Le coeur cousu, Carole Martinez

Ceux qui me connaissent un minimum se douteront que j’ai acheté cette (magnifique) édition collector pour sa couleur, son titre poétique, son papier tout fin, son dessin de couverture, mais aussi pour un lointain écho dans ma mémoire de “coup de coeur” sur les blogs.

Entrer dans ce roman, c’est accepter de se laisser emporter loin, en Espagne, dans de touts petits villages des montagnes, et de loucher du côté d’un certain réalisme magique. L’histoire de Frasquita, qui reçoit de sa mère une boîte mystérieuse. La boîte se transmet de fille en fille depuis des générations, et contient le destin de chacune. Pour Frasquita, ce sera la couture.

Maman n’a jamais su écrire qu’à l’aiguille. Chaque ouvrage de sa main portait un mot d’amour inscrit dans l’épaisseur du tissu.

La jeune fille se révèle une prodige de l’aiguille, capable de transformer un morceau de chiffon en une robe féerique. mais ce destin est aussi une malédiction, comme Frasquita le découvrira , tout au long de sa vie mouvementée. C’est par la voix de Soledad, la dernière de ses filles, que son histoire nous est contée. Une histoire de soleil brûlant, d’amour, de mariage, de maternité, une histoire où l’on croise un ogre, une petite fille qui luit, un meunier fantôme, des combats de coqs, des révolutionnaires.

C’est un roman foisonnant, éminemment poétique, aux personnages dignes d’un conte de fées. Empreint de merveilleux, le livre fait partie de ceux qui nous absorbent totalement, que l’on est pressé de retrouver à nos moments de libre. Ces personnages, surtout les féminins, sont dignes d’une grande saga, et, surtout, le style est sublime. Carole Martinez, dont c’était le premier roman, possède une voix, une écriture, superbes et qui m’ont totalement emportée.

Un coup de coeur.

“Le coeur cousu”, Carole Martinez, Folio, 448 pages, 2007

Je ne ferai une bonne épouse pour personne, Nadia Busato

“L’histoire du plus beau suicide”, imaginé à partir de la photographie réelle qui orne la couverture du roman. La mort spectaculaire d’Evelyn McHale, une jeune femme qui s’est jetée du haut de l’Empire State Building, le 01 mai 1947 pour atterrir sur le toit d’une limousine. Un jeune photographe passant par là a immortalisé son corps brisé, ce qui est devenu l’une des photos les plus célèbres du monde, objet de chansons, de poèmes, et de nombreux détournements commerciaux (j’ai même vu un coussin …).

Nadia Busato, sous la forme d’un roman choral qui donne la parole tantôt à la mère d’Evelyn, tantôt à son fiancé, sa soeur, le policier, le journaliste, ou le photographe, tente de percer le mystère entourant la mort de cette jeune femme, dont on ne sait rien, si ce n’est son suicide, et une lettre laissée juste avant de sauter dans le vide :

Je veux que personne ne voie mon corps, pas même ma famille. Faites-le incinérer, détruisez-le. Je vous en supplie : pas de cérémonie, pas de tombe.

Mon fiancé m’a demander de l’épouser en juin prochain. Je pense que je ne ferai une bonne épouse pour personne. Il se portera bien mieux sans moi. Dites à mon père que je ressemble trop à ma mère.

Ecrit avec beaucoup de sensibilité, ce roman tente de percer le mystère d’une mort inexpliquée : une belle jeune femme de 23 ans, fiancée, qui avait la vie devant elle, se jette dans le vide sans aucun signe avant-coureur. Le seul indice réside peut-être dans la dernière phrase de sa lettre : dites à mon père que je ressemble trop à ma mère. Une mère dépressive, qui a quitté sa famille quand Evelyn était encore enfant. Nadia Busato nous dresse le portrait d’une jeune femme très fragile psychologiquement, sujette aux crises d’hystérie, dont le comportement m’a parfois semblé à la limite de la bipolarité. A travers le récit (imaginaire) de ses proches, l’auteure nous fait découvrir les possibles raisons derrière le “plus beau suicide du monde”, dans un texte empathique et sensible.

Si j’ai commencé le livre avec bonheur, je me suis un peu lassée vers la fin du livre, en ayant la sensation de ne pas en apprendre assez sur Evelyn. Certains chapitres m’ont paru trop longs et pas assez centrés sur l’histoire de cette jeune femme, et j’ai refermé le livre avec une certaine frustration : il y a finalement beaucoup de non-dits dans l’histoire et Nadia Busato ne nous livre pas d’explications sur un plateau. C’est au lecteur de se faire sa propre idée sur les raisons du suicide d’Evelyn. L’auteure, au-delà de l’histoire personnelle de la jeune femme, nous dresse un vibrant portrait de l’Amérique, de la crise économique et de la place des femmes dans la société de l’époque.

Je suis restée fascinée par la superbe photo de la couverture, le point de départ du roman, si belle et si tragique que l’on oublie qu’elle représente un cadavre … La jeune femme, les pieds croisés, la main sur son collier de perles, semble endormie et – enfin – apaisée.

Un très bon roman donc, qui n’est pas passé loin du coup de coeur pour moi, mais il m’a manqué un petit je-ne-sais-quoi …

“Je ne ferai une bonne épouse pour personne”, Non saro mai la brava moglie di nessuno, Nadia Busato, Editions de la Table Ronde (Quai Voltaire), 2019, 263 pages

Chnourka, Gaya Wisniewski

C’est la fin de l’hiver, et Tomek et ses amis rentrent de voyage. Ils arrivent chez Chnourka, la petite fille, qui les accueille et les réchauffe avec du thé et des biscuits. Installés au coin du feu, chacun conte le périple et les aventures … Le lendemain, il a neigé, et les amis sont les premiers à déposer leurs empreintes dans la poudreuse …

Maintenant, j’éteins la lanterne, la lune éclaire notre marche.

La neige est encore plus belle ainsi. Elle est tellement blanche qu’elle reflète nos rêves.

Quelle joie ! Le lac gelés, les jeux dans la forêt, le grand air, avant de revenir buller dans la petite maison au chaud … Mais bientôt, Mirko, en manque d’aventures, réclame de sortir. On est pas là pour hiberner ! Les autres ont la flemme, alors il part seul. Il rencontrera un oiseau qui n’ose pas sortir de sa cage ouverte, par crainte du dehors, à qui il fera découvrir la liberté, avant de tomber dans un trou … Comment ses amis pourront-ils venir le sauver, eux qui, blottis dans la chaleur de la petite maison, n’ont pas envie de sortir ?

Un album doux et absolument magnifique visuellement, dans lequel on se blottit, comme dans un cocon. Le texte est poétique, empreint de sensibilité, mais la grande force de l’album réside dans ses illustrations, qui ont un petit côté vintage, et une finesse incroyable. La petite maison dans les bois, la neige, les amis animaux , tout a ce côté réconfortant d’un joli conte d’hiver, à lire et à relire au coin du feu, avec son enfant.

Une très belle découverte !

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Merci aux éditions Memo pour cette petite merveille …

Mudwoman, Joyce Carol Oates

Quel livre étrange et fascinant ! “Meilleur roman étranger 2013”, selon le magazine Lire, on m’a conseillé ce titre parmi l’énorme bibliographie de Oates, pour la découvrir. J’avais déjà lu et aimé “Blonde”, son roman sur la vie de Marilyn Monroe, ainsi que “Les chutes”, et j’ai à nouveau aimé celui-ci.

Abandonnée toute petite par sa mère à moitié folle dans les marais, Mudgirl est sauvée et adoptée par un couple de quakers. Devenue Meredith Neukirchen, M. R. , elle grandit en occultant son sombre passé et devient une femme brillante, première présidente d’université, à la carrière irréprochable. Mais, à l’occasion d’une conférence dans sa région natale, M.R. s’égare en voiture près des marais et est victime d’un mystérieux accident. A partir de là, elle n’est plus elle-même et sa vie se délite, jusqu’à en perdre presque la raison … son passé remonte à la surface et entraîne la chute de sa carrière.

Le Roi des corbeaux avait observé la conduite cruelle de la femme mi-portant mi-traînant une enfant en larmes à travers les marais pour la jeter dans une boue molle et mouvante comme des sables et l’abandonner à la mort dans ce terrible endroit.

Tout est dans l’écriture, chez Joyce Carol Oates. Au-delà du climat assez glauque de ses romans (et celui-ci ne fait pas exception, avec les marais, la mère foldingue, la petite fille effrayée, le tout enrobé des cris du roi des corbeaux qui tournoie autour des marais), au-delà de ça donc, il y a une vraie voix, dans son écriture. C’est confus, plein de phrases en italique, qui sont les pensées de son héroïne, ou d’un narrateur omniscient, on ne sait pas trop. C’est magistral, c’est prenant, c’est sombre et angoissant, et onirique aussi. Poétique, onirique, on ne sait pas trop si on est dans un rêve ou dans la réalité, ni ce qui est vrai ou fantasmé. Le lecteur pourrait être perdu, mais Oates le tient bien en haleine, et, si toutes les questions ne sont pas résolues, elle laisse planer un doute qui nous permet d’inventer notre propre explication. D’habitude, je déteste ça : je veux des réponses, de la rationalité, surtout pas qu’on me laisse dans le brouillard. A la fin de Mudwoman, je n’ai pas tout compris, mais ça m’est égal. J’ai été transportée dans cette atmosphère étouffante des marais, dans la vie de cette petite Mudgirl, une enfant qui n’existe pas, sans acte de naissance, sans prénom certain, abandonnée puis, devenue Mudwoman, qui se laisse gagner par la folie.

Il fallut qu’elle fut retrouvée pour qu’on se rende compte qu’elle avait disparu. 

Le récit est parsemé de références à la boue, dans laquelle M.R. s’enlise, que ce soit physiquement ou pas. Un récit féministe, qui décrit le parcours d’une combattante, une femme incroyablement résiliente, qui revient de loin : des marécages où l’a laissée pour morte, elle parviendra, à force de courage et d’obstination, à devenir la première femme présidente de l’université. C’est aussi un roman sur l’identité : la petite fille inconnue prend plusieurs noms (Jedina, Jewell, Meredith – Merry-, M.R.), et tente de se trouver elle-même.

En parallèle, Oates réussit un portrait de l’Amérique et de ses démons : la guerre en Irak, le terrorisme, le désenchantement politique.

Car ce garçon de vingt ans comprenait – ce que M.R. ne pouvait pas même se permettre d’envisager – qu’à l’ère de l’Internet, à une époque où l’emploi de la force brutale contre un quasi- « ennemi » était présenté à un public crédule comme un événement médiatique, baptisé Choc et Stupeur tel un blockbuster hollywoodien – l’important n’était pas ce qui s’était réellement passé, mais ce qu’on pouvait faire croire s’être passé à un nombre assez considérable de personnes. (…).
Dans les sondages, il semblait établi que les États-Unis combattaient les forces terroristes – les individus mêmes – impliqués dans la catastrophe du 11-Septembre.

Que ce fût ou non un fait historique importait peu, pourvu que la majorité des citoyens américains le croie.

Une dernière citation, qui m’a énormément plu :

Quand tu lis, tu es à l’intérieur du livre- et là, tu es en sécurité.

Un bon pavé américain, foisonnant, fascinant, pas facile à lire mais ô combien intéressant …

“Mudwoman”, Joyce Carol Oates, Points, 2014

La bulle des petits : Roland Léléfan bouquine

Oh la la, le coup de coeur, les amis ! Déjà, la couverture de ce petit album est mauve (ma couleur préférée). Hop, mon oeil est attiré. Je vois un petit éléphant tout choupi et le mot BOUQUINE. Comment passer à côté ?

Je l’ouvre, je fonds, je l’achète.

Pourtant il ne se passe pas grand-chose dans ce livre : c’est simplement Roland Léléfan (je vous ai dit combien il était choupi ?), qui bouquine. Tout le temps. Partout. Il a des livres jusqu’au plafond. Il se plonge dans son livre jusqu’à y disparaître. Il a beaucoup, beaucoup d’imagination, et se rêve capitaine de navire, ou chasseur de dragons.

C’est tout. Mais qu’est-ce que c’est chouette !

Déjà, Roland, je suis fan de sa bouille. On dirait un mini Pomelo (de Benjamin Chaud, un petit éléphant de jardin – quoi, j’ai un problème avec les éléphants ? pas du tout). Il se balade avec son livre (MAUVE), il apprend l’alphabet au petit lecteur, il donne envie de lire (et de l’avoir en peluche – tiens, c’est une idée, un appel à l’éditeur).

Ce petit album est entré par surprise dans mon coeur de maman bibliothécaire-amoureuse des livres-et du mauve-et des éléphants. Mini Louloute l’aime aussi beaucoup (surtout l’alphabet, elle va bientôt apprendre à lire, quel bonheur !).

Je vous laisse avec les images, vous serez conquis.

Oui, Lisette est amoureuse (gros crush commun)



J’aime bien écrire un petit mot dans les livres, petit souvenir …

Roland Léléfan bouquine, Louise Mézel, La Joie de Lire, 2019

Une étincelle de vie, Jodi Picoult

Les lois sont en noir et blanc.

Les vies des femmes se parent de mille nuances de gris.

Je poursuis ma découverte des romans de Jodi Picoult, auteur américaine que j’avais à tort cataloguée “sentimentale” (ne me demandez pas pourquoi). Après “La tristesse des éléphants” et “Mille petits riens”, voici son nouveau livre, qui traite d’un sujet brûlant d’actualité (surtout aux USA), le droit à l’avortement.

Un homme force l’entrée d’une clinique pratiquant l’avortement, et prend les patientes et le personnel en otage. Hugh McElroy, négociateur, est appelé pour parlementer … arrivé sur place il découvre que sa propre fille de 15 ans est l’une des otages, accompagnée au centre par sa tante, la soeur de Hugh. Que font-elles là ? En parallèle, une jeune fille se réveille à l’hôpital après avoir tenté d’avorter, la police à son chevet : dans cet Etat, l’avortement est considéré comme un meurtre et la jeune fille de 17 ans risque donc la prison …

Jodi Picoult signe un roman haletant aux multiples personnages qui font entendre leur voix : le père inquiet, le forcené en colère, l’ado qui n’a pas eu d’autre choix que d’avorter, l’infirmière enceinte, le gynéco harcelé, la militante …

C’est quoi, son crime, au juste ? Elle n’est qu’une ado de dix-sept ans qui ne veut pas devenir mère et, à cause de ça, elle risque de perdre ce qui lui reste d’enfance. (…). Peut-être que s’il y avait moins de lois, pense Beth, elle n’aurait pas été forcée de les enfreindre. Ça a été le parcours du combattant, pour elle, d’essayer de se faire avorter légalement, alors pourquoi est-ce qu’on la punirait d’avoir avorté illégalement ?

Tous ont leur point de vue sur cette question de l’avortement, et il n’est jamais tout à fait noir ou blanc … La prise d’otages est un moyen narratif parfait pour tenir tous ces personnages à huis-clos et faire monter le suspense, comme pour un thriller, tandis qu’ils débattent entre pro-life et pro-choice … Le résultat est passionnant ! Ballotté entre une militante qui déballe ses arguments et une jeune fille qui n’a reçu aucune aide et en est venue à avorter, le lecteur est au milieu des débats et peut se faire sa propre idée.

La particularité du roman est sa construction narrative : l’action est racontée à rebours … Le début du roman est à 17h, et remonte le temps jusqu’au tout début de la journée. S’il est original, ce procédé m’a quelque peu déroutée dans ma lecture : je m’y suis un peu perdue, mais rien de grave, rien qui ne m’empêche de poursuivre avidement ma lecture, fascinée par cette histoire. Jodi Picoult a écrit un roman intelligent, palpitant, mêlant suspense et réflexion, sur ce thème du droit à l’avortement qui est au coeur de notre actualité, et le recul de ce droit, notamment aux Etats Unis, fait peur. La littérature commence à s’emparer de ce sujet, et j’espère que cela pourra faire réfléchir …

N’est-ce pas un monde de dingue, ce monde où le délai d’attente pour se faire avorter est plus long que le délai d’obtention d’une arme ?

“Une étincelle de vie”, Jodi Picoult, A Spark of Light, Actes sud, 2019

Fugitives, Alice Munro

Je ne suis pas une grande fan des nouvelles : trop court, trop frustrant. A peine intéressée par l’histoire, hop c’est déjà fini. Et souvent, la chute déçoit, ou reste ouverte. Mais, durant une formation sur la littérature canadienne, j’ai découvert Alice Munro, qui est tout de même LA reine des nouvelles (Prix Nobel de littérature aussi, rien que ça). La formatrice m’a assurée que Munro était à conseiller même à ceux qui n’aiment pas les nouvelles : que les siennes étaient denses, palpitantes, profondes, avec une vraie chute.

J’étais mordue. De plus, c’est Mai en nouvelles chez Marie-Claude et Electra, mon excuse était toute trouvée ! J’ai donc entamé la lecture d’un des recueils les plus connus de Munro, “Fugitives”. Huit histoires de femmes qui fuient, qui s’échappent, qui disparaissent.

Une particularité : sur les huit, trois nouvelles ont la même héroïne, Juliet, et explorent son histoire un peu plus longuement, comme un “mini roman”. Juliet, jeune femme, rencontre un homme dans un train qui cherche à engager la conversation. Elle le repousse, et cet homme se jette du train un peu plus tard. Est-elle responsable ? A-t-elle dit quelque chose à cet homme qui l’aurait décidé à en finir ? Juliet y rencontre ensuite un autre homme, avec qui elle aura une aventure … Dans la nouvelle suivante, Juliet est plus âgée et a une fille, Penelope, qui disparaît de son plein gré, sans donner de nouvelles à sa mère, pendant plusieurs années. A nouveau, la responsabilité de Juliet est interrogée … Si j’ai dévoré ce livre, et plus particulièrement les trois nouvelles autour de Juliet, je reste néanmoins un peu sur ma faim, contrairement à ce que l’on m’avait promis ! Je suis restée avec des questions sans réponse à la fin malgré tout … et ça, je déteste ! L’écriture de Munro me laisse admirative : dense mais concise, distante mais intime, bref, un Prix Nobel de littérature qui vaut le détour …

J’écris cette chronique une bonne semaine après avoir terminé le livre : sur le moment j’aurais dit avoir beaucoup aimé, mais maintenant je n’en suis plus si sûre. J’ai trouvé que le format des nouvelles était idéal pour la lecture dans les transports en commun : un trajet, une histoire. Mais je ne peux m’empêcher d’être frustrée à la fin, preuve que ce genre n’est vraiment pas mon préféré …

Je retenterai tout de même le coup avec un deuxième recueil, “Rien que la vie”, mais un peu plus tard …

“Fugitives”, Runaway, Alice Munro, Points, 2009

Derniers achats en librairie !

Je peine un peu à rédiger mes deux chroniques en attente, le dernier Jodi Picoult (dévoré) et un recueil d’Alice Munro pour le Mai en nouvelles de chez Marie-Claude et Electra. Du coup, en attendant que ma plume se décoince, rien de mieux qu’un article sur les petits nouveaux qui ont rejoint ma pal immense; mes craquages en librairie, bref, du shopping livresque !

On commence avec un livre que j’ai déjà, bien sûr, et depuis que je suis petite. Mais que voulez-vous, je suis faible, et quand j’ai su qu’une édition collector de “Matilda” sortait pour ses 30 ans, ben j’ai foncé ! Et c’est une merveille ! Un moyen format, cartonné, avec une jaquette magnifique, du papier tout doux, et un dépliant collector avec de nouvelles illustrations de Quentin Blake, sur les métiers que Matilda aurait pu exercer, à 30 ans.

Place aux photos !

Je ne vous montre pas trop le dépliant collector, pour que ayez la curiosité d’aller le voir de plus près … Pour ceux qui, comme moi, ont Matilda dans leur coeur depuis l’enfance, cette édition est indispensable ! Petit bémol : j’aurais adoré avoir les illustrations en couleur, comme dans la version anniversaire en grand format du Bon Gros Géant qui lui, était tout en couleurs. Snif. Mais je pinaille.

Voici le reste :

Toujours influencée par ma formation de ce mois-ci en littérature canadienne qui m’a fait lire Alice Munro, j’ai trouvé chez Pêle-Mêle trois livres notés : les “Neufs contes” (gothiques) et “C’est le coeur qui lâche en dernier” (encore une dystoie d’anticipation !), de Margaret Atwood, ainsi que ‘”L’orangeraie”, de Larry Tremblay, dont j’avais pourtant soufflé à la formation “punaise, ça a l’air affreusement triste”.

J’ai adoré lire “La servante écarlate”, et j’espère être ravie par ces deux autres lectures d’Atwood, dont on dit beaucoup de bien.

J’ai aussi craqué pour “Mudwoman”, de Joyce Carol Oates (oui, je sais, j’ai acheté “Maudits” et je ne l’ai pas encore lu), et pour “La république de l’imagination” (cette couverture !), qui n’est pas un roman mais un texte sur les souvenirs de lecture de l’auteur des grands romans américains, en parallèle avec son parcours d’exilée aux Etats Unis.

Il n’est pas sur la photo de groupe, mais j’ai aussi acheté ce classique américain, qui m’a l’air poignant …

Enfin, j’ai craqué sur la parution en poche du premier roman de Lauren Groff, l’auteur des “Furies”, quasiment les yeux fermés (un monstre dans un lac, un terrible secret, des légendes familiales, que demander de plus ?).

Et me voilà calmée pour un (petit) peu de temps !

Connaissez-vous certains de ces titres ?

La bulle des petits : Le grand voyage (attention, coup de coeur !)

Il était une fois une petite fille, dans un petit village de Grèce, et une jolie robe, que lui avait cousu sa maman.

La petite fille et la robe s’adoraient et ne se quittaient plus : pour jouer, sauter à la corde, aller à l’école, faire du bateau, toujours ensemble. La petite fille rêvait de vivre quelque chose d’extraordinaire, mais la vie au village suivait son cours, rythmée par son quotidien, bien qu’enchantée par sa robe.

Jusqu’au jour du grand voyage : la petite fille et sa famille traversèrent l’océan, la robe précieusement emballée dans une malle. Mais à l’arrivée, la malle fut perdue, et la robe dut continuer son voyage sans la petite fille … Elle fit le tour du monde et vécu bien des aventures … Jusqu’à ce que la petite fille, qui entre-temps était devenue à son tour une maman, ne la retrouve, au hasard d’une vitrine d’un magasins de trésors, et ne la transmette à sa fille …

Quelle beauté que cet album !!! Je l’ai acheté pour ma Mini Louloute, mais c’est moi qui m’en régale le plus : les illustrations sont splendides, à couper le souffle. Les paysages fleuris et lumineux, pleins de petits détails, les personnages adorables et la robe, mon dieu, la robe ! Une merveille, dont le tissu se retrouve dans les deux premières pages entières, comme une toile de fond.

Une histoire belle comme un conte, sur ces objets d’enfance qui nous sont chers, sur la vie, les départs, l’immigration, et la transmission mère-fille. Une petite pépite, autant pour les illustrations que pour l’histoire, que ma fille et moi chérissons depuis son achat !

“Le grand voyage”, The Dress and the Girl , Camille Andros et Julie Morstad, Gallimard jeunesse, 2019

L’amour comme par hasard, Eva Rice

Après ma flopée de déceptions, j’avais besoin d’une lecture-doudou … J’ai donc sorti de ma pal “L”amour comme par hasard”, qui malgré son titre à la Danielle Steel, me semblait prometteur. Banco ! Je l’ai dévoré comme un bonbon acidulé, ce fut une lecture rafraîchissante, confortable, pétillante, bref, un petit bonheur.

Dans l’Angleterre des années 50, la jeune Pénélope rencontre Charlotte, une fille fantasque, qui va l’entraîner dans son monde de soirées mondaines, et la sortir de sa coquille. Elles sont toutes deux folles de Johnnie Ray (ça ne vous dit rien ? moi non plus mais c’était THE chanteur pour midinettes), tandis que le frère de Pénélope ne jure que par cet américain qui débarque dans le paysage du rock, Elvis Presley. La mère de Pénélope est une jeune veuve d’à peine 35 ans, belle comme une star de cinéma, et ils vivent dans un manoir à la Manderley, datant du moyen-âge, hanté et froid comme la mort. Charlotte va apporter toute sa joie de vivre et son côté excentrique à cette vie un peu terne, et Pénélope va se lancer dans une sorte de marivaudage façon années 50, entre rock and roll et thés à l’anglaise.

Les garçons ne valent pas tous les soucis qu’ils nous causent, pensai-je.

Il était bien plus sage de se contenter de lire des romans, dans lesquels ont voit le héros arriver à des kilomètres.

Quelle lecture divertissante ! Je ne trouve pas d’autre mot, et n’y voyez rien de péjoratif. Je me suis installée dans cette histoire comme dans un canapé confortable au coin du feu, ravie de retrouver la pétillante Charlotte, la timide Pénélope, la tante rigolote, la mère façon Adjani, et les beaux jeunes hommes de cette histoire. Je me suis régalée du début à la fin, et si ce ne fut certes pas le roman profond de l’année, c’était tout ce qu’il me fallait pour me remettre en selle après ma série de déceptions.

Je vous le conseille entre deux bouquins déprimants, vous ne résisterez pas à ce bonbon so english.

Dommage pour le titre et la couverture, trop chick lit, ce roman mérite bien mieux !

“L’amour comme par hasard” The lost art of keeping secrets, Eva Rice, Le livre de Poche, 2007, 530 pages