Ce roman est très anglais. Au moment d’écrire ce billet, essayant de rassembler mes idées sur ce livre que j’ai lu avec plaisir mais sans que ce soit un coup de coeur ni même une lecture marquante, c’est la première phrase qui me vient … Anglais, cynique, désabusé, grinçant, très bien écrit, et, en ce qui concerne son sujet principal (le mariage), totalement déprimant. Je vous donne envie, hein ? !

Sous la forme d’un roman choral, Angela Huth nous présente quatre couples et un célibataire. Il y a Rachel et Thomas : ce dernier enchaîne les liaisons, tandis que Rachel se réfugie dans le sommeil, sous forme de siestes qui durent toute la journée, pour oublier sa vie monotone et inutile (Yeah!). Il y a Mary et Bill, le couple âgé (le seul qui m’a ennuyée …) : Mary vit dans l’angoisse de mourir avant son mari et cela lui gâche la vie. Frances et Toby donnent un grand bal, auquel ils convient leurs amis, mais ce bal n’a d’autre but que d’occuper Frances, délaissée par Toby, qui ne pense qu’à ses ordinateurs … Il y a Martin et Ursula, peut-être le seul couple heureux du livre. Et enfin Ralph, ancien amant de Frances, éperdument amoureux d’Ursula.

Tout ce petit monde va se croiser et se retrouver pour le grand bal, où “les masques tombent, les sentiments se bousculent, s’enflamment”.

Angela Huth décortique la vie de ces couples, d’un oeil acerbe, et parvient à nous les rendre attachants, alors même qu’ils sont pour la plupart antipathiques. J’ai suivi ces personnages dans leur vie de tous les jours sans m’ennuyer une seconde, cornant ici et là quelques extraits bien sentis sur le mariage …

-La moitié des divorces sont dus au fait qu’on ne dit pas aux gens comment ils doivent se comporter quand la passion a disparu. Peut-être devrions-nous faire quelques allusions en ce sens à Ursula et Martin.

– Ils sont parfaitement heureux.

– Qui sait ? Qui sait quoi que ce soit du mariage des autres ?

Ce qui m’a frappée dans ce roman, c’est que les couples ne sont pas heureux, sans même parler d’être amoureux. Mal assortis, ils vivent côte à côte, mais pas ensemble. Ils ne partagent ni leurs pensées intimes, ni leurs envies, ni leurs rêves. Les femmes meurent d’ennui et cherchent à se distraire, par les mondanités ou dans une fuite de la réalité (les siestes de Rachel). Les hommes, quand ils ne sont pas infidèles, préfèrent la compagnie de leurs ordinateurs ou même de la nature (Toby est plus excité à l’idée d’observer les blaireaux à la nuit tombée que de coucher avec sa femme), à celle de leur épouse. Les relations sont tristes, et les personnages sont désespérément seuls au sein même de leur couple. Le seul couple heureux, celui d’Ursula et Martin, est celui où la solitude n’est pas déprimante, comme dans cet extrait :

Quel silence ! (…). La vie de famille lui avait révélé les charmes de la solitude. De petits espaces innocents mais privés sont essentiels à la santé mentale des couples mariés, avait-elle très vite découvert, et elle s’arrangerait pour que ces parties de sa vie soient tout aussi prioritaires que ses devoirs envers Martin et les enfants.

Un roman plaisant, sans être une grande lecture, que j’ai lu sans ennui, mais dont la fin m’a laissée un peu dubitative, un peu “so what ?” …

L’invitation à la vie conjugale”, Invitation to the married life, Angela Huth, Folio, 2000, 440 pages

6 Comments on L’invitation à la vie conjugale, Angela Huth

  1. J’ai ainsi découvert Angela huth, là je suis dans Les filles de Hallows farm, le charme opère, c’est la lecture qu’il me faut actuellement. Pas forcément transcendante, mais c’est fort bien fait, pas question de lâcher, et no stress (je n’en veux plus)

    • Mon premier Angela Huth c’était “Mentir n’est pas trahir”, et pour l’instant c’était mon meilleur … j’ai aussi lu ” La vie rêvée de Virginia Fly”, mais j’étais pas emballée … Tu résumes bien ses bouquins : pas forcément transcendant, mais impossible à lâcher, oui ! Quant au stress, je ne comprends pas bien, tu parles de quel stress ?

    • Tu as bien raison ! Je me dis souvent, à propos des polars glauques, qu’il y a assez d’horreurs dans le monde pour éviter que j’en lise

    • “du lard et du cochon”, je ne connaissais pas ! 😉 mais, effectivement, il y a des titres qui se distinguent chez cette auteure !

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