Alerte au gros coup de coeur, en ce début de semaine !

Je ne connaissais pas du tout Ann Patchett, et quelle découverte, quelle claque littéraire ! Autant vous dire que je compte bien me jeter sur tout autre roman que je pourrai trouver d’elle vendredi, à la Foire du livre de Bruxelles (oui, quand je m’enflamme pour un auteur, c’est à fond).

Comment vous résumer ce roman foisonnant ? Tout commence en 1964 lors du baptême de Franny Keating, en Californie. Bert Cousins s’incruste à la fête pour échapper à ses trois enfants bruyants et à sa femme enceinte du quatrième. Il fait chaud, et le jus d’orange pressé du jardin coule à flots. Bert arrive avec du gin sous le bras : est-ce la canicule, l’alcool amer mélangé au jus d’orange ? Il tombe dans les bras de Beverly, la maîtresse de maison. Le roman explore ensuite les conséquences de ce coup de foudre sur les deux familles : Bert quitte Teresa pour Beverly, et c’est au total six enfants qui formeront cette fratrie recomposée : Franny, Caroline, Holly, Jeanette, Albie et Cal. Ils grandissent à la va comme je te pousse, librement, jusqu’à l’été du drame : l’un d’entre eux meurt. Les familles explosent à nouveau. Des années plus tard, Franny est la maîtresse du célèbre romancier Leon Posen, et lui raconte leur histoire, qui en tirera un best-seller intitulé “Orange amère”, faisant resurgir la tragédie familiale.

L’intrigue n’est pas racontée de manière linéaire, ce qui fait l’originalité de ce roman : une fois le point de départ posé (le baptême de Franny), les personnages des parents ne sont plus les principaux, nous suivrons tour à tour chaque enfant, à travers les décennies, avec des allers et retours dans le temps, sans que l’auteur ne nous perde en chemin. Tous les personnages sont extrêmement attachants et le lecteur passe de l’un à l’autre sans jamais se lasser.

Voilà ce qu’il y avait de plus remarquable chez les petits Keating et les petits Cousins : ils ne se haïssaient pas, ni ne possédaient la moindre parcelle de loyauté tribale. (…). Les six enfants partageaient un principe fondamental, qui renvoyait leurs potentielles antipathies réciproques en ligues mineures : ils détestaient les parents. Ils les haïssaient.

Ce qui m’a franchement épatée, c’est le talent d’écriture d’Ann Patchett, qui réussit à tisser sa toile et nous prendre dans ses filets, avec une histoire de famille qu’elle rend absolument passionnante. C’est une véritable conteuse, et je me suis installée dans “Orange amère” avec l’envie de ne plus jamais en sortir. Ann Patchett excelle à nous décrire les scènes de la vie familiale, et à nous mettre dans l’ambiance de cette famille éclatée, où les enfants vivent libres, loin du regard des adultes, tout en nous baladant dans le temps : un chapitre les enfants ont 15 ans, et celui d’après 50, mais tout coule de source.

Les gens de trompent de peurs, dit Fix, les yeux fermés. On se balade en pensant que ce qui aura notre peau nous attend derrière la porte : c’est dehors, c’est dans le placard, alors que ça ne se passe pas comme ça. Pour l’immense majorité des habitants de cette planète, la chose qui aura leur peau se trouve déjà à l’intérieur.

La traduction d’Hélène Frappat, elle-même romancière, est magnifique et la couverture, superbe, illustre parfaitement le livre.

Je crois que je tiens mon plus gros coup de coeur de ce début d’année !

Un grand merci à Actes Sud pour l’envoi de ce roman !

“Orange amère”, Ann Patchett, Commonwealth, Actes sud, 2019, 301 pages

8 Comments on Orange amère, Ann Patchett

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