Virginia Woolf. Plus qu’une auteure, un personnage, une femme qui me fascine depuis déjà de nombreuses années. Je ne me rappelle plus quand j’ai commencé à m’intéresser à elle. Bien avant de la lire, en tout cas … Je me souviens avoir dévoré des biographies, recopié des citations dans mes carnets, adoré le film “The Hours”. Mais je ne l’avais jamais lue, réellement.

Le confinement m’a poussée à ouvrir enfin “Mrs Dalloway”, son chef-d’oeuvre. Je l’ai lu non sans difficulté, je l’avoue. Je passais du ravissement (la langue ! le style !) à l’ennui (il ne se passe RIEN). J’ai eu un peu de mal à le terminer … Et me voilà bien incapable d’en dire quelque chose d’intelligent. C’est un roman d’intériorité, où l’on saute de consciences en consciences, du personnage principal à une passante dans la rue dont on attrape les pensées au vol, avant qu’elle ne s’évanouisse dans la nature. C’est un roman difficile à lire pour un lecteur d’aujourd’hui, habitué aux chapitres courts (il n’y a tout simplement pas de chapitres), et au suspense (pas de réelle intrigue ici).

La paix descendait sur elle, le calme, la sérénité … C’est ainsi que par un jour d’été les vagues se rassemblent, basculent, et retombent ; se rassemblent et retombent ; et le monde entier semble dire : “Et voilà tout”, avec une force sans cesse accrue, jusqu’au moment où le coeur lui-même, lové dans le corps allongé au soleil sur la plage, finit par dire aussi : “Et voilà tout”. Ne crains plus dit le coeur.

J’ai lu ensuite “Virginia”, un roman biographique, dans lequel Emmanuelle Favier se penche sur la jeunesse de Virginia Woolf, quand elle était encore Ginia/Miss Jan puis enfin Virginia Stephen. Son enfance dans une famille recomposée, sa mère si belle, évanescente, son père oppressant, la relation avec sa soeur Vanessa, les deuils, la vie qui s’écoule lentement, victorienne en toutes choses, l’ennui, les premières angoisses aussi.

Julia Stephen, la mère de Virginia

Elle songe à ce qu’est le temps présent, au fait que tout procède d’une brume, expire en un halo, au fait que les êtres meurent de vivre sans y songer. Elle songe qu’il y a partout des histoires et qu’il est impossible et vain de les raconter. Elle songe à l’eau qui peut mettre trois semaines à digérer un corps.

Dans une langue extrêmement poétique, Emmanuelle Favier nous conte Virginia enfant, adolescente, jeune adulte. Virginia avant. Son entourage, de mondaines éblouissantes, d’artistes, qui nourriront son écriture. Le poids familial. Les lieux qui la marqueront. Chaque chapitre se termine en évoquant les noms des grand(e)s de ce monde qui naissent et qui meurent, rythmant le récit et le temps qui passe. J’ai adoré cette biographie romancée, et le style éminemment poétique (presque trop, par moment). Le point de vue adopté est celui d’un “nous” omniscient, narrateur qui “fouine” pour retrouver l’essence de la jeune Virginia.

Elle étouffe presque sous l’excès de ce qu’il y a à observer, suffoque de devoir sans cesse choisir ce qu’elle regarde. (…). Les choses et les êtres sont entourés d’un halo qui est celui du regard que l’on porte sur eux, et cette matière subjective, translucide, qui enveloppe le monde est celle, peut-être, de l’écriture.

Virginia Woolf Gravesite
Virginia dans les bras de Julia

Après ces deux lectures, je brûle de commencer “Un lieu à soi”, célèbre essai féministe de Virginia, dans la nouvelle traduction de Marie Darrieussecq (il est dans mon sac, attendant son heure). J’ai aussi commandé l’énorme biographie écrite par Viviane Forrester, que je me rappelle avoir déjà feuilleté il y a dix ans. Et je continue à récolter des citations de Virginia dans mon carnet.

Virginie Woolf et moi, ce n’est pas fini.

2 thoughts on “Virginia (et moi)

  1. Oh non, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin! J’ai commencé par de la non fiction, et j’étais cuite, au point de vouloir lire tous ses romans. En bonne voie, d’ailleurs.
    Bonne découverte (et si tu peux, lis en VO, ça vaut le coup, il y a des beautés intraduisibles)

    1. Je serais incapable de la lire en VO malheureusement 😉 J’ai commencé “Un lieu à soi” et je me tâte pour “Les Vagues”, tu l’as lu ?

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