Mar 202018

 
“Depuis, ce sont des jours blancs. des jours d’attente et de peur, des jours de vie suspendue”

Un soir d’avril 1950, Louis, 16 ans, ne rentre pas à la maison. Anne, sa mère, l’attend, s’inquiète, espère, et les jours puis les mois passent. Anne, au bord de la folie, n’est plus qu’une ombre, une silhouette pour ses deux autres enfants et Etienne, son mari. Anne se tient droite sur la falaise, le regard fixé sur la mer, guettant un bateau qui lui ramènera son fils. Elle écrit des lettres à Louis, décrivant la fête et les festins qui accompagneront son retour. Mais Louis ne donne aucune nouvelle et Anne, peu à peu, dépérit.

C’est mon premier livre de Gaëlle Josse, et ce ne sera pas le dernier.
Quel roman, quelle claque littéraire, et quelle écriture …
Anne est un personnage de femme magnifique, une héroïne bouleversante. Son attente la dévore à petit feu, l’inquiétude la ronge, elle ne vit que d’espoir. Le lecteur est tout entier à ses côtés, sur cette falaise battue par les vents, les yeux plissés qui brûlent à force de fixer l’horizon vide. On est immergé dans la vie de ce petit village français au lendemain de la guerre, avec ses ragots, les regards en biais sur “la veuve”, celle qui a perdu un mari en mer et dont le fils est parti, celle qui s’est remariée avec le plus beau parti, celle qui vit dans la belle maison et qui est “à peine aimable”.

Peu à peu, l’espoir du lecteur, comme celui d’Anne, s’amenuise, et la tristesse envahit tout. Le roman, déjà pas fort gai, devient tragique : Anne est une figure de tragédie, la mère éplorée, sacrifiée, détruite par l’absence et l’égoïsme des hommes.

Car oui, même si j’ai été en empathie totale avec elle, je me suis sentie en colère après ce Louis ingrat, qui laisse sa mère sans un mot, sans nouvelles, sans même lui signifier qu’il va bien. C’est incroyablement dur et égoïste : partir, oui, mais ça lui coûtait quoi, de rassurer sa mère ?

Voilà que je m’emballe. Pour tout vous avouer, j’ai terminé ce roman en pleurant à chaudes larmes, sans pouvoir m’arrêter, bouleversée par l’histoire, par le sublime portrait de femme et d’amour maternel que je venais de lire, mais aussi par l’écriture, si belle, si poétique. J’ai corné des pages et des pages, j’ai savouré les mots, le rythme du texte, j’ai pensé “voilà, voilà, la Littérature avec un grand L”.

J’ai adoré.

Encore un mot sur l’édition en elle-même : la couverture parfaite et le papier blanc cassé, doux et lisse, épais, que l’on caresse en savourant la beauté et la qualité des pages.

Un coup de coeur, un coup au coeur, que l’histoire d’Anne …

“Une longue impatience”, Gaëlle Josse, éditions Noir sur blanc, 2018, 190 pages


Reader Comments

  1. Ta note est superbe ! On sent comme ce roman a touché ton coeur de mère. J'ai de mon côté beaucoup de mal à supporter l'attente, notamment quand l'enjeu est si lourd, et je ne sais pas si j'arriverais à lire ce roman sereinement !

  2. Je lirai ta chronique plus tard ! Je viens de le gagner lors d’ un concours sur Instagram … j’ai hâte de le decourvrir !! Je me souviens de tes paroles enthousiastes sur ce livre … je suis tellement impatiente de le découvrir !!

  3. Et voilà, je viens de le finir… moi aussi en larmes ! quel texte de toute beauté malgré son côté très sombre… Quelle intensité dans des mots si simples…
    Moi aussi je me suis insurgée du comportement de Louis… l'ingratitude des enfants !! Mais Anne, quelle femme ! et surtout Gaëlle Josse !!! Je suis toute retournée par cette lecture … comme tu le dis si bien, un coup de cœur et un coup au cœur … Ta chronique est très belle …

Write a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *