“Né d’aucune femme” / “Refaire le monde”

Me voici de retour, après ces belles vacances de Pâques ! Mes petits lecteurs sont à l’école, la maison est à moi (youpie !) et j’ai enfin le temps d’écrire mes billets … Deux minis chroniques pour le prix d’une, en cette rentrée …

On commence avec “Né d’aucune femme”, de Franck Bouysse. Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit partout sur la blogo ? Je ne l’aurais jamais lu sans Bookstagram. A force de le voir partout, et encensé, j’ai fini par craquer pour l’histoire de Rose. Et quelle histoire que celle de cette jeune fille vendue par son père à un quasi psychopathe … J’avais lu que c’était insoutenable, et par moments, ça l’est. Mais, à ma grande surprise, j’ai été moins choquée que prévu. Pourquoi ? parce que c’est trop. c’est too much. Trop de violence, de noirceur, de désespoir pour la pauvre Rose. C’est un conte cruel, avec tous ses archétypes : l’ogre (le psychopathe), la sorcière (sa mère), la pauvre victime (Rose), l’éventuel chevalier sauveur, le château, la chambre interdite, le père miséreux qui vend sa fille, la forêt … C’est tellement un conte plutôt qu’un roman crédible, que j’y ai trouvé une distance qui m’a permis de le lire sans (trop) être heurtée.

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Au moins, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-monstres et tous les autres .

Rose est un magnifique personnage, et sa terrible histoire est digne d’un film d’épouvante. L’écriture de Franck Bouysse est poignante, sensible et poétique. J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman noir, sombre et cruel, et je comprends l’engouement que ce roman a suscité, mais, si je l’ai dévoré, je n’en ferai pas un coup de coeur.

Deuxième mini chronique : “Refaire le monde”, de Julia Glass. Un énorme pavé de 800 pages qui m’a pris toutes les vacances 😉 Après ma lecture en demi-teinte de “Une maison parmi les arbres”, j’avais envie de découvrir un autre titre de l’auteure. Celui-ci est un roman choral foisonnant de personnages, et qui suit leurs vies plus ou moins entremêlées sur plusieurs années, de New-York au Nouveau Mexique, où Greenie, chef pâtissière est engagée. Elle laisse à N-Y son mari Alan, un psy limite dépressif, emmenant leur fils de 4 ans, George. A côté, nous suivons Walter, chef restaurateur gay, dans ses interrogations de couple, et Saga, une jeune femme qui a partiellement perdu la mémoire après un accident. Une histoire où la cuisine tient une grande place (et c’est alléchant), de même que les interrogations de plusieurs couples de longue durée, en crise.

Un couple qui survivait à une liaison était comme une tasse de porcelaine dont l’anse avait été cassée. On pouvait la recoller, mais on verrait toujours la trace de la cassure, et quand on la tiendrait entre ses mains, on ne pourrait jamais avoir la certitude qu’elle ne se recasserait pas exactement au même endroit.

Si j’ai lu ce roman jusqu’au bout avec un certain plaisir, j’y ai néanmoins trouvé beaucoup de longueurs et j’ai allègrement sauté quelques pages. Les personnages sont tous attachants, mais le roman aurait gagné à être raccourci de scènes inutiles. Une lecture à nouveau mitigée donc … Il me reste “Louisa et Clem” dans ma pal, mais ce ne sera pas pour tout de suite …

  • “Né d’aucune femme”, Franck Bouysse, La manufacture de livres, 2019, 333 pages
  • “Refaire le monde”, Julia Glass, j’ai lu, 2009, 830 pages

La bulle des petits : “Le sais-tu ?” / “Paul et Antoinette”

Deux petites merveilles à vous partager, pour cette semaine de vacances, et avant mon départ demain pour la mer (du Nord, hein , ne rêvons pas trop de chaleur).

On commence par “Le sais-tu ? que tu ne dois pas tout savoir”, écrit par Mylène Vigneault et illustré par Maud Roegiers, dont j’adore le travail (et qui a dessiné le joli logo hibou de mon blog !).

Un album tout en douceur et poésie, où l’on dresse la liste de tout ce que l’enfant a le droit de savoir …. ou pas. Magnifiquement servi par les illustrations de Maud Roegiers, l’album fait le tour des injonctions qu’on a tendance à (trop) donner aux enfants, pour doucement le recentrer sur l’essentiel : être lui, être heureux, se faire confiance … et profiter de la vie … Un livre indispensable, porteur d’un très beau message !

On poursuit avec “Paul et Antoinette”, de Kerascoët, publié aux éditions de la Pastèque (coucou le Québec !). Paul et Antoinette sont frères et soeurs et vivent ensemble (intervention de mon Grand lecteur : “c’est trop bizarre” – soit). Paul aime l’ordre, la propreté, le calme, la solitude, lire tranquillou, bref, il est cosy. Antoinette fait des crasses partout où elle passe, adore jouer dehors, bouger, expérimenter (genre lécher un escargot – regard outré de mon Grand). Antoinette bouscule un peu Paul, le pousse à sortir de sa zone de confort, et si ça ennuie Paul au début, il finit par être bien content … Une chouette histoire sur des tempéraments fort différents, qui arrivent pourtant à vivre en harmonie, chacun apportant à l’autre un peu plus qui lui manquait … Les illustrations sont fraîches et colorées. Un petit coup de coeur familial (surtout l’épisode de léchage d’escargot, qui a déclenché son lot de beeeeeeeerk !).

Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’écrire mon billet sur “Né d’aucune femme” (terrible !) et les deux romans de Maggie O’Farrell lus (un chouïa moins bien), ce sera donc pour mon retour de vacances (le teasing de fou).

“Le sais-tu ? Que tu ne dois pas tout savoir”, Mylène Vigneault et Maud Roegiers, Alice jeunesse, 2018

“Paul et Antoinette”, Kerascoët, La Pastèque, 2016

Portrait de lectrice de A à Z

Vu chez Marie-Claude et Cuné (entre autres !), un tag bien sympa à lire et à écrire, je me lance !

A pour « auteur » : l’auteur(e) dont tu as le plus de livres

Incontestablement, je dirais ma bien–aimée Kate Atkinson, puisque j’ai lu toute son oeuvre … Et puis Laura Kasischke, dont j’ai tout lu sauf sa poésie.

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En plus, elle a de beaux foulards, Kate

B pour « best » : la meilleure suite de série

“Harry Potter”, je pense. On a encore rien écrit de mieux, dans le genre série addictive !

C pour « current » : ta lecture en cours

“La distance entre nous”, de Maggie O’Farrell. Depuis mon choc littéraire de “I am, I am, I am”, j’ai décidé de dévorer ses livres pas encore lus … J’avais déjà dans ma bibliothèque “Quand tu étais parti”, “L’étrange disparition d’Esme Lennox”, et “Cette main qui a pris la mienne”. “En cas de forte chaleur” ne m’a pas fait grande impression, je ne l’ai pas chroniqué, par contre .

D pour « drink » : la boisson qui accompagne tes lectures

Je ne pense pas vraiment à boire quand je lis, je suis plutôt grignotage de salé : noix de cajou, chips, … c’est mal, oui je sais. Si je devais boire, je choisirais un petit verre de blanc (faisons les choses à fond !).

E pour « e-book » : e-book ou roman papier

PAPIER ad vitam eternam. Il ne faut pas me parler de e-book, de liseuse, de lire sur écran. C’est NIET. C’est mon côté bibliothécaire vieillotte.

F pour « fictif » : un personnage fictif avec qui tu serais sortie au lycée

Darcy, of course, et si possible sous les traits de Colin Firth … Sinon, ado, j’étais amoureuse de Jamie Fraser, de la saga “Outlander”, lue bien avant qu’on en fasse une série télé. Je dois dire qu’ils ont bien choisi l’acteur d’ailleurs 😉

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Roooooooh

G pour « glade » : un roman auquel tu es contente d’avoir laissé une chance :

Bouh, je ne trouve pas …

H pour « hidden » : un roman que tu considères comme un joyau caché

Caché je ne sais pas, mais pas archi connu : je dirais “Un tout petit rien”, de Camille Anseaume, pépite de sensibilité.

I pour « important » : un moment important dans ta vie de lectrice

La découverte de la blogosphère littéraire, il y a une dizaine d’années. Tout d’un coup, je pouvais partager mes lectures, lire des avis, piocher mille idées de livres à lire ! le bonheur !

J pour « juste » : le livre que tu viens juste de finir

“Né d’aucune femme”, de Franck Bouysse, que j’ai fini par lire après tout le monde. Mon avis sera pour cette semaine, mais j’ai survécu à toute cette (belle) noirceur.

K pour « kind » : le genre de roman que tu ne liras jamais

La S-F, la Fantasy et l’horreur, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé.

L pour « long » : le plus long roman que tu aies jamais lu

Oh, la colle … Je dirais “Les misérables”, de Victor Hugo, que j’adore … (Céline, on avait dit qu’on allait le relire, tu te souviens ?! C’est sans compter toutes les nouveautés attirantes, pfff).

M pour « major » : le livre qui t’a causé le plus gros « hangover »

Si je comprends bien le terme, il s’agit de se remettre d’une lecture … il y en a plein, des livres adorés, et qui me font dire “que lire après ça ?” ! Mais je pense à “D’après une histoire vraie” de Delphine de Vigan, qui m’avait complètement chamboulée : autant pour l’intrigue, addictive, que pour le sujet du vrai/faux. J’y ai repensé pendants des semaines après ma lecture, à tenter de démêler tout ça …

N pour « nombre » : le nombre de bibliothèques que tu possèdes

J’ai la chance d’avoir “une chambre à moi”, comme dit Virginia Woolf, et elle contient mes trois bibliothèques …

La bien rangée 1


La bien rangée 2
Le bordel avec ma PAL

O pour « one » : un roman que tu as lu plusieurs fois

Les romans de Kate Atkinson. “L’histoire de l’amour”, de Nicole Krauss. “Les misérables” d’Hugo. Certains de Jacqueline Harpman et d’Amélie Nothomb (les meilleurs !). J’aimerais relire plus souvent, mais je suis trop tentée par les nouveautés pour en prendre le temps …

P pour « préféré » : ton endroit préféré pour lire

Je copie Cuné :
” je suis une LTT de compétition (Lectrice Tous Terrains) “. Sinon, je lis beaucoup dans le train vers le boulot (comme ça je n’entends plus les conversations des autres, ouf). Sinon, je lis au lit, ou dans ma véranda (la classe !).

Q pour « quote » : une citation des livres que tu as lu qui t’inspire ou te fait ressentir plein d’émotions

“Les personnes qui nous enseignent quelque chose gardent une place particulièrement vive dans nos souvenirs. Je n’étais mère que depuis dix minutes lorsque j’ai rencontré cet homme, mais il m’a appris, par un simple geste, l’une des choses les plus importantes sur le rôle de parent : qu’il faut de la gentillesse, de l’intuition, du toucher, et que, parfois, il n’y a même pas besoin de mots”. – Maggie O’Farrell, “I am, I am, I am”

Maggie O’Farrell

R pour « regret » : un regret de lecture

Bof, je n’en vois pas …

S pour série : une série que tu as commencée mais jamais finie

(et dont tous les tomes sont sortis)

“Outlander”, de Diana Gabaldon (voir Jamie Fraser plus haut). J’ai dévoré/adoré cette série de romans à l’adolescence, pas mal écrite, haute en couleurs et très addictive. J’ai lu cinq tomes, je crois puis je me suis lassée ( elle en a pondu 8 !).

T pour « trois » : trois de tes livres préférés de tous les temps

“Matilda”, de Roald Dahl, “L’histoire de l’amour”, de Nicole Krauss , et un qui vient à peine d’entrer dans mon top 3 , encore “I am, I am, I am”, de Maggie O’Farrell …

U pour « unapology » : quelque chose dont tu es fan sans aucun remord

Quelques-uns des bouquins chick litt de Sophie Kinsella ! J’ai un faible pour “Les petits secrets d’Emma” et “Confessions d’une accro au shopping”, que je relis quand je n’ai pas le moral !

V pour « very » : un livre dont tu attends la sortie avec une grande impatience

Le prochain roman de Kate Atkinson (je vous barbe, hein ?). Avec son dernier, Kate m’a déçue pour la première fois et j’ai hâte d’oublier ça, surtout que le prochain verra le retour du détective Jackson Brodie !

W pour « worst » : ta pire habitude livresque

Je corne les pages pour retrouver les passages qui m’ont marquée, et je l’assume et le revendique. Je trouve que ça donne une âme au livre, de pouvoir marquer ce qui m’a donné de l’émotion … Mais je sais que pour certains c’est un sacrilège 😉

X pour « x » : commence à compter à gauche en haut de ton étagère la plus proche et prends le 27ème livre

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Il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, celui-là

Y pour « your » : ton dernier livre acheté

Y en a un petit paquet, lors d’une virée en librairie !

Craquage en librairie !

Z pour « Zzz » : le dernier livre qui t’as tenue éveillée bien trop tard dans la nuit

Je me souviens de ne pas avoir pu m’endormir avant de terminer “Miniaturiste”, de Jessie Burton !

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Ouf, fini, il prend du temps ce tag …

J’espère que mes réponses vous ont plu 😉

A nous regarder, ils s’habitueront, Elsa Flageul

Vincent et Alice, un jeune couple heureux, attendent un enfant. La grossesse se passe bien, jusqu’au jour où Alice perd les eaux, beaucoup trop tôt. Le bébé naît prématuré, à seulement 7 mois. En un clin d’oeil, Alice et Vincent passent de l’autre côté, celui du malheur, du danger, de l’inquiétude, de la mort peut-être.

Alternant le récit entre le journal d’Alice et un point de vue extérieur, Elsa Flageul nous plonge en apnée dans cette histoire oppressante. En tant que maman, ce livre se lira avec un pincement au coeur particulier, celui du “et si ça avait été nous ?”.

C’est imperceptible la peur, un bruissement, un silence. (…). C’est encore plus imperceptible le soulagement de tous ces gentils couples que nous étions encore il y a quelques jours, nous étions si mignons n’est-ce pas, qui se rassurent et se consolent, à eux ça n’arrivera pas, ils ont vu une sage-femme, un médecin, il sont fait des examens et tout ira bien.

Nous quittons la maternité par la petite porte, celle des urgences, comme des voleurs, la tête basse, pour ne pas sentir, pour ne pas voir ces regards qui semblent vouloir dire : surtout ne jamais être à votre place.

Elsa Flageul nous raconte la couveuse, le qui-vive, l’attention extrême portée sur cette minuscule poitrine qui se gonflent d’air, et la sensation d’être une mère qui n’est pas arrivée à mettre correctement au monde son enfant, elle nous plonge dans cette naissance catastrophique, où l’enfant est sur le fil de la vie, où le couple de parents est déboussolé, isolé des autres et de leur compassion. Alice n’en peut plus, des anecdotes sur “Untel qui est né prématuré mais maintenant tout va bien”, pour elle rien d’autre n’existe que César, son bébé, son unique, son cas particulier. Les autres, elle s’en fout, elle ne veut pas en entendre parler. Doucement, Alice sombre. Cette maternité n’est pas celle dont elle avait rêvé, tout est si difficile, inquiétant, ça la ronge, ça ronge leur couple.

Un roman prenant, que j’ai dévoré en quelques jours, mon coeur de mère serré. Impossible de ne pas être touchée par cette histoire, sublimée par l’écriture d’Elsa Flageul, qui nous plonge dans une sorte de huis-clos : l’hôpital, les pédiatres touts-puissants (si Dieu existe, c’est un pédiatre, pense Alice), le monde étouffant de la néonat’, puis le silence d’Alice, qui passe ses journées seule face à César, et qui coule petit à petit au fond de sa mélancolie …

Une réussite littéraire et un roman important, sur ce thème difficile de la prématurité …

“A nous regarder, ils s’habitueront, Elsa Flageul, Julliard, 2019, 183 pages

Craquage en librairie !

Hier, dimanche, j’étais au Paradis. Un endroit immense, un labyrinthe de livres … je m’y suis perdue, engloutie par les rayons kilométriques de bouquins, à ne pas savoir où donner de la tête.

“Oh, ce livre ! Non, celui-là ! Oh, un marque-page ! Un carnet ! ah non, je suis interdite de carnet, j’en ai trop. Oh, le rayon jeunesse !”.

Bref, j’aurais pu y planter ma tente et n’en sortir qu’au bout de trois jours entiers. Au détour d’un rayon, voilà une autre pièce cachée, toute autant remplie de merveilles, et encore une autre, mais où est la sortie ? Une véritable caverne d’Ali Baba. Bref, j’ai passé une heure à la librairie Filigranes, à Bruxelles, “la plus grande librairie de plain pied du monde”, dixit leur site.

Une infime partie du Paradis des lecteurs

Et bien sûr, je n’en suis pas sortie indemne les mains vides… Je vous montre tout ça ! J’ai trouvé tout ce que je voulais et même plus … Commençons par la littérature …

Les craquages pour maman

J’ai résisté quelques temps à ce livre, “Né d’aucune femme”, de Franck Bouysse. Trop sombre, trop noir, trop glauque, sans doute pour moi. Et puis, j’en ai lu quelques 50 000 avis positifs (que dis-je, dithyrambiques), et zéro négatif. Pas même un avis un peu mou du genou, pas trop emballé. Une ovation littéraire. Et puis ce bandeau ! Pourtant, je SAIS que le bandeau est mon ennemi, qu’il me vend du rêve, c’est son job. Mais tout de même, ne passerais-je pas à côté d’un chef-d’oeuvre, juste pour snober ? Donc, j’ai craqué, ma bonne dame. Et oui, l’accro aux livres est faible.

J’ai ensuite embarqué le roman de Maggie O’Farrell qui me manquait, “La distance entre nous”, parce que depuis “I am, I am, I am”, j’ai décidé que je lirais tout d’elle. TOUT. Point. Ah, j’ai ajouté à la photo “Assez de bleu dans le ciel”, même si c’est triché, je l’ai eu d’occasion (hé hé).

Après ce craquage adulte, hop, j’ai filé au rayon jeunesse, à la recherche d’un album vu sur Instagram . Et bien, sûr, il y était, au Paradis.

Quelles beautés !

L’histoire d’une robe fleurie, qui passe de mère en fille, jusqu’à sa perte. La robe fera le tour du monde, un grand voyage. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant, mais qu’est-ce que c’est BEAU ! Remarquez, juste à côté, des jolis marques pages criaient mon nom, les pauvres, je n’allais pas les laisser là. Voilà donc une lecture pour ma Mini Louloute et moi.

Pour mon Grand Lecteur, je traînais comme une âme en peine au rayon BD (c’est pas mon truc), mais mon coeur penchait vers ces deux petits romans … Que j’ai finalement emportés, et tant pis si il est encore un peu jeune … Ce sera pour plus tard, au pire ! Il me les fallait !

Hiiiiiiiii !

Pour “La tribu des Zippoli”, c’est la faute de Jérôme (allez lire son billet et tentez de ne pas acheter ce bouquin – même pour vous). J’ai lu la première page, rigolé, et hop, j’étais ferrée. C’est donc l’histoire d’un livre magique, dont le contenu change en fonction celui qui le lit (quel pitch !).

Je veux la suite

Dernier craquage, “L’impossible madame Bébé”, officiellement pour mes enfants, officieusement parce que c’est tout à fait le style de livres que j’aurais voulu lire petite !

Je suis ressortie du Paradis de la librairie avec des étoiles plein les yeux, les bras remplis de merveilles, impatiente de lire tout ça. Voilà donc comment un dimanche bien tranquillou s’est transformée en voyage paradisiaque.

Alors, je vous ai donné envie, hein ?

La bulle des petits :”Pombo courage”

Suite à mon billet sur les adorables “Truffe et Machin“, l’auteur Emile Cucherousset a eu la gentillesse de m’envoyer son nouveau petit roman à paraître, “Pombo courage”, illustré par Clémence Paldacci.

Pombo est un ours bien paresseux. il n’aime rien tant que traîner en pantoufles, manger et puis piquer un roupillon bien mérité. Il est aussi froussard, et quand son voisin Java lui demande son aide pour construire une cabane dans les arbres, Pombo n’a que des objections : c’est trop compliqué ! Trop difficile ! Trop fatiguant ! Et puis, il est fou ce Java, on pourrait bien se casser la figure … Mais Java insiste, il rêve d’un abri d’où il pourrait voir le lointain, et a besoin d’aide. Bon gré, mal gré, Pombo va se lancer dans la construction … un petit peu, avant de retourner dormir bien à labri dans sa cabane. Mais un orage gronde, et Java se retrouve en danger …

“Pombo courage” est un court petit roman qui fait mouche à tous points de vue : les deux ours sont très attachants, l’histoire simple mais efficace, et les thèmes abordés sont importants. L’amitié, l’entraide, la valeur du travail, mais aussi le courage et le dépassement de soi ressortent de cette histoire toute en douceur, magnifiquement illustrée par Clémence Paldacci.

Une histoire où deux ours complètements différents vont devoir s’entendre autour d’un projet commun : une cabane à réaliser. Et où un pantouflard un brin peureux va se découvrir courageux, face au danger.

A mettre entre toutes les petites menottes de 8 ans et plus !

Un tout grand merci à Emile Cucherousset et à Chloé Mary, des éditions MeMo !

“Pombo courage”, Emile Cucherousset et Clémence Paldacci, MeMo (Polynies), 2019, 48 pages

Mistral perdu ou les événements, Isabelle Monnin

Dans ce livre, Isabelle Monnin (“Les gens dans l’enveloppe“), nous parle de sa soeur et de leur enfance, adolescence, puis âge adulte. “Nous sommes deux” répète-t-elle, comme un mantra. Elle conte les jeux, les petits riens, les rires, la complicité, de cette enfance banale, quelque part en France. Jusqu’au drame, où, soudainement, Isabelle ne sera plus qu’une.

C’est comme une petite musique ce livre, où l’on peut énormément se retrouver. Bercée par les chansons d’un certain Renaud, la vie d’Isabelle passe doucement, avec toujours, en toile de fond, “les événements” (politiques surtout, mais aussi sociaux). Les débuts dans l’âge adulte, les études, la maternité, mais aussi le chagrin incommensurable, le deuil, les attentats.

Je suis le 11 septembre autant que la seconde où elle est morte.

Je suis tous mes événements.

Isabelle Monnin, d’une écriture mélancolique, nous raconte une vie française, une vie banale, avec une soeur comme une âme-soeur, des parents, des copines, la vie à l’école, les chansons qui sont la bande son de la vie, l’ennui, l’attente de quelque chose.

Il devait y avoir Michel Drucker puisqu’il y a toujours Michel Drucker, sans que personne ne nous dise à cet instant que Michel Drucker sera comme l’école, le centre commercial, la salle des fêtes, un espace invariant de nos vies, un endroit où échoueront tous nos weekends si nous n’y prenons garde.

Je suis sortie de cette lecture avec deux sentiments ambivalents : je me suis retrouvée dans les sensations d’enfance, d ‘adolescence, dans cette vie tranquille, bercée de rires et de musique. J’ai été touchée par les mots de l’auteure sur le deuil, la perte. Mais, je me suis aussi sentie complètement à côté en lisant les nombreux passages où elle parle de politique française, d’hommes de droite ou de gauche, d’événements qui, à moi petite Belge née dans les années 80, ne me parlaient pas du tout. Bien sûr, elle évoque aussi le 11 septembre, les attentats plus récents, mais toute la partie plus politique et sociale de son enfance m’a laissée de côté.

Mais, un tel paragraphe est universel, n’est-ce pas ? :

Tous les adolescents connaissent la géographie du car scolaire : ne s’assied pas au fond n’importe qui. Les cinq ou six places de la dernière rangée sont réservées aux seigneurs de cette petite société, les garçons crâneurs et les filles à la mode. Plus on se rapproche du chauffeur, plus on descend dans la hiérarchie collégienne.

Les premiers rangs sont occupés par les sixièmes, accrochés à leur cartable, ou par ceux qui, blêmes de honte, ont le mal des transports. Le reste des travées est, dans mon souvenir, un alignement de blousons muets, mauvaises coupes, mauvaises couleurs, figés dans la peur aphone qu’un des caïds de l’arrière leur frappe le crâne en passant, ou pire : arrache leur bonnet dans un ricanement.


Passer inaperçue est la solution.

Je retiens la sensibilité d’écriture, et quelques passages magnifiques sur l’enfance … Une lecture en demi-teinte donc, qui m’a touchée, mais moins que prévu …

“Mistral perdu ou les événements”, Isabelle Monnin, Le livre de poche, 2017

I am, I am, I am, Maggie O’Farrell

Comment écrire une chronique à peu près intelligente après un coup de coeur pareil ? Après cette claque littéraire, ce choc, cette Grande Lecture, ce livre important, qui fera date dans mon parcours de lectrice ? Les mots me manquent.

Ce livre n’est pas un roman. Maggie O’Farrell nos y raconte, en chapitres plus ou moins longs, ses dix-sept rencontres avec la mort. Chaque début de chapitre est illustré par une planche anatomique de l’organe qui aurait pu la faire basculer de l’autre côté. Dix-sept fois, dans sa vie, Maggie O’Farrell a ressuscité. Cela semble énorme, mais si on y réfléchit, on a tous été frôlés par une voiture, ou failli prendre un chemin/avion/ou autre qui comportait un danger de mort.

Elle a croisé le chemin d’un meurtrier, failli se noyer, contracté une dangereuse bactérie, une encéphalite, a subi une césarienne catastrophique, et bien d’autres choses … Elle nous les raconte sans pathos ni mièvrerie, d’une écriture percutante, et dès le premier chapitre, on est pris, impossible de reposer le livre.

Frôler la mort n’a rien d’unique, rien de particulier. Ce genre d’expérience n’est pas rare; tout le monde, je pense, l’a déjà vécu à un moment ou à un autre, peut-être sans même le savoir. (…). Prendre conscience de ces moments vous abîme. Vous pouvez toujours essayer de les oublier, leur tourner le dos, les ignorer : que vous le vouliez ou non, ils vous ont infiltré et se logeront en vous pour faire partie de ce que vous êtes, comme une prothèse dans les artères ou des broches qui maintiennent un os cassé.

Je voudrais retranscrire ici tant de passages qui m’ont marquée : impossible. Je n’ai jamais corné tant de pages. Parfois j’aurais voulu marquer aussi le verso de celle que je venais de corner (oui, je corne mes livres, ça les rend vivants, témoins de ce qui m’a touché dans le texte, vraiment “miens”).

Mon exemplaire, bien vivant donc

La maladie, le couple, l’adolescence, l’enfance, l’hôpital, les accouchements, tout dans ce livre m’a parlé. J’ai véritablement redécouvert l’auteure avec ce livre, alors que j’avais déjà lu -et adoré- certains de ses romans (“Quand tu es parti”, “Cette main qui a pris la mienne”, où je me rappelle avoir sangloté comme une perdue). Chaque chapitre de ce livre est marquant, touchant, et à partir de ses expériences ultra personnelles si près de la mort, Maggie O’Farrell nous enseigne la vie.

Savoir que j’avais la chance d’être en vie, que cette vie pouvait m’être retirée à tout moment, a biaisé ma vision. Après la maladie, je considérais ma vie comme un bonus, un extra, une prime – qui me donnait le droit d’en faire ce que je voulais. Non seulement j’avais échappé à la mort, mais j’avais également déjoué mon sort d’handicapée à vie. Qu’aurais-je pu faire de mon indépendance, de ma faculté de me mouvoir, à part les exploiter à fond ? (…)

Cette insouciance a pris fin à l’instant où je suis devenue mère (…). Quand vous donnez la vie, vous vous exposez au danger, à la peur. Au moment où j’ai tenu mon enfant contre moi, j’ai pris conscience de ma vulnérabilité : j’ai eu peur de la mort, pour la première fois. je ne savais que trop bien à quel point la membrane qui nous en sépare est fine, à quel point il est facile de la perforer.

Un livre incontournable, indispensable, qui nous tient en haleine comme un polar, tout en nous retournant les tripes et le coeur, et en nous faisant réfléchir sur nos vies. Plus moyen, en le refermant, de râler sur un retard de train, une petite contrariété. Il faut savourer la vie, qui peut s’arrêter à chaque instant. Le titre est emprunté à ces vers de Sylvia Plath : “I took a deep breath and listened to the old brag of my heart. I am, I am, I am.”

Un livre INDISPENSABLE, le plus gros coup de coeur que j’ai eu ces derniers mois, que je me suis empressée d’offrir à ma Best Book Friend Céline (que j’ai hâte de lire son avis !). Mention spéciale à la traduction impeccable de Sarah Tardy, qui a su retranscrire en français la force de ce texte.

“I am, I am, I am”, seventeen brushes with death, Maggie O’Farrell, Belfond, 2019, 251 pages

La bulle des petits: “Grand loup et Petit loup”/ “Bertille Bonnepoire a le cafard”

Troisième rendez-vous des petits lecteurs ! Avec les miens en vacances la semaine dernière, j’ai zappé l’article parce que c’était déjà du boulot de les gérer 😉

Cette semaine, deux petite pépites, et on commence avec “Bertille Bonnepoire a le cafard”, de notre Magali Le Huche adorée (maman de “Jean-Michel” et de bien d’autres albums merveilleux”). Bertille broie du noir, donc. Elle se trouve moche, grosse, elle n’a pas faim, n’a envie de rien, bref la déprime. Elle en délaisse même ses jolies fleurs sur le balcon, ce qui inquiète Monsieur Edmond, son voisin. Avec son chien Champion, celui-ci va concocter un stratagème pour entrer chez Bertille et voir un peu ce qu’il se passe. Et, qui sait, peut-être saura-t-il lui rendre le sourire ? Le dessin est, comme toujours, pétillant, et l’histoire autour des thèmes pas très folichons de la solitude et de la déprime réussit à nous donner du baume au coeur. Une réussite !

“Bertille Bonnepoire a le cafard”, Magali le Huche, Gallimard jeunesse (coll. L’heure des histoires), 2017, 4.90 €

Mais non, Bertille, tu n’es pas grosse, enfin !

Deuxième petit coup de coeur : “Grand loup et petit loup : la petite feuille qui ne tombait pas”. Où Petit loup tombe en amour avec une petite feuille dorée, bien haute sur un arbre. Alors, il demande à Grand loup d’aller la lui chercher (évidement). Mais Grand loup a un peu la flemme, alors il répond “attends, elle va tomber toute seule !”. Mais non. Et les saisons passent. Petit loup finit par tristement abandonner. Est-ce que ça vaut la peine d’aller la chercher, cette petite feuille ? Mais Grand loup n’a pas dit son dernier mot (et rien ne vaut la bouille heureuse de Petit loup, d’abord).

Une merveille de tendresse et de poésie, d’amour, d’amitié, de patience, de courage, bref, on l’adore à la maison !

“Grand loup et petit loup : la petite feuille qui ne tombait pas”, Nadine Brun-Cosme et Olivier Tallec, Les histoires du Père Castor, 5.50 €

Allez, Petit loup, sois patient, quoi

Les gratitudes, Delphine de Vigan

Bon, me revoilà victime de la célèbre loi du “si j’en attends trop, je serai déçue” … Attention, cet article risque de différer un peu des autres, dithyrambiques, qui fleurissent déjà sur la Toile. Ne vous méprenez pas : j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, que j’ai trouvé bien écrit et assez touchant mais … sans plus. Or, Delphine de Vigan étant une des auteures préférées, j’ai des attentes immenses pour ses livres …

Damned ! Il m’a manqué un petit quelque chose de plus profond, et je m’étonne de lire ici ou là que c’est “le meilleur livre de Delphine de Vigan” car, pour moi, ses meilleurs restent “Rien ne s’oppose à la nuit” et “D’après une histoire vraie”, qui, l’un comme l’autre, m’avaient retournée émotionnellement et éblouie par leur construction.

Ce nouveau roman est tout à fait dans la continuité des “Loyautés” : court, bien écrit, profondément humain. Mais là où ce dernier m’avait beaucoup touchée, je suis restée un peu en-dehors de ces “Gratitudes” …

Michka, vieille dame en maison de repos, souffre d’aphasie : elle perd ses mots, les confond, les remplace par d’autres … Jérôme est l’orthophoniste qui la suit, et il se prend d’affection pour cette belle âme … Sans oublier Marie, que Michka a pratiquement élevée, qui lui rend visite. C’est un roman sur “les gratitudes”, ce que l’on doit aux autres. Marie, que la veille dame a pris sous son aile, petite. Michka, qui a été recueillie pendant la guerre, enfant, par un couple sans nom, à qui elle n’a jamais pu dire merci. Un roman sur la vieillesse, aussi. Ce que l’on perd.

Voilà donc ce qui t’attend, Michk’ : des petits pas, des petits sommes, des petits goûters, des petites sorties, des petites visites. Une vie amoindrie, rétrécie, mais parfaitement réglée.

Le roman, bien que traitant d’un thème grave, est parsemé de petites touches d’humour, sous la forme des mots de Michka, ses lapsus.

– Bon, allez, Michka, au travail ! Ecoutez bien : antiquaire, disquaire, libraire, ébéniste … Quel est le terme générique qui les relie ?

– La disparition ?

Au final, un roman choral touchant, mais pas assez pour moi. Et puis trop court aussi, même pas 200 pages … J’ai lu que beaucoup le lisaient en pleurant … j’en suis loin ! Même si j’ai passé un excellent moment de lecture, et c’est sans doute déjà beaucoup …

Et vous, quel est votre avis sur ce livre ? Déçu ou ravi ?

“Les gratitudes”, Delphine de Vigan, JC Lattès, 172 pages, 2019