Mudwoman, Joyce Carol Oates

Quel livre étrange et fascinant ! “Meilleur roman étranger 2013”, selon le magazine Lire, on m’a conseillé ce titre parmi l’énorme bibliographie de Oates, pour la découvrir. J’avais déjà lu et aimé “Blonde”, son roman sur la vie de Marilyn Monroe, ainsi que “Les chutes”, et j’ai à nouveau aimé celui-ci.

Abandonnée toute petite par sa mère à moitié folle dans les marais, Mudgirl est sauvée et adoptée par un couple de quakers. Devenue Meredith Neukirchen, M. R. , elle grandit en occultant son sombre passé et devient une femme brillante, première présidente d’université, à la carrière irréprochable. Mais, à l’occasion d’une conférence dans sa région natale, M.R. s’égare en voiture près des marais et est victime d’un mystérieux accident. A partir de là, elle n’est plus elle-même et sa vie se délite, jusqu’à en perdre presque la raison … son passé remonte à la surface et entraîne la chute de sa carrière.

Le Roi des corbeaux avait observé la conduite cruelle de la femme mi-portant mi-traînant une enfant en larmes à travers les marais pour la jeter dans une boue molle et mouvante comme des sables et l’abandonner à la mort dans ce terrible endroit.

Tout est dans l’écriture, chez Joyce Carol Oates. Au-delà du climat assez glauque de ses romans (et celui-ci ne fait pas exception, avec les marais, la mère foldingue, la petite fille effrayée, le tout enrobé des cris du roi des corbeaux qui tournoie autour des marais), au-delà de ça donc, il y a une vraie voix, dans son écriture. C’est confus, plein de phrases en italique, qui sont les pensées de son héroïne, ou d’un narrateur omniscient, on ne sait pas trop. C’est magistral, c’est prenant, c’est sombre et angoissant, et onirique aussi. Poétique, onirique, on ne sait pas trop si on est dans un rêve ou dans la réalité, ni ce qui est vrai ou fantasmé. Le lecteur pourrait être perdu, mais Oates le tient bien en haleine, et, si toutes les questions ne sont pas résolues, elle laisse planer un doute qui nous permet d’inventer notre propre explication. D’habitude, je déteste ça : je veux des réponses, de la rationalité, surtout pas qu’on me laisse dans le brouillard. A la fin de Mudwoman, je n’ai pas tout compris, mais ça m’est égal. J’ai été transportée dans cette atmosphère étouffante des marais, dans la vie de cette petite Mudgirl, une enfant qui n’existe pas, sans acte de naissance, sans prénom certain, abandonnée puis, devenue Mudwoman, qui se laisse gagner par la folie.

Il fallut qu’elle fut retrouvée pour qu’on se rende compte qu’elle avait disparu. 

Le récit est parsemé de références à la boue, dans laquelle M.R. s’enlise, que ce soit physiquement ou pas. Un récit féministe, qui décrit le parcours d’une combattante, une femme incroyablement résiliente, qui revient de loin : des marécages où l’a laissée pour morte, elle parviendra, à force de courage et d’obstination, à devenir la première femme présidente de l’université. C’est aussi un roman sur l’identité : la petite fille inconnue prend plusieurs noms (Jedina, Jewell, Meredith – Merry-, M.R.), et tente de se trouver elle-même.

En parallèle, Oates réussit un portrait de l’Amérique et de ses démons : la guerre en Irak, le terrorisme, le désenchantement politique.

Car ce garçon de vingt ans comprenait – ce que M.R. ne pouvait pas même se permettre d’envisager – qu’à l’ère de l’Internet, à une époque où l’emploi de la force brutale contre un quasi- « ennemi » était présenté à un public crédule comme un événement médiatique, baptisé Choc et Stupeur tel un blockbuster hollywoodien – l’important n’était pas ce qui s’était réellement passé, mais ce qu’on pouvait faire croire s’être passé à un nombre assez considérable de personnes. (…).
Dans les sondages, il semblait établi que les États-Unis combattaient les forces terroristes – les individus mêmes – impliqués dans la catastrophe du 11-Septembre.

Que ce fût ou non un fait historique importait peu, pourvu que la majorité des citoyens américains le croie.

Une dernière citation, qui m’a énormément plu :

Quand tu lis, tu es à l’intérieur du livre- et là, tu es en sécurité.

Un bon pavé américain, foisonnant, fascinant, pas facile à lire mais ô combien intéressant …

“Mudwoman”, Joyce Carol Oates, Points, 2014

La bulle des petits : Roland Léléfan bouquine

Oh la la, le coup de coeur, les amis ! Déjà, la couverture de ce petit album est mauve (ma couleur préférée). Hop, mon oeil est attiré. Je vois un petit éléphant tout choupi et le mot BOUQUINE. Comment passer à côté ?

Je l’ouvre, je fonds, je l’achète.

Pourtant il ne se passe pas grand-chose dans ce livre : c’est simplement Roland Léléfan (je vous ai dit combien il était choupi ?), qui bouquine. Tout le temps. Partout. Il a des livres jusqu’au plafond. Il se plonge dans son livre jusqu’à y disparaître. Il a beaucoup, beaucoup d’imagination, et se rêve capitaine de navire, ou chasseur de dragons.

C’est tout. Mais qu’est-ce que c’est chouette !

Déjà, Roland, je suis fan de sa bouille. On dirait un mini Pomelo (de Benjamin Chaud, un petit éléphant de jardin – quoi, j’ai un problème avec les éléphants ? pas du tout). Il se balade avec son livre (MAUVE), il apprend l’alphabet au petit lecteur, il donne envie de lire (et de l’avoir en peluche – tiens, c’est une idée, un appel à l’éditeur).

Ce petit album est entré par surprise dans mon coeur de maman bibliothécaire-amoureuse des livres-et du mauve-et des éléphants. Mini Louloute l’aime aussi beaucoup (surtout l’alphabet, elle va bientôt apprendre à lire, quel bonheur !).

Je vous laisse avec les images, vous serez conquis.

Oui, Lisette est amoureuse (gros crush commun)



J’aime bien écrire un petit mot dans les livres, petit souvenir …

Roland Léléfan bouquine, Louise Mézel, La Joie de Lire, 2019

Une étincelle de vie, Jodi Picoult

Les lois sont en noir et blanc.

Les vies des femmes se parent de mille nuances de gris.

Je poursuis ma découverte des romans de Jodi Picoult, auteur américaine que j’avais à tort cataloguée “sentimentale” (ne me demandez pas pourquoi). Après “La tristesse des éléphants” et “Mille petits riens”, voici son nouveau livre, qui traite d’un sujet brûlant d’actualité (surtout aux USA), le droit à l’avortement.

Un homme force l’entrée d’une clinique pratiquant l’avortement, et prend les patientes et le personnel en otage. Hugh McElroy, négociateur, est appelé pour parlementer … arrivé sur place il découvre que sa propre fille de 15 ans est l’une des otages, accompagnée au centre par sa tante, la soeur de Hugh. Que font-elles là ? En parallèle, une jeune fille se réveille à l’hôpital après avoir tenté d’avorter, la police à son chevet : dans cet Etat, l’avortement est considéré comme un meurtre et la jeune fille de 17 ans risque donc la prison …

Jodi Picoult signe un roman haletant aux multiples personnages qui font entendre leur voix : le père inquiet, le forcené en colère, l’ado qui n’a pas eu d’autre choix que d’avorter, l’infirmière enceinte, le gynéco harcelé, la militante …

C’est quoi, son crime, au juste ? Elle n’est qu’une ado de dix-sept ans qui ne veut pas devenir mère et, à cause de ça, elle risque de perdre ce qui lui reste d’enfance. (…). Peut-être que s’il y avait moins de lois, pense Beth, elle n’aurait pas été forcée de les enfreindre. Ça a été le parcours du combattant, pour elle, d’essayer de se faire avorter légalement, alors pourquoi est-ce qu’on la punirait d’avoir avorté illégalement ?

Tous ont leur point de vue sur cette question de l’avortement, et il n’est jamais tout à fait noir ou blanc … La prise d’otages est un moyen narratif parfait pour tenir tous ces personnages à huis-clos et faire monter le suspense, comme pour un thriller, tandis qu’ils débattent entre pro-life et pro-choice … Le résultat est passionnant ! Ballotté entre une militante qui déballe ses arguments et une jeune fille qui n’a reçu aucune aide et en est venue à avorter, le lecteur est au milieu des débats et peut se faire sa propre idée.

La particularité du roman est sa construction narrative : l’action est racontée à rebours … Le début du roman est à 17h, et remonte le temps jusqu’au tout début de la journée. S’il est original, ce procédé m’a quelque peu déroutée dans ma lecture : je m’y suis un peu perdue, mais rien de grave, rien qui ne m’empêche de poursuivre avidement ma lecture, fascinée par cette histoire. Jodi Picoult a écrit un roman intelligent, palpitant, mêlant suspense et réflexion, sur ce thème du droit à l’avortement qui est au coeur de notre actualité, et le recul de ce droit, notamment aux Etats Unis, fait peur. La littérature commence à s’emparer de ce sujet, et j’espère que cela pourra faire réfléchir …

N’est-ce pas un monde de dingue, ce monde où le délai d’attente pour se faire avorter est plus long que le délai d’obtention d’une arme ?

“Une étincelle de vie”, Jodi Picoult, A Spark of Light, Actes sud, 2019

Fugitives, Alice Munro

Je ne suis pas une grande fan des nouvelles : trop court, trop frustrant. A peine intéressée par l’histoire, hop c’est déjà fini. Et souvent, la chute déçoit, ou reste ouverte. Mais, durant une formation sur la littérature canadienne, j’ai découvert Alice Munro, qui est tout de même LA reine des nouvelles (Prix Nobel de littérature aussi, rien que ça). La formatrice m’a assurée que Munro était à conseiller même à ceux qui n’aiment pas les nouvelles : que les siennes étaient denses, palpitantes, profondes, avec une vraie chute.

J’étais mordue. De plus, c’est Mai en nouvelles chez Marie-Claude et Electra, mon excuse était toute trouvée ! J’ai donc entamé la lecture d’un des recueils les plus connus de Munro, “Fugitives”. Huit histoires de femmes qui fuient, qui s’échappent, qui disparaissent.

Une particularité : sur les huit, trois nouvelles ont la même héroïne, Juliet, et explorent son histoire un peu plus longuement, comme un “mini roman”. Juliet, jeune femme, rencontre un homme dans un train qui cherche à engager la conversation. Elle le repousse, et cet homme se jette du train un peu plus tard. Est-elle responsable ? A-t-elle dit quelque chose à cet homme qui l’aurait décidé à en finir ? Juliet y rencontre ensuite un autre homme, avec qui elle aura une aventure … Dans la nouvelle suivante, Juliet est plus âgée et a une fille, Penelope, qui disparaît de son plein gré, sans donner de nouvelles à sa mère, pendant plusieurs années. A nouveau, la responsabilité de Juliet est interrogée … Si j’ai dévoré ce livre, et plus particulièrement les trois nouvelles autour de Juliet, je reste néanmoins un peu sur ma faim, contrairement à ce que l’on m’avait promis ! Je suis restée avec des questions sans réponse à la fin malgré tout … et ça, je déteste ! L’écriture de Munro me laisse admirative : dense mais concise, distante mais intime, bref, un Prix Nobel de littérature qui vaut le détour …

J’écris cette chronique une bonne semaine après avoir terminé le livre : sur le moment j’aurais dit avoir beaucoup aimé, mais maintenant je n’en suis plus si sûre. J’ai trouvé que le format des nouvelles était idéal pour la lecture dans les transports en commun : un trajet, une histoire. Mais je ne peux m’empêcher d’être frustrée à la fin, preuve que ce genre n’est vraiment pas mon préféré …

Je retenterai tout de même le coup avec un deuxième recueil, “Rien que la vie”, mais un peu plus tard …

“Fugitives”, Runaway, Alice Munro, Points, 2009

Derniers achats en librairie !

Je peine un peu à rédiger mes deux chroniques en attente, le dernier Jodi Picoult (dévoré) et un recueil d’Alice Munro pour le Mai en nouvelles de chez Marie-Claude et Electra. Du coup, en attendant que ma plume se décoince, rien de mieux qu’un article sur les petits nouveaux qui ont rejoint ma pal immense; mes craquages en librairie, bref, du shopping livresque !

On commence avec un livre que j’ai déjà, bien sûr, et depuis que je suis petite. Mais que voulez-vous, je suis faible, et quand j’ai su qu’une édition collector de “Matilda” sortait pour ses 30 ans, ben j’ai foncé ! Et c’est une merveille ! Un moyen format, cartonné, avec une jaquette magnifique, du papier tout doux, et un dépliant collector avec de nouvelles illustrations de Quentin Blake, sur les métiers que Matilda aurait pu exercer, à 30 ans.

Place aux photos !

Je ne vous montre pas trop le dépliant collector, pour que ayez la curiosité d’aller le voir de plus près … Pour ceux qui, comme moi, ont Matilda dans leur coeur depuis l’enfance, cette édition est indispensable ! Petit bémol : j’aurais adoré avoir les illustrations en couleur, comme dans la version anniversaire en grand format du Bon Gros Géant qui lui, était tout en couleurs. Snif. Mais je pinaille.

Voici le reste :

Toujours influencée par ma formation de ce mois-ci en littérature canadienne qui m’a fait lire Alice Munro, j’ai trouvé chez Pêle-Mêle trois livres notés : les “Neufs contes” (gothiques) et “C’est le coeur qui lâche en dernier” (encore une dystoie d’anticipation !), de Margaret Atwood, ainsi que ‘”L’orangeraie”, de Larry Tremblay, dont j’avais pourtant soufflé à la formation “punaise, ça a l’air affreusement triste”.

J’ai adoré lire “La servante écarlate”, et j’espère être ravie par ces deux autres lectures d’Atwood, dont on dit beaucoup de bien.

J’ai aussi craqué pour “Mudwoman”, de Joyce Carol Oates (oui, je sais, j’ai acheté “Maudits” et je ne l’ai pas encore lu), et pour “La république de l’imagination” (cette couverture !), qui n’est pas un roman mais un texte sur les souvenirs de lecture de l’auteur des grands romans américains, en parallèle avec son parcours d’exilée aux Etats Unis.

Il n’est pas sur la photo de groupe, mais j’ai aussi acheté ce classique américain, qui m’a l’air poignant …

Enfin, j’ai craqué sur la parution en poche du premier roman de Lauren Groff, l’auteur des “Furies”, quasiment les yeux fermés (un monstre dans un lac, un terrible secret, des légendes familiales, que demander de plus ?).

Et me voilà calmée pour un (petit) peu de temps !

Connaissez-vous certains de ces titres ?

La bulle des petits : Le grand voyage (attention, coup de coeur !)

Il était une fois une petite fille, dans un petit village de Grèce, et une jolie robe, que lui avait cousu sa maman.

La petite fille et la robe s’adoraient et ne se quittaient plus : pour jouer, sauter à la corde, aller à l’école, faire du bateau, toujours ensemble. La petite fille rêvait de vivre quelque chose d’extraordinaire, mais la vie au village suivait son cours, rythmée par son quotidien, bien qu’enchantée par sa robe.

Jusqu’au jour du grand voyage : la petite fille et sa famille traversèrent l’océan, la robe précieusement emballée dans une malle. Mais à l’arrivée, la malle fut perdue, et la robe dut continuer son voyage sans la petite fille … Elle fit le tour du monde et vécu bien des aventures … Jusqu’à ce que la petite fille, qui entre-temps était devenue à son tour une maman, ne la retrouve, au hasard d’une vitrine d’un magasins de trésors, et ne la transmette à sa fille …

Quelle beauté que cet album !!! Je l’ai acheté pour ma Mini Louloute, mais c’est moi qui m’en régale le plus : les illustrations sont splendides, à couper le souffle. Les paysages fleuris et lumineux, pleins de petits détails, les personnages adorables et la robe, mon dieu, la robe ! Une merveille, dont le tissu se retrouve dans les deux premières pages entières, comme une toile de fond.

Une histoire belle comme un conte, sur ces objets d’enfance qui nous sont chers, sur la vie, les départs, l’immigration, et la transmission mère-fille. Une petite pépite, autant pour les illustrations que pour l’histoire, que ma fille et moi chérissons depuis son achat !

“Le grand voyage”, The Dress and the Girl , Camille Andros et Julie Morstad, Gallimard jeunesse, 2019

L’amour comme par hasard, Eva Rice

Après ma flopée de déceptions, j’avais besoin d’une lecture-doudou … J’ai donc sorti de ma pal “L”amour comme par hasard”, qui malgré son titre à la Danielle Steel, me semblait prometteur. Banco ! Je l’ai dévoré comme un bonbon acidulé, ce fut une lecture rafraîchissante, confortable, pétillante, bref, un petit bonheur.

Dans l’Angleterre des années 50, la jeune Pénélope rencontre Charlotte, une fille fantasque, qui va l’entraîner dans son monde de soirées mondaines, et la sortir de sa coquille. Elles sont toutes deux folles de Johnnie Ray (ça ne vous dit rien ? moi non plus mais c’était THE chanteur pour midinettes), tandis que le frère de Pénélope ne jure que par cet américain qui débarque dans le paysage du rock, Elvis Presley. La mère de Pénélope est une jeune veuve d’à peine 35 ans, belle comme une star de cinéma, et ils vivent dans un manoir à la Manderley, datant du moyen-âge, hanté et froid comme la mort. Charlotte va apporter toute sa joie de vivre et son côté excentrique à cette vie un peu terne, et Pénélope va se lancer dans une sorte de marivaudage façon années 50, entre rock and roll et thés à l’anglaise.

Les garçons ne valent pas tous les soucis qu’ils nous causent, pensai-je.

Il était bien plus sage de se contenter de lire des romans, dans lesquels ont voit le héros arriver à des kilomètres.

Quelle lecture divertissante ! Je ne trouve pas d’autre mot, et n’y voyez rien de péjoratif. Je me suis installée dans cette histoire comme dans un canapé confortable au coin du feu, ravie de retrouver la pétillante Charlotte, la timide Pénélope, la tante rigolote, la mère façon Adjani, et les beaux jeunes hommes de cette histoire. Je me suis régalée du début à la fin, et si ce ne fut certes pas le roman profond de l’année, c’était tout ce qu’il me fallait pour me remettre en selle après ma série de déceptions.

Je vous le conseille entre deux bouquins déprimants, vous ne résisterez pas à ce bonbon so english.

Dommage pour le titre et la couverture, trop chick lit, ce roman mérite bien mieux !

“L’amour comme par hasard” The lost art of keeping secrets, Eva Rice, Le livre de Poche, 2007, 530 pages

La bulle des petits : La grande fabrique de mots

Un album de chez Alice cette semaine, une maison d’édition belge qui propose toujours des albums et romans jeunesse de qualité, et avec qui j’ai le bonheur de collaborer depuis un petit temps maintenant !

Pour les dix ans d’un de leur album phare, “La grande fabrique de mots”, une réédition est sortie tout récemment, dans un petit format cartonné carré.

C’est une histoire très poétique, qui se déroule dans un pays imaginaire, où les gens ne parlent presque pas … La raison : il leur faut acheter leurs mots, sortis de La Grande Fabrique, et cela coûte très cher … Il faut aussi les avaler, pour pouvoir les prononcer. A moins d’être très riche, pas moyen de parler beaucoup donc …

Ceux qui n’ont pas d’argent fouillent parfois dans les poubelles.

Mais les mots jetés ne sont pas très intéressants : il y a beaucoup de crottes de biques et de fesses de lapins.

Parfois certains mots flottent dans l’air : il faut alors vite les attraper avec son filet ! Le petit Philéas en a recueilli quelques-uns, mais pas assez pour dire tout son amour à la belle Cybelle. Sera-t-elle sensible à ces quelques mots qu’il a gardé au chaud, “cerise”, “chaise”, “poussière” ? Cela suffira-t-il pour lui exprimer ce qu’il ressent ?

Un magnifique conte, qui en dit beaucoup sur l’importance du choix des mots, tout en finesse et délicatesse. Une métaphore poétique, qui peut ouvrir le débat avec les enfants sur les mots importants, les mots “poubelle”, la façon de communiquer les émotions, le tout servi par de superbes illustrations.

Un classique, dont le petit format est bien joli et agréable pour les petites mains !

“La grande fabrique de mots”, Agnès de Lestrade et Valeria Docampo, Alice Jeunesse, 2009 (réédition en petit format 2019)

Pêle-mêle d’abandons/déceptions

Parce que la vie de lectrice, ce n’est pas tous les jours ” Youplaboum-voilà-un-chef-d’oeuvre “, j’ai rassemblé en un article un peu brouillon, un peu fourre-tout, ces dernières lectures d’où je suis sortie mitigée, ou qui m’ont carrément laissée sur le côté …

Ah, Maggie ! Tu m’avais tellement éblouie avec ce coup de coeur immense que fut “I am, I am, I am”, que j’ai voulu tout lire de toi. J’avais déjà adoré trois autres titres (que je compte relire, tiens, je ne m’avoue pas vaincue) : “La disparition d’Esme Lennox”, “Quand tu es parti” et “Cette main qui a pris la mienne”. Je me suis précipitée les yeux fermés sur les romans qui me manquaient … pour en ressortir déçue. Les deux m’ont paru si fades à côté de ce chef d’oeuvre que je venais de quitter (“I am”). J’ai eu un mal fou à m’attacher aux personnages, à m’intéresser aux intrigues. je les ai néanmoins terminés, mais n’en ai pas eu grand chose à dire, donc je ne les ai pas chroniqué.

Bouh.

Il me reste “Assez de bleu dans le ciel”, mais je vais attendre un peu, histoire de digérer ces déceptions …


Une lecture que j’attendais avec impatience, alléchée par le billet de Cuné, mais qui a fait un flop retentissant chez moi : “Personne de disparaît”, de Catherine Lacey. Cette histoire de road trip d’une femme qui plaque tout du jour au lendemain ne m’a absolument pas parlé. Je me suis ennuyée (alors que Cuné avait vendu un livre drôle ! 😉 et rebelote, je ne suis pas attachée à l’héroïne ni trouvé d’intérêt à son voyage.
Sans rancune, Cuné 😉

J’ai carrément abandonné … mais je laisse une chance à Catherine Lacey avec son nouveau roman “Les réponses” .

Dernier flop :

Achat impulsif à la librairie, d’après la promesse de la couverture, d’un “vrai, grand roman américain”. Moui. En fait, bof. Pourtant il y avait un bon pitch : l’histoire de quatre enfants qui, un jour d’été 1969, vont voir une voyante, laquelle leur annonce individuellement la date de leur mort. Gloups. Et qui donc promettait un bouquin intéressant sur la question du destin, du libre arbitre, tout ça …. J’ai quand même lu presque 200 pages avant qu’il me tombe des mains. Pas vraiment qu’il soit mauvais, mais juste … bof. Il ne me passionnait pas plus que ça, et j’avais envie de passer à autre chose.

Le livre nous tombe des mains ? Qu’il tombe.

Daniel Pennac

Après cette kyrielle de flops, j’avais besoin d’un petit remontant. J’ai donc jeté mon dévolu sur “L’amour comme par hasard”, d’Eva Rice, dont j’avais adoré “Freddie Friday”. J’espère me régaler !

Et vous, ça vous arrive aussi les petits coups de mou littéraires, les flops, les abandons ?

“Né d’aucune femme” / “Refaire le monde”

Me voici de retour, après ces belles vacances de Pâques ! Mes petits lecteurs sont à l’école, la maison est à moi (youpie !) et j’ai enfin le temps d’écrire mes billets … Deux minis chroniques pour le prix d’une, en cette rentrée …

On commence avec “Né d’aucune femme”, de Franck Bouysse. Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit partout sur la blogo ? Je ne l’aurais jamais lu sans Bookstagram. A force de le voir partout, et encensé, j’ai fini par craquer pour l’histoire de Rose. Et quelle histoire que celle de cette jeune fille vendue par son père à un quasi psychopathe … J’avais lu que c’était insoutenable, et par moments, ça l’est. Mais, à ma grande surprise, j’ai été moins choquée que prévu. Pourquoi ? parce que c’est trop. c’est too much. Trop de violence, de noirceur, de désespoir pour la pauvre Rose. C’est un conte cruel, avec tous ses archétypes : l’ogre (le psychopathe), la sorcière (sa mère), la pauvre victime (Rose), l’éventuel chevalier sauveur, le château, la chambre interdite, le père miséreux qui vend sa fille, la forêt … C’est tellement un conte plutôt qu’un roman crédible, que j’y ai trouvé une distance qui m’a permis de le lire sans (trop) être heurtée.

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Au moins, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-monstres et tous les autres .

Rose est un magnifique personnage, et sa terrible histoire est digne d’un film d’épouvante. L’écriture de Franck Bouysse est poignante, sensible et poétique. J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman noir, sombre et cruel, et je comprends l’engouement que ce roman a suscité, mais, si je l’ai dévoré, je n’en ferai pas un coup de coeur.

Deuxième mini chronique : “Refaire le monde”, de Julia Glass. Un énorme pavé de 800 pages qui m’a pris toutes les vacances 😉 Après ma lecture en demi-teinte de “Une maison parmi les arbres”, j’avais envie de découvrir un autre titre de l’auteure. Celui-ci est un roman choral foisonnant de personnages, et qui suit leurs vies plus ou moins entremêlées sur plusieurs années, de New-York au Nouveau Mexique, où Greenie, chef pâtissière est engagée. Elle laisse à N-Y son mari Alan, un psy limite dépressif, emmenant leur fils de 4 ans, George. A côté, nous suivons Walter, chef restaurateur gay, dans ses interrogations de couple, et Saga, une jeune femme qui a partiellement perdu la mémoire après un accident. Une histoire où la cuisine tient une grande place (et c’est alléchant), de même que les interrogations de plusieurs couples de longue durée, en crise.

Un couple qui survivait à une liaison était comme une tasse de porcelaine dont l’anse avait été cassée. On pouvait la recoller, mais on verrait toujours la trace de la cassure, et quand on la tiendrait entre ses mains, on ne pourrait jamais avoir la certitude qu’elle ne se recasserait pas exactement au même endroit.

Si j’ai lu ce roman jusqu’au bout avec un certain plaisir, j’y ai néanmoins trouvé beaucoup de longueurs et j’ai allègrement sauté quelques pages. Les personnages sont tous attachants, mais le roman aurait gagné à être raccourci de scènes inutiles. Une lecture à nouveau mitigée donc … Il me reste “Louisa et Clem” dans ma pal, mais ce ne sera pas pour tout de suite …

  • “Né d’aucune femme”, Franck Bouysse, La manufacture de livres, 2019, 333 pages
  • “Refaire le monde”, Julia Glass, j’ai lu, 2009, 830 pages