Or donc, à 36 ans tout juste, je découvre Ian McEwan. Mieux vaut tard que jamais ! Je me rappelle une première rencontre manquée il y a des années, où ce roman, “Sur la plage de Chesil” m’était tombé des mains au bout de quelques pages à peine. Et me voilà, plus vieille mûre, ravie de ma lecture et de la beauté de ce texte … Comme quoi, les livres attendent peut-être le bon moment pour nous éblouir …

En moins de 200 pages (quasi une novella plutôt qu’un roman), McEwan nous conte l’histoire d’un couple de jeunes mariés, Edward et Florence. On est en 1962, sur la côte anglaise, c’est leur nuit de noces … Mais ce qui devrait être un enchantement se révèle un désastre. Empruntés, guindés, inquiets, avançant à tâtons, ils se parlent à peine, et se comprennent encore moins. Edward n’en peut plus de désir pour sa jeune épouse, tandis qu’elle redoute plus que tout qu’il la touche. Pourtant, elle l’aime … oui, mais l’idée du contact physique la dégoûte au plus haut point : la nuit s’annonce torride. Un pas en avant, deux pas en arrière, jusqu’à la fuite de Florence sur la plage de Chesil, laissant Edward seul et ahuri de chagrin.

Ian McEwan alterne les points de vue du jeune historien et de la belle violoniste pour nous conter leur histoire, leur passé, leurs attentes si différentes, et le délitement d’un couple à peine formé …

C’est beau, tout en retenue et en finesse psychologique. Le lecteur impuissant assiste au naufrage d’un couple à peine formé, et demeure interdit devant tant de non-dits, et tant de gâchis. Impeccable, et très anglais.

Le deuxième roman, “L’intérêt de l’enfant”, nous plonge dans un tout autre registre. Fiona, à l’aube de la soixantaine, est une juge respectée. Bourreau de travail, elle sacrifie sa vie privée à ses affaires, et le roman commence avec une bonne crise conjugale : son mari délaissé menace de la quitter. Au même moment, on lui confie un dossier très délicat : celui d’Adam, 17 ans, atteint de leucémie. Seule une transfusion pourrait le sauver mais le jeune homme et ses parents s’y refusent, car leur religion (ils sont Témoins de Jéhovah) le leur interdit. Fiona doit statuer sur la question suivante : à quelques mois près, Adam sera considéré comme un adulte, libre de refuser un traitement médical. Mais, à 17 ans, il est encore soumis à ce que la loi appelle “l’intérêt de l’enfant” et qui prévaut sur tout autre argument. Fiona choisit de rencontrer ce jeune homme qui court romantiquement vers une mort atroce, en toute connaissance de cause. Et c’est l’occasion pour McEwan d’écrire des pages tout simplement brillantes sur des questions de morales, de vie et de mort, de religion, et de justice.

Un grand roman, qui m’a tenue en haleine de bout en bout.

Vivement “Expiation“, qui attend sagement son tour dans ma pal !

12 thoughts on “Sur la plage de Chesil + L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan

  1. Sur la plage de Chesil, avec le recul, est sans doute le titre de l’auteur qui m’a le moins plu, et le moins marquée.. Expiation est excellent, oui, et Samedi, aussi… De toute façon, un roman de McEwan n’est jamais mauvais ! Par contre, j’ai trouvé certains de ses titres moins accessibles que d’autres (L’enfant volé, notamment, très “cérébral”, et dépourvu de l’humour dont il sait si bien faire preuve…).

    1. J’ai trouvé “L’enfant volé” d’occasion et je l’ai pris, mais je t’avoue que le sujet me fait peur (comme à tous les parents …)

  2. Je te rassure, je viens d’en avoir 37 et toujours pas lu cet auteur… Mais j’espère bien lire Expiation cette année!

  3. Rebonjour, Sur la plage de Chesil m’avait déçue. Je m’étais demandée pourquoi McEwan avait choisi ce sujet. En revanche, l’intérêt de l’enfant m’a plu (et l’adaptation ciné avec Emma Thompson est très bien). Sinon, Expiation est pour moi son meilleur roman. Et j’ai beaucoup son dernier paru : Une machine comme moi. Bonne soirée.

    1. Merci pour ton commentaire ! J’ai hâte de commencer “Expiation” ! j’avoue que le sujet de son dernier roman me tente moins.

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