air superbe :

“Tous nos jours parfaits”, Jennifer Niven, Gallimard Jeunesse, 2015

La Décision, ou le thème délicat du déni de grossesse

Pour une fois, je me suis laissée tenter par un romans pour ados …

L’histoire de Louise, élève exemplaire de terminale, jeune fille belle, populaire et sans histoire.
Un jour, en plein cours, Louise se sent mal, va aux toilettes … où elle accouche d’un petit garçon, sans que personne, elle la première, n’aie rien vu venir … Louise se réveille à l’hôpital, entourée de ses parents et de professionnels qui cherchent à comprendre, à lui faire avouer ce qu’il s’est passé.
Sauf que Louise ne se souvient de rien, et prétend n’avoir même jamais eu de relations sexuelles.
Elle et son bébé sont accueillis dans un centre maternel, où ils passeront de longues semaines à tenter de comprendre, et de se reconstruire, à tenter aussi de nouer une relation mère-fils, mais Louise en sera-t-elle capable ?

Abordant le thème délicat du déni de grossesse, l’auteur nous tient en haleine en donnant voix, à chaque chapitre, aux témoins et protagonistes de l’histoire : les copains, le proviseur qui trouve Louise dans les toilettes, la psy, l’éducatrice, les parents, le petit ami, Louise elle-même, procédé narratif qui m’a rappelé l’excellent roman d’Élisa Brune “La tournante”, où autour d’un autre sujet grave, chaque personnage prenait la parole pour donner sa version des faits.

 

Ce roman passionne, et le lecteur se demande si Louise ment, si elle cache quelque chose, et sinon se demande ce qui lui est arrivé, en rassemblant, au fil des chapitres et des voix, de menus indices, jusqu’à ce que la vérité éclate.
Intitulé “La décision”, le livre aborde la question du choix que doit faire Louise : assumer cet enfant dont elle ne connaissait pas l’existence, qu’elle n’a pas désiré et qui chamboule tant sa vie d’ado rythmée par le Bac et les sorties, ou le confier à l’adoption et lui offrir une vraie famille, elle qui lui a donné la vie “mais n’est pas sa mère”. Les sentiments de Louise vis-vis de ce bébé sont durs et ambigus, un jour tendre et douce, un autre froide et lointaine, souhaitant qu’il n’existe pas.
Plus qu’une enquête pour connaître la vérité, ce livre pose la question du sentiment maternel face au déni de grossesse, aux conséquences de ce sujet mal connu et encore tabou : comment peut-on accoucher d’un bébé sans avoir eu conscience d’être enceinte ? Quel choc psychologique cela engendre-t-il ?
Isabelle Pandazopoulos signe ici un beau roman, bien écrit et qui devrait plaire aux ados, rythmé et passionnant de bout en bout, écrit avec le coeur et dans leur langage (les textos sont très réalistes !).
Une jolie découverte !
“La Décision”, Isabelle Pandazopoulos, Gallimard jeunesse, 2013