Étiquette : Mémoire

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling, Lynda Rutledge

 

Le 31 décembre 1999, Dieu a parlé à Faith Bass Darling, et lui a intimé l’ordre d’organiser un vide-grenier sur sa pelouse. Et voilà la vieille dame fantasque qui étale à la vue de tous antiquités rares, meubles anciens et trésors familiaux, les vendant pour quelques pièces à ses voisins ébahis. Persuadée de sa mort prochaine (genre avant les douze coups de minuit et le nouveau millénaire), Faith se débarrasse joyeusement de tout, pour une bouchée de pain. Et tandis que ses objets du passé disparaissent, ce sont ses souvenirs qui reviennent, ainsi que sa fille Claudia, appelée en urgence pour stopper cette folie, et qui n’a plus vu sa mère depuis des années.  Les drames du passé, les rancœurs et même les crimes vont resurgir à la faveur de ce vide-grenier pour le moins particulier …

Trouvé par hasard dans un vide-grenier (si, si !), voilà un roman plein de charme, dont la lecture m’a ravie de bout en bout, principalement grâce à l’écriture vive de l’auteur, à son humour et à la personnalité de Faith, vieille dame excentrique qu’on prend tout de suite en affection.

Entre les chapitres au présent se glissent des “certificats d’origine”, présentant les objets les plus fameux du vide-grenier, leur valeur et leur histoire, ce qui donne au roman un petit plus, une mise en abîme intéressante (moi qui adore les brocantes et imaginer le passé des objets, j’ai savouré ces intermèdes !).

Un roman qui se dévore donc, une histoire de secrets de famille, de malentendus qui influencent les destins, de retrouvailles familiales, et surtout, une histoire sur notre rapport aux objets, à leur passé et leur transmission.

Une très bonne lecture.

“Le dernier vidde-grenier de Faith Bass Darling”, Lynda Rutledge, Babel, 350 p.

“Tout n’est pas perdu”, Wendy Walker

Encore un très bon thriller psychologique publié chez Sonatine !

Alan Forrester, psychiatre, nous parle du cas de la jeune Jenny, sauvagement violée dans les bois par un inconnu lors d’une fête étudiante, et à qui on a administré un traitement afin qu’elle oublie tout de ce viol …

Jenny reprend alors sa vie d’avant, sans avoir aucun souvenir de son agression. Mais est-ce finalement une bonne chose ? Le jour où l’adolescente tente de mettre fin à ses jours, on s’aperçoit que ce traitement pose question.  Défilent alors dans le cabinet d’Alan la jeune victime, mais aussi ses parents et leurs secrets et problèmes de couple, le petit frère, les amis, … Le psychiatre entend toutes les confessions et veut rendre à Jenny sa mémoire, pour qu’elle affronte son traumatisme.

Au fur et à mesure de l’intrigue, le narrateur s’implique un peu trop dans les histoires de ses patients, au point de les manipuler pour faire avancer l’enquête dans la direction qu’il choisit … selon ses intérêts.

Au début, j’ai trouvé l’écriture assez froide, pleine d’explications scientifiques sur le fameux traitement (inventé) d’altération de la mémoire, et j’ai eu un peu de mal à être en empathie avec les personnages.

Mais, au fur et à mesure, l’intrigue se complexifie, les personnages laissent apparaître leurs failles, et le roman devient réellement palpitant. Je l’ai lu en quelques jours, et j’ai beaucoup aimé, au final, sans que ce soit un coup de coeur, contrairement à “Tout ce qu’on ne s’est jamais dit” , de Celeste Ng, beaucoup plus émouvant selon moi.

Car, malgré le côté addictif de l’intrigue (ce qu’on recherche principalement dans tous ces thrillers psychologiques, depuis “La fille du train”, aux “Apparences” etc), c’est ce qui m’a manqué dans ce livre, un peu plus d’émotion. L’écriture est assez distante, et le narrateur pas toujours franchement sympathique. Les intrigues plus secondaires qu’apportent les parents de Jenny et leurs secrets scotchent le lecteur et donne du corps à l’intrigue principale.

Le thème est intéressant : vaut-il mieux vivre avec un événement traumatisant et l’affronter ? Ou l’oublier, faire mine de reprendre sa vie comme si de rien n’était ?(et ne pas pouvoir chercher le coupable, dans ce cas-ci, courir le risque de le laisser recommencer, laisser le crime impuni).

Extrêmement bien ficelé, ce roman offre de nombreux rebondissements dans son intrigue, et excelle dans sa catégorie avouée de page turner , promesse d’ un bon moment de lecture, mais au final sans être un réel coup de coeur, par manque d’émotion, pour ma part 😉

Extrait :

Il l’a suivie à travers les bois derrière la maison. Le sol était jonché des débris de l’hiver, des feuilles mortes et des brindilles qui étaient tombées au cours des six derniers mois et s’étaient décomposées sous une couverture de neige. Elle l’a peut-être entendu approcher. Elle s’est peut-être retournée et l’a peut-être vu portant la cagoule en laine noire dont les fibres ont été retrouvées sous ses ongles. 

Lorsqu’elle est tombée à genoux, ce qui restait des fragiles brindilles s’est brisé comme des vieux os et a écorché sa peau nue. Son visage et sa poitrine étaient plaquées contre le sol, probablement par l’avant-bras de l’agresseur, et elle a dû sentir la brume des arroseurs automatiques qui aspergeaient la pelouse à peine six mètres plus loin, car ses cheveux étaient mouillés lorsqu’on l’a retrouvée.

“Tout n’est pas perdu”, Wendy Walker, Sonatine, 2016

“Avant de t’oublier”, de Rowan Coleman

 

Voici donc ma seule lecture de vacances ! Un beau roman, pas franchement joyeux, sur l’Alzheimer (et précoce, en plus).
Le titre original du livre est “The Memory book”: Greg, le mari de Claire, lui offre un carnet de cuir dans lequel chaque membre de la famille écrira ses souvenirs avec Claire.
Le roman fait entendre plusieurs voix : celle de Claire, au présent, qui est de plus en plus perdue, celle de Caitlin, sa fille, qui assiste impuissante à l’évolution de la maladie, et celles de la mère de Claire, ainsi que son mari, qui écrivent dans le carnet.
Parallèlement à la dégringolade mentale de Claire, se développe une autre intrigue autour de sa fille, qui porte un secret, ce qui permet d’alléger quelque peu le côté “pesant” du thème de la maladie d’Alzheimer. Claire, peu à peu, ne reconnaît plus ses proches, perd ses mots, jusqu’à se mettre en danger, ainsi que sa petite fille de trois ans. Elle ne peut bientôt plus sortir seule, et a la sensation d’étouffer, de perdre pied.
On connaît l’issue inéluctable de cette maladie, et on assiste à ses ravages sur Claire mais aussi sur son entourage, où chacun perd une femme, une fille, une mère.
Il y a dans ce libre des passages bouleversants, notamment sur la maternité et l’amour que Claire porte à ses filles :
Mon seul reproche est une certaine mièvrerie dans certaines scènes entre Claire et un homme rencontré au café, Ryan, et dont elle s’éprend. J’ai parfois levé les yeux au ciel devant les dialogues un peu trop sirupeux (et la conclusion de cette histoire avec Ryan l’est également).
Dans l’ensemble, sans être un coup de coeur, ce fut une lecture (de vacances) agréable …
“Avant de t’oublier”, Rowan Coleman, Milady, 2015