Sep 072018

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Une femme et un enfant de deux ans, dont nous ne saurons pas les noms. Ils vivent seuls, le père a décampé, et la mère doit tout assumer en solo : les journées à tenter de travailler en free-lance tout en gardant son fils, les nuits sans sommeil, le manque d’argent, d’amour, de solitude. Alors, elle commence à s’échapper, une fois l’enfant endormi. D’abord quelques minutes, le tour du pâté de maison. Puis une demi-heure, quelques rues. Puis plus longtemps. Elle tire sur la corde, elle en a besoin, pour souffler, pour se retrouver, pour être seule.

« Elle y pense depuis des heures. Elle y pense en regardant l’enfant étaler son yaourt sur la table. Elle y pense en le voyant lancer ses petites voitures contre la porte. En ramassant les jouets, en remplissant le lave-vaisselle, en épongeant le sol trempé après le bain, elle y pense tout le temps.

Ce soir, elle ressortira. Elle s’accordera deux heures cette fois. Deux heures, juste le temps de rejoindre le fleuve. Elle croisera des silhouettes, des visages, on la croira libre. »

En un court roman, Carole Fives dresse le constat de la maternité “en solo” et des difficultés : le manque d’argent, la fatigue, la pression de n’avoir personne à qui passer le relais, sur qui se reposer. Le regard de la société sur ces mères seules : elles ont voulu un enfant, elles “n’ont qu’à assumer”. Le père, qui a filé sans demander son reste, à qui on ne demandera jamais de comptes, et qui manque tant à l’enfant. La solitude surtout, cloîtrés en tête à tête dans un petit appartement, sans crèche pour pouvoir travailler.

Carole Fives parsème l’histoire des recherches internet de la mère : et retranscrit des conversations entières de forums où d’autres mères déversent leur désespoir, et se font tantôt conseiller, tantôt violemment réprimander. J’ai trouvé que ces “conservations” sonnaient très juste par rapport à la réalité de ces forums, et le jugement entre mères est bien là ..

Cette lecture m’a bouleversée, et, moi qui ne suis pas dans cette situation de mère solo, j’ai pourtant retrouvé des émotions et des situations familières. Du ressenti, commun à toutes les mères sans doute, face à la difficulté et la fatigue d’élever un enfant. Alors, seule, comment imaginer ?

Elle ne pouvait se permettre aucune erreur, aucun écart. L’enfant et elle devaient filer doux, afficher zéro défaut, ne laisser aucune prise à la société. A tout instant, ils risquaient d’être étiquetés “famille à problèmes”. Ils étaient hors-normes, ils étaient fragiles, ils étaient suspects.

Un roman très bien écrit, court et percutant, qui parlera à de nombreuses femmes.

“Tenir jusqu’à l’aube”, Carole Fives, Gallimard (L’arbalète), 2018, 192 p.


Reader Comments

  1. Totalement d’accord avec toi ! Je suis sûre qu’il parlera à beaucoup de mères… et pas forcément des mamans solos. J’ai moi aussi été bouleversée par ce roman, par cette “facilité” à tomber dans l’impensable. Même si je ne sais toujours pas quoi penser de la fin !

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