Étiquette : Thriller psychologique

La mère parfaite, Aimee Molloy

 

Voici un roman qui me faisait vraiment de l’oeil depuis sa sortie !

L’histoire d’un groupe de mères qui ont accouché le même mois, et dont le bébé de l’une d’entre elles disparaît le premier soir où elle s’autorise une sortie, sans que la baby-sitter ne remarque rien  … La réunion entre filles tourne alors au drame. L’enquête piétine et les autres mères décident de fouiner de leur côté … Tandis que Winnie, la mère célibataire du bébé disparu, passe bientôt de victime à suspecte …

Etiquetté “thriller”, ce n’en est pas vraiment un, à mon sens … je parlerais plus de suspense psychologique. Pour moi, un thriller c’est du sang, du glauque, des tueurs en série, des enquêteurs, … On est beaucoup plus ici dans l’histoire façon “Desperate Housewives” (j’allais écrire “qui tourne mal”, quand je me suis rappelée toutes les péripéties rocambolesques de cette série), ou dans la veine d’un Liane Moriarty (“Le secret du mari” etc). (suite…)

Dans les angles morts, Elizabeth Brundage

Une vieille ferme dans un village paumé de l’état de New-york. Le suicide des propriétaires, ruinés, laissant leurs trois fils, Eddy, Wade et Cole, tout seuls.

La maison est rachetée par un jeune couple, George et Catherine Clare, avec leur fille de trois ans, Franny.  Les trois fils Hale se font engager par les Clare pour remettre à neuf ce qui était leur maison, sans souffler mot de leur identité. George enseigne l’histoire de l’art à l’université pendant que Catherine élève Franny. Ils se font des amis même s’ils restent des étrangers pour les locaux, pour qui la ferme restera toujours aux Hale. Mais un soir de tempête de neige, Catherine est retrouvée assassinée, une hache dans la tête. La personnalité de George en met plus d’un mal à l’aise, mais est-il pour autant coupable de meurtre ?

Cela pourrait être un thriller, mais ce n’en est pas un, c’est bien mieux et bien plus que cela. C’est un livre d’ambiance, glauque à souhait, un roman sur tout ce qu’on ne voit pas, tout ce qui se cache “dans les angles morts”. Remontant le fil du temps, l’histoire nous dévoile le drame des Hale, puis celui des Clare. On suit Catherine, qui emménage à reculons dans cette maison “en réprimant un frisson” , jusqu’à sa mort, glaçante. (suite…)

Les furies, Lauren Groff

furies

De ce roman, je ne connaissais que sa réputation de “meilleur livre de 2015”, dixit Barack Obama himself. Et les louanges de mon amie Céline. Trouvé d’occasion en poche, je l’ai emporté en me disant “pourquoi pas ?”.

Et quelle bonne pioche, mes amis ! Car ce livre est un chef-d’oeuvre d’intelligence, un roman aux personnages tout simplement inoubliables, superbement construit, et passionnant. (suite…)

Les filles des autres : un roman à suspense, Amy Gentry

Voilà un roman qui m’a tout de suite attirée par sa couverture originale et qui s’est révélé une excellente lecture, un fantastique suspense, qui m’a tenue en haleine pendant deux jours entiers !

Julie, 13 ans, est kidnappée une nuit dans sa chambre, sous les yeux de sa petite soeur. La famille est dévastée et tente de se reconstruire. Huit ans plus tard, on sonne à la porte : c’est Julie. Passé la joie des retrouvailles, la vie de la famille reprend peu à peu. Seule Ana, la mère, a des doutes sur l’identité de cette jeune femme qui prétend être sa fille. Contactée par un détective privé qui partage ses interrogations, Ana se lance dans une quête de la vérité sur “Julie” et ce qui lui est arrivé …
J’ai littéralement dévoré ce livre, qui m’a complètement happée de bout en bout. Racontant d’abord le kidnapping de Julie par le biais de sa petite soeur terrifiée, le roman reprend ensuite avec la réapparition de la jeune fille 8 ans plus tard, du point de vue de la mère. En parallèle, plusieurs chapitres intitulés avec des prénoms de jeune fille nous dévoile ce qu’il s’est passé à la manière d’un compte à rebours à l’envers, une originalité du livre qui m’a beaucoup plu.
Ce suspense psychologique m’a rendue complètement accro : Julie est-elle vraiment Julie ? Que s’est-il réellement passé ? Pour ne rien gâcher, il est bien écrit, ce qui n’est pas toujours le cas des suspenses à la mode …
Un seul détail m’a dérangée : dès le retour de “Julie” j’ai voulu crier “punaise, faites un test ADN et basta !”. Bizarrement, ça n’effleure personne. Petite incohérence qui n’a pas suffi à me gâcher mon plaisir à la lecture de cet excellent roman, original, bien ficelé, bien construit, bien écrit, bref, à recommander chaudement pour des soirées le nez plongé dans une intrigue palpitante !
Les filles des autres : un roman à suspense, (Good as gone)  Amy Gentry, Robert Laffont, 2017

 

Te laisser partir, Clare Mackintosh

Un soir de pluie à Bristol, un petit garçon est renversé par un chauffard qui prend la fuite. 
L’enquête démarre, mais atteint rapidement son point mort. Le capitaine Ray Stevens et son équipe n’ont aucune piste. Rien. 
Après cette nuit tragique, Jenna a tout quitté et trouvé refuge au pays de Galles, dans un cottage battu par les vents. Mais plus d’un an après les faits, Kate, une inspectrice de la criminelle, rouvre le dossier du délit de fuite. Et si l’instant qui a détruit tant de vies n’était pas le fait du hasard  ?’

Commencé avec un peu d’appréhension (moi et les histoires sordides liées aux enfants, ça le fait pas trop), puis dévoré avec enthousiasme, j’étais dans le train, à peu près à la moitié du livre, quand soudain j’ai poussé un hoquet de surprise.

Oh. 

Oh comme je me suis fait balader. Je suis revenue en arrière, j’ai relu le début, sous un autre angle, bref, un bon gros retournement de situation, qui venait à pic, quand l’histoire commençait à se faire longuette, à piétiner. A partir de là, je me suis plongée avec une double ration de bonheur dans mon petit thriller plus si banal, et extrêmement bien ficelé. Alternant les points de vue des personnages, le roman se lit avec avidité et mérite son petit succès (un million de lecteur conquis, ma bonne dame, rien que ça !).

Clare Mackintosh a officié dans la police, et ça se sent. Son intrigue est passionnante, son twist renversant, son bouquin de ceux qui vous font passer un excellent moment de lecture. Foncez !

“Te laisser partir”, Clare Mackintosh, Le livre de poche, 2017, 512 pages

Emma dans la nuit, Wendy Walker

Quand on m’a proposé de recevoir le nouveau roman de Wendy Walker grâce à une édition de Masse Critique privilégiée sur Babelio, j’étais enthousiaste. J’avais aimé son premier roman, “Tout n’est pas perdu”, du moins en avais-je gardé le souvenir d’une bonne intrigue psychologique. Je remercie d’ailleurs les éditions Sonatine et Babelio pour cet envoi 😉

Le pitch : les soeurs Tanner, Emma et Cass, ont mystérieusement disparu, sans laisser de traces, un soir, après une dispute. Enlèvement ? Fugue ? Accident ? Nul ne le sait. Trois ans plus tard, Cass réapparaît. Le FBI, accompagné de la psy Abigail Winter, passionnée par l’affaire, interroge alors Cass, qui clame avoir été victime d’un enlèvement et emmenée sur une île mystérieuse, où sa soeur Emma serait toujours captive. Mais rien n’est simple dans l’histoire de Cass, et surtout dans cette famille dysfonctionnelle, où les secrets et les coups bas sont rois.

Après avoir lu ce roman, je me suis penchée sur ma critique de “Tout n’est pas perdu”, et, bingo, je pourrais vous réécrire la même.

A savoir que, selon moi, voici un excellent page turner psychologique, dont l’intrigue ne souffre d’aucun temps mort, plein de fausses pistes, où le lecteur se passionnera à démêler le vrai du faux, et tournera les pages avidement, peut-être y passera une nuit blanche.

C’est effectivement une bonne histoire. Mais c’est tout. On pourrait en faire un téléfilm du dimanche soir, où l’on se plongerait dans l’intrigue comme dans un bon bain chaud.

Mais côté écriture, côté émotions, zéro, nada. L’écriture est froide et si j’ai apprécié les explications psychologiques assez poussées sur certains troubles de la personnalité, que j’ai trouvées très intéressantes, je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Aucun empathie pour Cass ni Emma, et la sensation d’un grand n’importe quoi, d’une intrigue bien ficelée mais complètement tirée par les cheveux, et surtout un grand regret : l’absence d’écriture, de musicalité, d’émotions.

C’est pour trouver tout cela que je lis : une bonne histoire ne suffit pas. Sinon je regarde Netflix.

Au final, un roman aussitôt lu, aussitôt oublié, mais qui devrait rencontrer son public …

“Emma dans la nuit”, Wendy Walker, Sonatine, 2018

“Tout n’est pas perdu”, Wendy Walker

Encore un très bon thriller psychologique publié chez Sonatine !

Alan Forrester, psychiatre, nous parle du cas de la jeune Jenny, sauvagement violée dans les bois par un inconnu lors d’une fête étudiante, et à qui on a administré un traitement afin qu’elle oublie tout de ce viol …

Jenny reprend alors sa vie d’avant, sans avoir aucun souvenir de son agression. Mais est-ce finalement une bonne chose ? Le jour où l’adolescente tente de mettre fin à ses jours, on s’aperçoit que ce traitement pose question.  Défilent alors dans le cabinet d’Alan la jeune victime, mais aussi ses parents et leurs secrets et problèmes de couple, le petit frère, les amis, … Le psychiatre entend toutes les confessions et veut rendre à Jenny sa mémoire, pour qu’elle affronte son traumatisme.

Au fur et à mesure de l’intrigue, le narrateur s’implique un peu trop dans les histoires de ses patients, au point de les manipuler pour faire avancer l’enquête dans la direction qu’il choisit … selon ses intérêts.

Au début, j’ai trouvé l’écriture assez froide, pleine d’explications scientifiques sur le fameux traitement (inventé) d’altération de la mémoire, et j’ai eu un peu de mal à être en empathie avec les personnages.

Mais, au fur et à mesure, l’intrigue se complexifie, les personnages laissent apparaître leurs failles, et le roman devient réellement palpitant. Je l’ai lu en quelques jours, et j’ai beaucoup aimé, au final, sans que ce soit un coup de coeur, contrairement à “Tout ce qu’on ne s’est jamais dit” , de Celeste Ng, beaucoup plus émouvant selon moi.

Car, malgré le côté addictif de l’intrigue (ce qu’on recherche principalement dans tous ces thrillers psychologiques, depuis “La fille du train”, aux “Apparences” etc), c’est ce qui m’a manqué dans ce livre, un peu plus d’émotion. L’écriture est assez distante, et le narrateur pas toujours franchement sympathique. Les intrigues plus secondaires qu’apportent les parents de Jenny et leurs secrets scotchent le lecteur et donne du corps à l’intrigue principale.

Le thème est intéressant : vaut-il mieux vivre avec un événement traumatisant et l’affronter ? Ou l’oublier, faire mine de reprendre sa vie comme si de rien n’était ?(et ne pas pouvoir chercher le coupable, dans ce cas-ci, courir le risque de le laisser recommencer, laisser le crime impuni).

Extrêmement bien ficelé, ce roman offre de nombreux rebondissements dans son intrigue, et excelle dans sa catégorie avouée de page turner , promesse d’ un bon moment de lecture, mais au final sans être un réel coup de coeur, par manque d’émotion, pour ma part 😉

Extrait :

Il l’a suivie à travers les bois derrière la maison. Le sol était jonché des débris de l’hiver, des feuilles mortes et des brindilles qui étaient tombées au cours des six derniers mois et s’étaient décomposées sous une couverture de neige. Elle l’a peut-être entendu approcher. Elle s’est peut-être retournée et l’a peut-être vu portant la cagoule en laine noire dont les fibres ont été retrouvées sous ses ongles. 

Lorsqu’elle est tombée à genoux, ce qui restait des fragiles brindilles s’est brisé comme des vieux os et a écorché sa peau nue. Son visage et sa poitrine étaient plaquées contre le sol, probablement par l’avant-bras de l’agresseur, et elle a dû sentir la brume des arroseurs automatiques qui aspergeaient la pelouse à peine six mètres plus loin, car ses cheveux étaient mouillés lorsqu’on l’a retrouvée.

“Tout n’est pas perdu”, Wendy Walker, Sonatine, 2016

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Depuis “No et moi”, en 2008, je ne rate jamais un livre de Delphine de Vigan. Elle a pris place parmi les quelques auteurs dont je lis tout, dont je guette la sortie du prochain roman, dont je dévore la prose; avec Laura Kasischke et Kate Atkinson (tiens, que des femmes !).

Comme beaucoup de monde, son précédent livre “Rien ne s’oppose à la nuit”, m’avait marquée, m’avais happée, j’avais adoré l’histoire et l’écriture. Elle m’avait semblé aller plus loin dans son talent, dans sa maîtrise, ce livre était une pépite. Et, comme beaucoup de monde sans doute, je m’étais précipitée sur notre ami Google pour faire des recherches sur cette Lucile, sur la famille de Delphine de Vigan, pour “savoir ce qui était vrai”.
Et c’est là l’enjeu de ce roman-ci, qui raconte l’histoire de Delphine, qui a connu un énorme succès avec son roman “Rien ne s’oppose à la nuit”, et qui ne s’en remet pas, pour ainsi dire. Qu’écrire après cela ? lui demande-t-on. Apparemment, rien. Elle bloque. Jusqu’au jour où elle rencontre L., femme fascinante, tout le contraire d’elle, élégante, soignée, grande gueule, pleine de confiance en elle. Cette femme va s’immiscer dans sa vie, petit à petit, et en prendre le contrôle, jusqu’à isoler Delphine de tous, jusqu’à répondre à sa place à son courrier. L. a une idée bien précise sur ce que doit être le prochain roman de Delphine … mais jusqu’où ira-t-elle pour que Delphine l’écrive ?
La narratrice ressemble en tout point à l’auteur (même son compagnon est reconnaissable), et le jeu ici est de démêler le vrai du faux, entre mille détails qui ne le sont sans doute pas (son adresse, ses enfants jumeaux, …). Le récit est celui d’une emprise, d’une manipulation, d’une amitié perverse. Petit à petit, on se prend à redouter L., à avoir peur pour Delphine, et le roman prend des allures de thriller sur sa dernière partie.
Le point final vient achever le lecteur et le mettre dans le doute : qui, finalement a écrit ce livre ? …
On a alors envie de relire le bouquin, de rassembler les indices pour mener l’enquête sur cette L. , initale d’un prénom, ou faut-il entendre un abstrait “Elle” ?
Finalement, existe-t-elle ? Est-ce Delphine elle-même ?
Pour moi, la phrase mise en quatrième de couverture recèle un indice :
Delphine de Vigan, en interview, prend soin de rester floue, malgré la question qui revient tout le temps : est-ce une histoire vraie ? Elle répond que L. ” a existé, sous une forme ou sous une autre” , et pour moi, cela révèle tout. Mais chacun a son interprétation, et c’est fascinant !
Au-delà de l’histoire, Delphine de Vigan écrit une mise en abîme très intéressante sur la littérature d’aujourd’hui, et le fait que le lecteur soit attiré par les histoires vraies, et cherche à savoir ce qui est réel dans un récit. Elle parle de la mode aujourd’hui de l’autofiction (il n’y a qu’à voir Angot, Reinhardt et compagnie) ou du roman basé sur un fait divers (“L’adversaire” d’Emmanuel Carrère, par exemple). Elle réussit ici, au-delà du suspense en lui-même, une fascinante réflexion sur la littérature contemporaine.
Alors, qui est L. ? Avez-vous un avis ?
Pour ma part, si je pouvais poser une seule question à Delphine de Vigan, je lui demanderais qui est la jeune fille sur les photos de la couverture …. ça m’obsède.
En bonus, un extrait, qui m’a parlé de façon plus personnelle, sur l’émotivité de la narratrice, depuis son enfance, qui est très bien décrite .
Delphine de Vigan vient de recevoir le Prix des libraires pour son livre, et ce n’est pas fini, à mon avis … il va pleuvoir des prix sur ce “roman”, un des meilleurs de la rentrée littéraire (LE meilleur, m’a affirmé une libraire).
Si vous hésitez encore, n’attendez plus, foncez le découvrir !