Et voici déjà le dernier document lu dans le cadre de la sélection du Grand Prix des lectrices Elle ! Une bonne surprise, comme plusieurs fois ces derniers mois : je redoutais la lecture des documents, et ce sont finalement eux qui m’ont donné le plus de plaisir de lecture …

Hugo Boris, romancier, raconte un événement déclencheur de sa réflexion : il y a 15 ans, tout juste auréolé de sa ceinture noire de karaté, il est témoin d’une altercation violente dans le métro et s’est retrouvé paralysé par la peur, incapable de réagir. Sa belle ceinture noire ne signifierait-elle rien ?

J’ai simulé l’agressivité du combat, feint la bonne attitude pour recevoir les honneurs de la ceinture. j’ai singé les gestes du courage en pensant qu’il infuserait en moi.

Hugo Boris nous conte alors les innombrables scènes de la violence ordinaire dans les transports parisiens, et la peur, à chaque fois, qui l’étreint. La panique, l’envie de fuir, la lâcheté. Et, au milieu, le courage des autres. Les autres, c’est ce jeune homme tout frêle qui se lève pour clamer son homosexualité devant une brute qui traite toute la rame de pédés, c’est la vieille dame si digne, celui qui s’interpose dans la bagarre, l’enfant qui regarde le clochard.

L’enfant, debout près de la porte, regarde l’ivrogne assis sur le strapontin à sa hauteur. Il le dévisage longuement. On était tous là à tourner la tête pour l’exclure, le chasser mentalement du wagon, lui infliger la mort blanche, il suffisait de ne pas le voir pour qu’il n’existe pas, et voilà ce garçon de trois ans qui n’est pas au courant, qui ne connaît pas les codes, qui le ressuscite de son regard et qui, de son attention tranquille, le ramène du côté des vivants.

Il y a un certain courage chez l’auteur à nous exposer sans détour ses lâchetés, à se traiter de couille molle, de lavette, de lâche, de faible. Il n’est pas tendre avec lui-même et l’on s’interroge : à sa place, aurions-nous réagi ? Car c’est humain, de faire semblant de ne rien voir, de baisser la tête pour laisser passer l’orage, tout en priant pour qu’il ne nous tombe pas dessus.

J’ai lu ce livre d’une traite, en une soirée, fascinée et révoltée. (Et tellement contente ne pas habiter Paris). Un document qui questionne, qui se lit vite et facilement. Courageux oui, Hugo Boris l’est certainement : il a le courage de se remettre en question.

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