Nov 192018

 

“L’indésirable” m’a eue à retardement. J’ai lu tous les premiers romans de Sarah Waters, et acheté celui-ci à sa sortie, en 2010, mais je l’ai mystérieusement abandonné en cours de lecture et revendu. Il faut dire qu’il diffère des autres écrits de Waters, de par le narrateur masculin (elle est coutumière des romans lesbiens), et par le style, assez lent.

Puis, je suis tombée sur la bande-annonce du film tiré du roman, avec deux actrices que j’aime beaucoup – Charlotte Rampling et Ruth Wilson – qui m’a fait donner une deuxième chance au livre.

Angleterre, 1947. Le docteur Faraday (notre narrateur) est appelé au chevet d’une domestique du manoir de Hundreds Hall, où travaillait sa mère autrefois. Le manoir qui avait tant impressionné Faraday enfant n’est plus que l’ombre de lui-même et il n’y reste qu’une employée pour Mrs Ayres, qui y vit avec ses deux enfants maintenant adultes, Roderick, revenu blessé et traumatisé de la guerre, et sa fille Caroline, une jeune femme indépendante et solitaire. Faraday devient vite un intime des Ayres, tandis que des événements étranges se succèdent au manoir. Un chien d’ordinaire adorable blesse grièvement une fillette, un feu prend vie tout seul, des sonnettes résonnent sans que personne n’y soit pour rien … Un à un, les occupants de Hundreds Hall soupçonnent la présence étrange de quelque chose, quelque chose d’indésirable …  Serait-ce le fantôme de Susan, la première fille de Mrs Ayres, morte très jeune ?

Une nouvelle fois, j’ai failli abandonner ma lecture, et ce parce que c’est long et lent à démarrer. Sarah Waters prend son temps pour installer son intrigue, un peu trop à mon goût. Après environ 150 pages, ça démarre enfin … mais ensuite, quel régal de lecture ! Une fois l’action lancée, plus moyen de m’arrêter de lire … Quelle écriture, quellefinesse dans la psychologie des personnages !

Les scènes de surnaturel sont fascinantes, pleines d’une atmosphère où l’on ne voit rien, mais c’est ce qui effraie, justement. Le lecteur est placé du point de vue de Faraday, à qui l’on raconte les événements et qui, en bon scientifique, doute de tout au point de vouloir faire interner, un à un, les membres de la famille Ayres. Faraday lui-même est un personnage trouble : fasciné depuis l’enfance par Hundreds Hall, il y revient adulte et parvient petit à petit à s’y faire une place, poussant son pion jusqu’à se fiancer avec Caroline … Mais, finalement, devant l’étrangeté des événements, Faraday paraît s’inquiéter plus pour l’avenir de la demeure que pour celui de ses occupants …

Cette chose qui avait commencé avec Gyp, un “chuchotement” – comme l’avait dit Betty à l’époque, je m’en souvenais soudain -, cette chose avait peu à peu gagné en intensité. elle s’était mise à déplacer des objets, à mettre le feu, à griffonner sur les lambris. A présent, la chose pouvait courir d’un pied léger. Elle pouvait se faire entendre, en une voix inarticulée. Elle poussait, cette chose, elle se développait …

Où s’arrêterait-elle ?

Alors, qu’en est-il de cet indésirable ? Existe-t-il réellement quelque chose de pas net au manoir, ou pas ? Au lecteur de se faire sa propre idée, car à la fin du livre, rien n’est expliqué clairement. D’habitude, je déteste ce genre de fin, et j’ai pesté en refermant le roman, mais Hundreds Hall m’a littéralement hantée pendant des jours. J’ai tout retourné dans ma tête et, si je suis parvenue à une théorie personnelle, je n’en suis néanmoins pas certaine … J’ai néanmoins frissonné, palpité, et mon imagination a bien travaillé … Un roman inoubliable, pour moi, du genre auquel on repense longtemps après l’avoir refermé.

Roman gothique par excellence, “L’indésirable” m’a séduite par son atmosphère et ses personnages, autant que par son intrigue à tiroirs, qui laisse la porte ouverte à plusieurs interprétations des événements. Je n’ai toujours pas vu le film et donc je ne sais pas quel en est la fin, mais si quelqu’un veut discuter fiévreusement de l’existence de cet indésirable, je suis plus que partante !

“L’indésirable”, The little stranger, Sarah Waters, Denoël, 2010, 706 pages

La bande-annonce du film  est visible ici

 


Reader Comments

  1. Tes commentaires me semblent d’habitude plus enthousiastes :). Du coup même si je “dévalise” en ce moment les librairies, (ce noël ci bouquins pour tout le monde), celui-ci me donne quand-même à réfléchir. Et puis 150 pages avant de démarrer, cela me paraît long…

  2. Très jolie chronique! Tu as raison, c’est vraiment le roman gothique par excellence!
    Mais je ne me souvenais plus qu’il était si lent à démarrer, ça ne doit pas m’avoir dérangée…
    Je n’ai jamais lu d’autres livres de Sarah Waters, ça a l’air assez différent d’après ce que tu en dis. Est-ce que tu me conseillerais de tenter, vu que j’ai aimé celui-là?

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