C’est un roman brut, poétique et sensuel. Le grand cri de douleur d’une femme à sa mère, retrouvée morte dans le Saint-Laurent, en bas des falaises, telle une sirène échouée.

C’est un (premier) roman envoûtant, à la beauté sauvage et au langage qui vient te prendre par le cœur.

J’ai l’automne à l’envers. En dedans au lieu d’en dehors.

Humide, tiède, dans le creux des joues. Du vent qui craque dans la cage thoracique.

C’est octobre.

Ma mère est morte et j’ai pas encore pleuré.

La narratrice, dont on ne connaît que l’initiale, s’isole dans la maison familiale, pour trier, jeter les affaires de la morte. Elle découvre alors une pile de vieux cahiers, ceux de sa grand-mère, morte peu avant sa naissance. Dans ces cahiers, on découvre une femme seule, courageuse, qui élève ses enfants en l’absence de son marin de mari, et qui crève de solitude, qui dit la difficulté d’être soi, la maternité qui vous bouffe. le cri qu’elle pousse, seule dans sa maison des falaises, une fois les enfants à l’école.

Il y ainsi dans ce roman trois voix de femme : celle de la narratrice, avec son franc parler québécois délicieux, celle de sa grand-mère à travers les cahiers, et celle de la mère décédée, à travers des fragments de poèmes qui entrecoupent les chapitres.

Il ne se passe finalement pas grand-chose dans ce roman, et pourtant, quelle belle lecture ! La narratrice fait des rencontres, amicales, amoureuses, serre sa soeur contre son coeur, ou se cloître dans la solitude de cette vieille maison vide. La langue est belle, brute, poétique et sensuelle. Les décors sauvages sont des personnages à part entière : les falaises de Gaspésie, la foule bigarrée de Montréal, les volcans noirs de l’Islande.

J’ai adoré ce roman : je l’ai trouvé infiniment beau, la langue et le style magnifiques, les expressions québécoises savoureuses, et les personnages de femmes splendides …

J’aimerais avoir pris une photo mentale de moi pendant des moments importants pour pouvoir me les rappeler quand je vais être vieille.

Je prends pas la peine de me souvenir de moi. De quoi j’avais l’air en dedans quand je suis tombée en amour. À quel âge j’ai eu peur de mourir pour la première fois.

Et toutes les autres. Les fois où je me suis perdue, les fois où je suis partie, celles où j’aurais voulu rester.

Mes passages préférés : les cahiers de la grand-mère, qui semblaient me parler à moi seule.

Un coup de cœur complètement inattendu …

C’est Fanny qui m’a donné envie !

Les Falaises, Virginie DeChamplain, La Peuplade, 211 p., 2019

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