Mar 252019
Mistral perdu ou les événements, Isabelle Monnin

Dans ce livre, Isabelle Monnin (“Les gens dans l’enveloppe“), nous parle de sa soeur et de leur enfance, adolescence, puis âge adulte. “Nous sommes deux” répète-t-elle, comme un mantra. Elle conte les jeux, les petits riens, les rires, la complicité, de cette enfance banale, quelque part en France. Jusqu’au drame, où, soudainement, Isabelle ne sera plus qu’une.

C’est comme une petite musique ce livre, où l’on peut énormément se retrouver. Bercée par les chansons d’un certain Renaud, la vie d’Isabelle passe doucement, avec toujours, en toile de fond, “les événements” (politiques surtout, mais aussi sociaux). Les débuts dans l’âge adulte, les études, la maternité, mais aussi le chagrin incommensurable, le deuil, les attentats.

Je suis le 11 septembre autant que la seconde où elle est morte.

Je suis tous mes événements.

Isabelle Monnin, d’une écriture mélancolique, nous raconte une vie française, une vie banale, avec une soeur comme une âme-soeur, des parents, des copines, la vie à l’école, les chansons qui sont la bande son de la vie, l’ennui, l’attente de quelque chose.

Il devait y avoir Michel Drucker puisqu’il y a toujours Michel Drucker, sans que personne ne nous dise à cet instant que Michel Drucker sera comme l’école, le centre commercial, la salle des fêtes, un espace invariant de nos vies, un endroit où échoueront tous nos weekends si nous n’y prenons garde.

Je suis sortie de cette lecture avec deux sentiments ambivalents : je me suis retrouvée dans les sensations d’enfance, d ‘adolescence, dans cette vie tranquille, bercée de rires et de musique. J’ai été touchée par les mots de l’auteure sur le deuil, la perte. Mais, je me suis aussi sentie complètement à côté en lisant les nombreux passages où elle parle de politique française, d’hommes de droite ou de gauche, d’événements qui, à moi petite Belge née dans les années 80, ne me parlaient pas du tout. Bien sûr, elle évoque aussi le 11 septembre, les attentats plus récents, mais toute la partie plus politique et sociale de son enfance m’a laissée de côté.

Mais, un tel paragraphe est universel, n’est-ce pas ? :

Tous les adolescents connaissent la géographie du car scolaire : ne s’assied pas au fond n’importe qui. Les cinq ou six places de la dernière rangée sont réservées aux seigneurs de cette petite société, les garçons crâneurs et les filles à la mode. Plus on se rapproche du chauffeur, plus on descend dans la hiérarchie collégienne.

Les premiers rangs sont occupés par les sixièmes, accrochés à leur cartable, ou par ceux qui, blêmes de honte, ont le mal des transports. Le reste des travées est, dans mon souvenir, un alignement de blousons muets, mauvaises coupes, mauvaises couleurs, figés dans la peur aphone qu’un des caïds de l’arrière leur frappe le crâne en passant, ou pire : arrache leur bonnet dans un ricanement.


Passer inaperçue est la solution.

Je retiens la sensibilité d’écriture, et quelques passages magnifiques sur l’enfance … Une lecture en demi-teinte donc, qui m’a touchée, mais moins que prévu …

“Mistral perdu ou les événements”, Isabelle Monnin, Le livre de poche, 2017


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