“L’histoire du plus beau suicide”, imaginé à partir de la photographie réelle qui orne la couverture du roman. La mort spectaculaire d’Evelyn McHale, une jeune femme qui s’est jetée du haut de l’Empire State Building, le 01 mai 1947 pour atterrir sur le toit d’une limousine. Un jeune photographe passant par là a immortalisé son corps brisé, ce qui est devenu l’une des photos les plus célèbres du monde, objet de chansons, de poèmes, et de nombreux détournements commerciaux (j’ai même vu un coussin …).

Nadia Busato, sous la forme d’un roman choral qui donne la parole tantôt à la mère d’Evelyn, tantôt à son fiancé, sa soeur, le policier, le journaliste, ou le photographe, tente de percer le mystère entourant la mort de cette jeune femme, dont on ne sait rien, si ce n’est son suicide, et une lettre laissée juste avant de sauter dans le vide :

Je veux que personne ne voie mon corps, pas même ma famille. Faites-le incinérer, détruisez-le. Je vous en supplie : pas de cérémonie, pas de tombe.

Mon fiancé m’a demander de l’épouser en juin prochain. Je pense que je ne ferai une bonne épouse pour personne. Il se portera bien mieux sans moi. Dites à mon père que je ressemble trop à ma mère.

Ecrit avec beaucoup de sensibilité, ce roman tente de percer le mystère d’une mort inexpliquée : une belle jeune femme de 23 ans, fiancée, qui avait la vie devant elle, se jette dans le vide sans aucun signe avant-coureur. Le seul indice réside peut-être dans la dernière phrase de sa lettre : dites à mon père que je ressemble trop à ma mère. Une mère dépressive, qui a quitté sa famille quand Evelyn était encore enfant. Nadia Busato nous dresse le portrait d’une jeune femme très fragile psychologiquement, sujette aux crises d’hystérie, dont le comportement m’a parfois semblé à la limite de la bipolarité. A travers le récit (imaginaire) de ses proches, l’auteure nous fait découvrir les possibles raisons derrière le “plus beau suicide du monde”, dans un texte empathique et sensible.

Si j’ai commencé le livre avec bonheur, je me suis un peu lassée vers la fin du livre, en ayant la sensation de ne pas en apprendre assez sur Evelyn. Certains chapitres m’ont paru trop longs et pas assez centrés sur l’histoire de cette jeune femme, et j’ai refermé le livre avec une certaine frustration : il y a finalement beaucoup de non-dits dans l’histoire et Nadia Busato ne nous livre pas d’explications sur un plateau. C’est au lecteur de se faire sa propre idée sur les raisons du suicide d’Evelyn. L’auteure, au-delà de l’histoire personnelle de la jeune femme, nous dresse un vibrant portrait de l’Amérique, de la crise économique et de la place des femmes dans la société de l’époque.

Je suis restée fascinée par la superbe photo de la couverture, le point de départ du roman, si belle et si tragique que l’on oublie qu’elle représente un cadavre … La jeune femme, les pieds croisés, la main sur son collier de perles, semble endormie et – enfin – apaisée.

Un très bon roman donc, qui n’est pas passé loin du coup de coeur pour moi, mais il m’a manqué un petit je-ne-sais-quoi …

“Je ne ferai une bonne épouse pour personne”, Non saro mai la brava moglie di nessuno, Nadia Busato, Editions de la Table Ronde (Quai Voltaire), 2019, 263 pages

4 Comments on Je ne ferai une bonne épouse pour personne, Nadia Busato

  1. Nous partageons les mêmes frustrations! Pour moi, il y a trop de convives invités au buffet!
    Reste que l’idée est passionnante et que dire de cette photo inoubliable…
    Ce sera mon prochain billet!

  2. Oui. Une photo qui restera encore dans les mémoires. Je ne suis pas sûre de vouloir lire ce livre, rien que le fait de regarder la couverture me fait froid dans le dos.

    • Il n’a rien de glauque, et l’idée de base est intéressante … Une “exploitation” de la photo bien plus belle que de la mettre sur un coussin … ,-)

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