ENFIN.

Enfin un livre de la sélection du Grand Prix des Lectrices Elle qui m’enthousiasme, au point de me redonner envie de bloguer pour vous en parler ! Et alors, quoi ? Ce petit bonheur littéraire est-il un polar palpitant ? Un beau roman qui m’a tiré des larmes ?

Que nenni. C’est un document sur Balzac.

Ne fuyez pas ! Si le nom de Balzac vous rappelle vos lectures obligatoires, et que vous en avez l’image d’un gros bonhomme à moustache pas bien folichon, il est encore temps de rectifier le tir. Jetez-vous sur ce livre !

Car on y rencontre, non pas Balzac l’auteur au panthéon de la littérature française, aussi loin de nous qu’une icône, mais bien Honoré qui, comme vous et moi, aime et souffre.

 Balzac, ce n’est pas seulement le monument de la littérature française, le génie monstrueux qui dévorait gigots et cafetières, c’est aussi un type qui a tout raté.

Il existe un Balzac intime , humain, fatigué, qu’on pourrait nommer le plus grand poissard de l’histoire littéraire, et qui m’émeut et m’interroge infiniment plus que la figure du demi-dieu.

Comment ne pas aimer un homme qui a cherché tous les moyens imaginables de faire fortune et s’est révélé le roi de la foirade ?

Honoré qui n’a donc jamais de bol. Qui se met régulièrement dans le pétrin, croule sous les dettes, doit des sommes astronomiques au tout-Paris, et même à sa mère. Et que fait-il pour y remédier ? Il s’achète ce joli manteau qui lui a tapé dans l’œil ou redécore son appartement. Et ment, comme un arracheur de dents. “Vous ne trouverez pas homme plus économe que moi”, ose-t-il écrire à une maîtresse, alors qu’il vient de dépenser une fortune en tapis et ornements. Titiou Lecoq, d’une plume vive et pleine d’humour, nous partage son amour pour cet homme aux mille défauts : dépensier, menteur, qui trompe les femmes, médit sur sa pauvre mère, fuit les créanciers, mais qui travaille aussi comme un forcené, enchaîné à son bureau pour écrire, encore et encore. Dans les salons, on se moque de son physique “de boucher” ou d’épicier du coin. On raille sa productivité littéraire, qui paraît bien louche : à écrire tant et tant, ce doit être des idioties, destinées seulement à s’en mettre plein les poches (une idée encore répandue aujourd’hui sur les auteurs qui écrivent un peu “trop” …).

Adolescente, j’ai lu avec adoration Hugo, avec plaisir Flaubert, avec ennui Zola. Jamais je n’ai ouvert un livre d’Honoré (après cette lecture, je l’appelle par son petit nom). Titiou Lecoq a réussi à lui donner de la chair et une âme, à nous le montrer profondément humain et proche de nous. A travers un texte intelligent, jamais ennuyeux, usant d’un vocabulaire bien de notre époque, l’auteure relève le défi de nous faire aimer Balzac et, surtout, d’en montrer une image actuelle, bien éloignée des manuels de littérature et des mauvais souvenirs d’école.

“Honoré et moi”, Titiou Lecoq, éd. L’Iconoclaste, 2020

2 thoughts on “Honoré et moi, le coup de coeur

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