Les lois sont en noir et blanc.

Les vies des femmes se parent de mille nuances de gris.

Je poursuis ma découverte des romans de Jodi Picoult, auteur américaine que j’avais à tort cataloguée “sentimentale” (ne me demandez pas pourquoi). Après “La tristesse des éléphants” et “Mille petits riens”, voici son nouveau livre, qui traite d’un sujet brûlant d’actualité (surtout aux USA), le droit à l’avortement.

Un homme force l’entrée d’une clinique pratiquant l’avortement, et prend les patientes et le personnel en otage. Hugh McElroy, négociateur, est appelé pour parlementer … arrivé sur place il découvre que sa propre fille de 15 ans est l’une des otages, accompagnée au centre par sa tante, la soeur de Hugh. Que font-elles là ? En parallèle, une jeune fille se réveille à l’hôpital après avoir tenté d’avorter, la police à son chevet : dans cet Etat, l’avortement est considéré comme un meurtre et la jeune fille de 17 ans risque donc la prison …

Jodi Picoult signe un roman haletant aux multiples personnages qui font entendre leur voix : le père inquiet, le forcené en colère, l’ado qui n’a pas eu d’autre choix que d’avorter, l’infirmière enceinte, le gynéco harcelé, la militante …

C’est quoi, son crime, au juste ? Elle n’est qu’une ado de dix-sept ans qui ne veut pas devenir mère et, à cause de ça, elle risque de perdre ce qui lui reste d’enfance. (…). Peut-être que s’il y avait moins de lois, pense Beth, elle n’aurait pas été forcée de les enfreindre. Ça a été le parcours du combattant, pour elle, d’essayer de se faire avorter légalement, alors pourquoi est-ce qu’on la punirait d’avoir avorté illégalement ?

Tous ont leur point de vue sur cette question de l’avortement, et il n’est jamais tout à fait noir ou blanc … La prise d’otages est un moyen narratif parfait pour tenir tous ces personnages à huis-clos et faire monter le suspense, comme pour un thriller, tandis qu’ils débattent entre pro-life et pro-choice … Le résultat est passionnant ! Ballotté entre une militante qui déballe ses arguments et une jeune fille qui n’a reçu aucune aide et en est venue à avorter, le lecteur est au milieu des débats et peut se faire sa propre idée.

La particularité du roman est sa construction narrative : l’action est racontée à rebours … Le début du roman est à 17h, et remonte le temps jusqu’au tout début de la journée. S’il est original, ce procédé m’a quelque peu déroutée dans ma lecture : je m’y suis un peu perdue, mais rien de grave, rien qui ne m’empêche de poursuivre avidement ma lecture, fascinée par cette histoire. Jodi Picoult a écrit un roman intelligent, palpitant, mêlant suspense et réflexion, sur ce thème du droit à l’avortement qui est au coeur de notre actualité, et le recul de ce droit, notamment aux Etats Unis, fait peur. La littérature commence à s’emparer de ce sujet, et j’espère que cela pourra faire réfléchir …

N’est-ce pas un monde de dingue, ce monde où le délai d’attente pour se faire avorter est plus long que le délai d’obtention d’une arme ?

“Une étincelle de vie”, Jodi Picoult, A Spark of Light, Actes sud, 2019

8 Comments on Une étincelle de vie, Jodi Picoult

  1. De Jodi Picoult je n’ai lu que son “À l’intérieur” que j’avais adoré!

    Je ne sais pas pourquoi je n’ai plus retenté l’expérience. Celui-ci me plairait sûrement.

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